La malbouffe au régime ?

Le junk food commence à reculer dans le pays même où il est né, révèle un dossier paru dans l’hebdomadaire français L’Obs. Les Américains seraient-ils en train de prendre un exemplaire virage santé ?

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Photo : Yuri Long/Flickr/Wikimedia Commons CC. 2.0

Et si l’on arrêtait de malbouffer ? De faire régulièrement le plein de calories vides ? D’avaler à toute vitesse des solides et des liquides bourrés de gras et de sucre ? Bref, et si l’on arrêtait de bouffer plutôt que de manger ?
Art_de_vivre

Je ne dis pas qu’un hamburger-frites ou un hotdog steamé, savourés dans une cabane à patates quelque part sur la route des vacances, soient à proscrire. À juste titre, Émilie Villeneuve et Olivier Blouin ont célébré le charme rétro des casse-croûtes du Québec dans leur fort sympathique Moutarde chou, un livre all dressed publié il y a trois ans aux éditions Cardinal.

Mais quand 76 % des jeunes Québécois consomment «régulièrement» des sucreries, 64 % des collations salées et 52 % des mets frits — comme l’a montré une enquête du Réseau du sport étudiant du Québec réalisée auprès de 10 000 jeunes —, il faut s’inquiéter. Il faut aussi s’inquiéter quand, selon la même enquête, à peine la moitié d’entre eux mangent chaque jour des fruits frais et des légumes.

D’autant plus que si les jeunes mangent mal, les adultes ne sont évidemment pas en reste. Le pèse-personne ne ment pas. Les Centers for Disease Control calculent qu’aux États-Unis, les femmes pèsent aujourd’hui en moyenne 166,2 livres, soit exactement ce que pesaient les hommes au début des années 1960. Quant aux hommes, ils ont gagné près de 30 livres au cours de la même période. Pas seulement à cause de la malbouffe — le manque d’activité physique y est aussi pour quelque chose. Mais beaucoup à cause d’elle.

Fait intéressant : le junk food commencerait à reculer dans le pays même où il est né, raconte l’hebdomadaire français L’Obs dans un dossier récent. Aux États-Unis, McDonald’s vient de connaître neuf trimestres consécutifs de baisse des ventes. Coca-Cola a annoncé 1 800 licenciements. L’an dernier, Kraft a vu ses profits fondre comme fromage sous le gril, avec une baisse de 62 %. Forcée de se mettre au goût du jour, elle a promis de ne plus ajouter de colorant artificiel dans son légendaire mac & cheese, colorant qui le rendait, dit l’hebdo, «d’un bel orange radioactif».

Les consommateurs américains seraient-ils en train de prendre un exemplaire virage santé ? Les salades et l’eau commenceraient-elles à gagner droit de cité sur leurs comptoirs de bouffe-minute, comme on commence à le voir ici ? Difficile d’affirmer que ces faits sont annonciateurs d’une véritable tendance. Mais l’expérience de McDo France est révélatrice : plus 2,6% de chiffre d’affaires en 2014 par rapport à l’année précédente. Comment ? En misant sur la qualité, le goût, le léger, le local, voire le gastronomique. Donc, en «francisant» la franchise. Autre signe des temps, note L’Obs, la restauration rapide à la française mise sur le haut de gamme et gagne. Comme le dit une chaîne qui a fait ce pari, Big Fernand : «Arrêtez de bouffer des burgers, mangez des hamburgés !».

Ce n’est qu’un début, bien sûr. Mais la guerre contre la malbouffe se gagnera petit à petit — une bouchée (de moins) à la fois.