L’autre couleur de Bordeaux

La région bordelaise est bien connue pour ses vins rouges, mais elle produit aussi de nombreux blancs dignes de mention.

Photo: Tim Sambrook/Alamy Stock Photo

On ne voit nulle part le vin blanc de Bordeaux. Sauf exceptions, les blancs de l’Entre-deux-Mers et des Graves sont à peu près absents des cartes de restaurants depuis des années. Et si on redécouvrait ces illustres laissés-pour-compte?

Il n’y a pas si longtemps, jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, en fait, la vaste région de la Gironde élaborait autant de vins blancs — secs et liquoreux — que de rouges. Aujourd’hui, les cépages noirs (cabernet sauvignon, merlot, cabernet franc, petit verdot et malbec) dominent très largement, et les vins rouges et rosés représentent environ 90 % de la production bordelaise.

La plupart des bordeaux blancs modernes se caractérisent avant tout par l’exubérance fruitée et la vivacité du sauvignon blanc, variété blanche la plus cultivée à Bordeaux. La majorité de ces vins secs, nerveux et abordables qu’on sirote sans trop réfléchir proviennent de l’Entre-deux-Mers, région située entre la Garonne et la Dordogne, les deux fleuves qui confluent pour former la Gironde.

Mais les meilleurs vins blancs secs des Graves peuvent atteindre des sommets de complexité et de longévité. Dans cette région qui borde la Garonne, entre la ville de Bordeaux et les premiers vignobles du Sauternais, les cépages rouges s’enracinent dans les sols caillouteux, tandis que les sauvignon blanc, sémillon et muscadelle adoptent sur les terroirs argilo-calcaires une allure très racée.

La profondeur de ces vins blancs a grandement contribué à la réputation du Domaine de Chevalier et des châteaux Haut-Brion, La Mission Haut-Brion, La Louvière et Carbonnieux, que les producteurs n’hésitent pas à vendre au même prix, sinon plus élevé, que les rouges. Des vins gras et complexes, qui offrent en bouche une sensation de plénitude, doublée d’un caractère quasi aérien. Somptueux et pourtant sobres, élégants et tout en retenue. Comment résister à de telles vertus?

L’autre couleur de BordeauxCHÂTEAU SAINTE-MARIE

Entre-deux-Mers 2015, Vieilles Vignes (10269151; 17,45 $)

Depuis une dizaine d’années, j’aime renouer avec le charme discret de ce vin blanc élaboré par Stéphane Dupuch au cœur de l’Entre-deux-Mers. Pas de bois, mais des saveurs nettes et pures, mariant les fruits tropicaux, les agrumes et les notes de cire d’abeille caractéristiques du sémillon (25 % de l’assemblage). Juste assez de volume en bouche, une saine acidité et une finale saline. C’est l’un des bons bordeaux blancs à la SAQ.

CHÂTEAU DE ROCHEMORINL’autre couleur de Bordeaux

Pessac-Léognan 2011 (743013; 29 $)

Composé à 100 % de sauvignon blanc, le vin est élevé sur lies pendant 10 mois en fûts de chêne et présente au nez des notes de fleurs et d’agrumes, avec des accents de pain grillé. La bouche est fraîche, animée par l’acidité propre au sauvignon et nourrie d’une texture grasse. La finale a une touche fumée, typique du terroir de Pessac-Léognan, situé dans la partie nord des Graves. Déjà âgé de cinq ans, il a encore de belles années devant lui.