La sortie plein air de la semaine : des forêts comme à l’époque de la Nouvelle-France

Les sentiers du secteur des Trois-Fourches, qui épousent les méandres de la rivière du Chêne et ses berges sablonneuses, dévoilent la grande richesse écologique de la Forêt de la seigneurie de Lotbinière.

Photo : Simon Diotte

Cet été, notre collaborateur, spécialiste du plein air, propose une sortie par semaine pour emprunter de nouveaux sentiers tout en découvrant les splendeurs de la nature du Québec.

Si on veut marcher dans la Forêt de la seigneurie de Lotbinière (FSL), on ne part pas sans son GPS. Bien que les limites de cette immense forêt publique de 163 km2 touchent presque l’emprise nord de l’autoroute 20, dans la région de Chaudière-Appalaches, il faut passer en voiture par de multiples chemins de campagne des municipalités de Laurier-Station, Saint-Édouard-de-Lotbinière et Leclercville si on veut accéder au secteur des Trois-Fourches. Ce qui explique probablement pourquoi ce terrain de jeu pédestre, dont l’accès est gratuit, demeure largement méconnu parmi la gent randonneuse.

À partir des Trois-Fourches, une vingtaine de kilomètres de sentiers serpentent dans cette forêt publique — terre qui appartient au gouvernement du Québec —, la plus importante du genre au sud du Saint-Laurent, et mènent à la découverte de son trésor : le corridor de la rivière du Chêne et de ses affluents, où survivent des arbres plusieurs fois centenaires, miraculeusement épargnés par les coupes forestières.

Long de 15,6 km, le tronçon principal du parcours, le sentier Les Trois-Fourches, épouse les méandres de la rivière du Chêne et ses berges sablonneuses, lieux de ponte au printemps de la tortue des bois, une espèce considérée comme vulnérable au Québec. Ce sentier monte et descend sur les terrasses alluviales, formées par l’érosion du sol sablonneux et argileux du coin. D’autres petits sentiers se connectent à cette colonne vertébrale, permettant d’aborder cette nature en boucles.

Les sentiers nous guident à travers des vestiges de forêts anciennes qui donnent un aperçu d’à quoi ressemblaient nos espaces sauvages quand les colons ont débarqué en Nouvelle-France, car au XVIIe siècle, des forêts de plus de 200 ans recouvraient 70 % du sud du Québec. Aujourd’hui, elles en occupent moins de 1 %, selon le Conseil régional de l’environnement Chaudière-Appalaches. La FSL comprendrait néanmoins la plus grande concentration de vieilles forêts peu ou pas perturbées de l’ensemble des basses-terres du Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs.

Le contraste entre les jeunes forêts aux troncs minces, où domine l’érable rouge, et les vieilles forêts peuplées d’érables à sucre, de merisiers, de tilleuls et de pruches frappe les randonneurs. En bordure de la rivière, les arbres gigantesques grattent le ciel et jettent le sous-bois dans la pénombre. Des mousses vertes recouvrent entièrement les arbres morts. Le mercure y est de quelques degrés plus bas qu’à d’autres endroits où la végétation est moins dense.

Jusqu’à tout dernièrement, les zones anciennes de la FSL ne bénéficiaient d’aucun statut de protection, mais les choses viennent de changer. Le 17 juin 2022, le gouvernement du Québec a annoncé son intention de mettre en réserve 11 nouveaux territoires, dont 11 km2 de part et d’autre de la rivière du Chêne et de ses principaux tributaires. L’État répond ainsi favorablement à la demande de l’organisation Amis de la Forêt seigneuriale de Lotbinière, qui milite depuis des années pour la création d’une réserve de biodiversité à cet endroit, avec l’appui de plusieurs organisations du milieu, dont la MRC de Lotbinière. Ce secteur mis en réserve devient protégé de toute exploitation industrielle, mais demeure accessible aux randonneurs. 

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