L’art difficile du pourboire à l’étranger

Comment s’y retrouver pour ne pas décevoir un guide, insulter un hôte ou pénaliser un bagagiste mal rémunéré ? 

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Photo : Global Panorama/Flickr

Un jour que je voyageais aux îles Fidji, je suis monté par erreur à bord d’une voiture, croyant qu’elle appartenait au chauffeur qu’on m’avait envoyé. Après tout, celui-ci correspondait en tous points à la description qu’on m’en avait faite, et il se trouvait au bon endroit, au bon moment.
Art_de_vivre

Le chauffeur, lui, croyait que je n’étais qu’un simple client qui venait de le héler et de retenir ses services.

Mais une heure plus tard, quand mon véritable chauffeur a réussi à retrouver l’autre chauffeur pour lui dire qu’il était parti avec son client, le malentendu nous a tous deux bien fait rire.

J’ai alors voulu défrayer la course — le compteur était monté à 100 dollars —, mais rien n’y fit. «De toute façon, j’allais dans votre direction», m’a dit le gentil Fidjien. «Laissez-moi au moins vous offrir un petit quelque chose !» lui ai-je répondu. Jamais il n’a voulu que je lui donne ne serait-ce qu’un centime. Je ne lui ai finalement laissé que le dernier mot.

Il y a rendre un service, et en fournir un. Dans un cas comme dans l’autre, on ne s’attend pas nécessairement à être payé ou à recevoir un pourboire en échange, en ce bas monde.

Bien sûr, un nombre incalculable de personnes qui travaillent en hôtellerie, en restauration ou en tourisme en général sont sous-payées, et elles comptent sur une gratification additionnelle, une fois la prestation rendue, pour vivre dignement de leur travail. Et c’est tout à fait compréhensible et honorable.

Ainsi, les pourboires font partie intégrante de l’économie mexicaine, alors qu’au Maroc et en Égypte, on s’attend à recevoir le sempiternel bakchich dans une infinité de situations — trop souvent, même.

En revanche, le simple fait d’arrondir la note suffit pour les taxis russes et portugais ou dans les restaurants allemands, mais il n’est pas dans les us et coutumes de certains pays de recevoir un pourboire. Il arrive même que ce soit mal vu, comme c’est le cas au Japon — sauf s’il s’agit d’une prestation haut de gamme. Dans ce dernier cas, il faut alors laisser la somme dans une petite enveloppe… pour sauver les apparences.

Bref, autres pays, autres mœurs. Mais comment s’y retrouver pour ne pas décevoir un guide, insulter un hôte ou pénaliser un bagagiste mal rémunéré ? Le Guide du routard publie déjà un petit guide où l’on aborde brièvement la question du pourboire. Condé Nast Traveler a aussi préparé le sien, plus complet et en anglais, pour une cinquantaine de pays.

Plus récemment, la société de change Travelex a concocté, en français, son propre guide des pourboires, pour 26 pays parmi les plus visités du globe. Classées selon qu’on va au resto, au bar ou à l’hôtel, ou qu’on retient les services d’un taxi, les suggestions couvrent un large éventail de situations. Car celles-ci peuvent varier du tout au tout, selon le service rendu — et ce, dans une même ville.

Dans les années 1990, j’ai ainsi travaillé comme serveur dans un pub de Londres. J’étais payé l’équivalent de six dollars l’heure pour un incessant travail à la chaîne, soit celui de remplir pinte après pinte pour contenter une bande de joyeux soiffards… le tout sans jamais récolter un seul penny de pourboire.

Exténué à la fin de la première journée, j’ai tout bonnement démissionné, pour ensuite me faire embaucher comme porteur de bagages dans un Hilton. Chaque jour, je recevais des dizaines de pounds en pourboires, ne serait-ce que pour tenir la porte à un client. Et malgré le coût de la vie astronomique de la capitale britannique, j’ai même réussi à faire des économies…

Cela dit, il existe une règle universelle en matière de pourboire (quand il n’est pas inclus) : si le service est pourri, nul n’est tenu de gratifier celui qui le rend — ou prétend le rendre. Mais pour manifester son mécontentement, il y a pire que ne laisser que 5 % de pourboire au lieu de 15 %.

Dans un bar de Québec où j’avais été particulièrement mal servi, j’ai déjà inscrit 0,50 $ de pourboire sur une facture de 20 $, pour clairement signifier à un barman aussi rustre qu’inefficace qu’il n’avait pas tout à fait bien saisi la notion de service.

Non seulement il m’a rendu mes 0,50 $ payés par carte de crédit, mais encore l’a-t-il fait en espèces sonnantes et trébuchantes, lançant les pièces sous mon nez et sur le bar, pour me faire fulminer davantage. Il y est arrivé, mais j’ai tout de même laissé les deux 25 cents sur le zinc.

Je ne crois pas qu’il ait jamais changé d’attitude — quand on est intrinsèquement mauvais, on le demeure —, mais contrairement à ce qui s’est produit avec mon chauffeur fidjien, j’ai eu le dernier mot, ultime privilège de celui qui reçoit un service, surtout quand il est mauvais.

Pour consulter le petit guide de Travelex (pdf), cliquez ici.

Pour parcourir la section du site Guide du routard consacrée aux pourboires, rendez-vous plutôt là.

Pour lire les conseils de Condé Nast Traveler, c’est par ici.

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Ah les pourboires! A certains endroits les gens voient les touristes comme des distributeurs de billets.
Pourquoi certains travailleurs y on droit alors que d’autres sous-payés n’en n’ont pas. La responsabilité en revient aux employeurs surtout les plus riches qui en profitent pour s’enrichir encore plus en laissant les clients payer le salaire de leurs propres employés. Mais que faire ?