Le rosé voit rouge

Le rosé est issu d’une tradition ancestrale, que certains veulent abolir.

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«Rosé : vin de teinte claire, issu de raisins rouges, élaboré par une courte macération des baies ou par un lent pressurage » (2000 mots du vin, Hachette). Cette définition décrit fidèlement une tradition ancestrale ancrée dans l’histoire viticole. Autrement dit, on n’obtient pas du vin rosé en mélangeant du rouge et du blanc au goût du client. Ce serait trop simple. Et pourtant, au printemps dernier, la Commission européenne (CE) a proposé de soustraire à la loi l’interdiction d’une telle pratique, ouvrant ainsi la porte à la fabrication de rosés issus de mélanges. Depuis, c’est le branle-bas de combat en France.

S’élevant contre cette décision, divers syndicats et fédérations professionnelles sont montés aux barricades, d’abord pour semoncer le ministre français de l’Agriculture, qui avait initialement donné son aval pour ensuite se raviser devant le raz-de-marée de protestations, et surtout pour dénoncer une mesure jugée selon eux favorable aux gros producteurs, qui pourront ainsi attaquer à peu de frais un marché lucratif en pleine progression. Selon la CE, la consommation de rosés dans les 27 pays de l’Union se chiffrerait à 2,1 milliards de bouteilles, soit 12 % du marché du vin en Europe. À elle seule, la France fournit environ le tiers de la production mondiale. Elle demeure le numéro un, devant l’Italie et l’Espagne. Les enjeux sont donc énormes.

Les défenseurs du coupage prétendent qu’il permettrait aux producteurs européens de mieux faire face à la concurrence des pays du Nouveau Monde, où cette méthode est monnaie courante. Les opposants soutiennent au contraire qu’une telle pratique risque de banaliser l’image de marque du produit et mettrait ainsi en péril l’économie de régions traditionnellement productrices de rosés.

À l’heure d’Internet, le mouvement de protestation s’est regroupé sur le site coupernestpasrose.com, et une pétition y a été mise en ligne. À la mi-mai, près de 30 000 signatures avaient été recueillies. Suffiront-elles pour convaincre les « eurocrates » d’abdiquer en faveur du seul rosé véritable ?

Un bouquet de rosés

Quatre noms à retenir parmi la déferlante annuelle de rosés offerts à la SAQ :

  • Castello di Ama, Rosato 2008, Toscana
    Du pays du chianti, un impeccable rosé auquel le cépage sangiovese apporte vinosité et caractère fruité débordant. C’est l’un des meilleurs offerts cette année (S-11110619 ; 20,45 $).
  • Marqués de Cáceres 2008, Rioja
    Très bon rosé espagnol composé des variétés locales tempranillo et garnacha. À la fois rond, aromatique et rehaussé par une acidité saine, suffisante (S-10263242 ; 14,40 $).
  • Rosé de Malartic 2008, Pessac-Léognan
    Le petit rosé du grand cru Château Malartic-Lagravière. C’est l’esprit du bordeaux à travers le prisme d’un joli vin coulant, frais et distingué (S-11107452 ; 18,90 $).
  • Pétale de Rose 2008, Côtes de Provence
    Comment passer sous silence ce vin emblématique du rosé provençal, surtout qu’il est meilleur que jamais dans sa version 2008 ? Chaque bouteille est un rendez-vous avec la légèreté, la finesse et la subtilité aromatique (C-425496 ; 16,95 $).

 

EUPHORIE POUR…

les spumanti

Les producteurs italiens de vins effervescents jubilent. Selon le site Forum Spumanti d’Italia, la valeur des ventes de 2008 aurait progressé de 22 %, pour atteindre 2,5 milliards d’euros. Cet essor s’explique largement par le succès phénoménal du prosecco, un aimable vin mousseux produit dans le nord-est du pays et qui fait un malheur sur les marchés d’exportation. Certes, le prosecco ne vaut pas un bon champagne, sauf qu’il coûte trois fois moins cher, et les meilleurs spécimens ne manquent pas de charme. Pour vous en convaincre, goûtez le délicieux Prosecco di Valdobbiadene, de Nino Franco (S-349662 ; 20,60 $) ; ce vin frais et délicat est un modèle du genre.


ET MAUVAISE PASSE POUR… 

les vins champenois

Après des années de prospérité, le commerce du champagne accuse son plus fort ralentissement depuis 15 ans. Les ventes
de 2008 – 322,5 millions de bouteilles au total – ont régressé (près de 5 % par rapport à 2007) et, signe plus inquiétant, le premier trimestre de 2009 s’est soldé par un recul de 30 % sur les résultats obtenus pendant la même période en 2008. Seule région jusqu’ici épargnée par la crise qui a frappé le secteur viticole français ces dernières années, la Champagne vit elle aussi à l’heure de la récession. Même le géant LVMH (Moët & Chandon, Veuve Clicquot, Krug, Ruinart) est pris dans la tourmente.