Le prix de la renommée

En avril, les propriétaires de grands crus de Bordeaux décerneront les prix de la récolte 2009. De l’avis de beaucoup, il s’agit d’une vendange bénie des dieux.

Les grands crus de Bordeaux 2009 devraient être bénis des dieux.
Photo : Michel Phaneuf

Cité dans le site du journal Sud Ouest, le directeur du Château Montrose (à Saint-Estèphe) – qui fut pendant plus de 40 ans au gouvernail du Château Haut-Brion – était dithyrambique : « Ce millésime est parmi les plus beaux jamais réalisés de ma vie. » Traduction : préparez-vous à des hausses de prix. Car même si la conjoncture économique est peu propice à la gourmandise, il serait étonnant qu’avec une pareille qualité annoncée les Borde­lais ne veuillent combler le recul des prix que leur avait imposé la débâcle de l’an dernier ainsi que l’enthousiasme modéré pour le millésime 2008.

Assisterons-nous à une explosion des prix comme en 2005 ? Probablement pas, car les marchés sont restés fragiles. Mais on peut parier que tout en jouant de prudence, les propriétaires tendront l’élastique au maximum en misant sur le prestige unique de leur produit et sur une soif mondiale de grands vins, apparemment plus inassouvie que jamais.

Il y a quelques années, un propriétaire de grand cru s’était fait demander s’il allait continuer éternellement à augmenter le prix de son vin. Sa réponse : « Aussi longtemps que les acheteurs suivront ! » C’est ainsi que, chaque année, sont établis les prix des grands crus. Non pas en fonction de leur qualité intrinsèque réelle, mais selon l’humeur des mar­chés. Une caisse de Château Ausone (17 400 dollars pour le 2008, vendu en primeur à la SAQ l’an dernier), c’est comme un Riopelle ou un meuble ancien : cela vaut ce que l’acheteur est prêt à payer. Or, il semble bien que, de Moscou à Hongkong en passant par Londres, New York et Singapour, il se trouve amplement de riches collectionneurs – de plus en plus, à vrai dire – capables de flamber des sommes folles pour garnir leur cave de bouteilles rares et prestigieuses. « Pour des gens fortunés, le prix élevé d’un vin devient une raison supplémentaire de l’acheter », a écrit l’écrivain britannique Hugh Johnson. Cela semble plus vrai que jamais, à une épo­que où toutes les bouteilles mythiques pro­duites à Bor­deaux et ailleurs dans le monde sont devenues autant de signes extérieurs de richesse ; si bien que les grands vins sont de moins en moins accessibles au commun des mortels.

Heureusement, dans cette surenchère sans fin, le buveur ordinaire n’aura pas tout perdu, car de toute son histoire, la planète n’a jamais produit autant de bons vins abordables. Dans une fourchette de prix allant de 15 à 30 dollars, on trouve une pléthore de bonnes bouteilles de tous les coins du monde. Et si vous rêvez à l’inaccessible étoile, consolez-vous à l’idée qu’à 800 dollars un Château Cheval Blanc n’est jamais 32 fois meilleur qu’un bon bordeaux à 25 dollars choisi judicieusement.

 

LISTE D’EMPLETTES : CINQ BORDEAUX IMPECCABLES


Château Hanteillan 2005, Haut-Médoc (S-721506 ; 22,50 $)

Vieux Château Champs de Mars 2006, Côtes de Castillon (S-10264860 ; 22,80 $)

Château Greysac 2005, Médoc (S-896274 ; 27,45 $)

Château de Parenchère 2006, Cuvée Raphaël,Bordeaux Supérieur (S-975631 ; 28,50 $)

Château Reysson 2006, Haut-Médoc (S-10273387 ; 22,30 $)