Le vin de la semaine : un ramato, spécialité du nord-est de l’Italie

Ni rosé ni orange, le ramato est le fruit d’une longue tradition dans la région du Frioul. Un pinot grigio avec un supplément d’âme et de caractère. 

Montage L'actualité

Scarbolo, ILRamato 2019, Friuli
14467891   24,50 $

« Ramato » vient du mot italien « rame », qui signifie « cuivre ». Lorsque les raisins de pinot gris — qui doit son nom à la teinte gris-rose de sa peau — sont foulés et que les peaux passent un certain temps au contact du moût, ce dernier prend une teinte cuivrée et une texture un peu plus tannique. 

Le vin distinctif qu’on en tire, appelé ramato, se différencie d’un rosé ou d’un vin orange par son profil hybride, mais surtout par son histoire, intimement liée au Frioul, une région du nord-est de l’Italie, où le pinot gris a été introduit au milieu du XIXe siècle et fut rebaptisé grigio. Traditionnellement, les vignerons du Frioul laissaient les peaux pigmentées du grigio macérer pendant plus ou moins 24 heures avec le moût et produisaient des vins tuilés (de couleur brique) jusque dans les années 1960.

Pendant les décennies qui ont suivi, le succès commercial du pinot grigio comme on le connaît aujourd’hui a été tel que la plupart des vignerons du Nord ont cessé leur production de ramato. Valter Scarbolo est certainement celui qui a le plus contribué à la réhabilitation de cette curiosité frioulane, en lançant une version moderne du fameux ramato dès 1982.

Le pinot gris macère avec les peaux à basse température pendant 18 heures avant le pressurage. (Pour un vin orange, les macérations se poursuivent pendant les fermentations, à plus haute température, ce qui favorise une plus forte extraction.) Ce bref contact avec les peaux enrichit la structure du vin, sans la rendre tannique, et permet également d’extraire un maximum d’arômes, contenus dans la peau des raisins de pinot gris.

Le 2019 est assez discret au nez, avec des notes qui évoquent plus la terre que le fruit. La bouche a de la tenue, de jolis parfums d’abricot, d’épices et de thé oolong, auquel le vin emprunte aussi des amers délicats, garants d’une bonne longueur. En le dégustant tôt ce matin, je ne pouvais m’empêcher de penser au souper, convaincue qu’il ferait un malheur avec les tomates et le basilic du jardin. Ou encore avec des chanterelles. Ou peut-être…

Salute !