Le World Press Photo 2016 avec Fiston

Notre journaliste s’est rendu à l’exposition du World Press Photo avec son fils, pour redécouvrir ces «oscars de la photo».

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Espoir d’une nouvelle vie, Prix Photo de l’année 2015 – World Press Photo (Photo: Warren Richardson)

– Alors, laquelle t’a le plus touché?
– Celle avec le bébé qu’on passe entre les barbelés…
– Plus que celle avec la petite fille sur les genoux de son père?
– Elle est morte?
– Oui.
– Alors celle-là, c’est la plus triste…

Chaque année, je scrute assidûment les photos du World Press Photo, «le plus prestigieux concours annuel de photographie professionnelle au monde».

D’ordinaire, je les contemple en solo, que ce soit sur le Web ou, mieux, en me rendant au marché Bonsecours pour les voir en grand format, lorsque l’exposition itinérante qui les présente s’arrête à Montréal, à la fin de l’été.

Mais cette année, je m’y suis rendu avec Fiston, 11 ans, plus que jamais en âge de comprendre que sur sa planète, ce n’est pas toujours aussi jojo que dans son coin de pays privilégié, ou aussi facile que dans ses jeux vidéos.

Parce que j’étais avec lui, un être encore partiellement naïf, j’ai d’abord trouvé que la sélection était difficilement soutenable, par moments, entre les gravats et les corps maculés de sang, les néo-esclaves, les épidermes calcinés, les grabataires évanescents dans leur mouroir, les victimes de viol aux prises avec leurs démons suicidaires. «C’est quoi ce drôle de couteau sur le poignet, papa?»


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Puis sont venus ces rangers traquant des braconniers, ces fillettes enrubannées de fleurs, cette équipe de soccer formée de survivants de l’Ebola, ces bébés orangs-outangs trimballés dans une brouette, ces baleines avec lesquelles on a l’impression de nager et cet extraordinaire volcan en éruption, aux flancs frappés de plein fouet par un éclair. «Celle-là, c’est la plus belle!» de décréter Fiston.

À l’image du monde où nous évoluons, les 150 photos-chocs présentées ici nous font osciller entre éblouissement et dégoût, entre hargne et compassion, entre joie et détresse, entre découragement et espoir.

Triées sur le volet parmi 83 000 images soumises par 5 775 photographes provenant de 128 pays, ces photos brillent aussi, fort souvent, par leur esthétisme et leurs grandes qualités intrinsèquement photographiques. Elles forment d’ailleurs une belle occasion d’inculquer quelque rudiment de traitement photo et de symbolisme aux néophytes.

– Tu vois la juxtaposition de ces deux images? D’un côté, le visage d’une aveugle, réfléchi sur une surface vitrée à travers laquelle on peut voir; de l’autre, un mineur voyant, mais qui passe la plupart du temps à ne rien voir, parce qu’il travaille dans le noir…
– Et cette famille, là, debout à côté d’une chaise vide?
– La chaise vide rappelle l’absence d’un des siens, mort à la guerre…

Retour à la case départ du désespoir. Tout bien réfléchi, ce n’est pas tant parce que Fiston était là que cette édition du World Press Photo m’a un peu plus chamboulé qu’à l’habitude. C’est tout simplement parce que l’état du monde est plus que jamais de nature à nous mettre… dans tous nos états.

World Press Photo Montréal, 11e édition

Jusqu’au 2 octobre. Tous les jours, de 10 h à 22 h les dimanche, lundi, mardi et mercredi; de 10 h à minuit les jeudi, vendredi et samedi. Salle de la Commune du marché Bonsecours, 325, rue de la Commune Est, Vieux-Montréal (métro Champ-de-Mars).

En complément, quatre «expositions satellites» sont présentées: les réfugiés syriens de Montréal (signée Anaïs Barbeau-Lavalette); un photoreportage sur les inégalités socioéconomiques; les témoignages de correspondants de RDI; et une sélection de courts métrages du Festival du nouveau cinéma de Montréal.

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Le volcan n’est pas frappé par un éclair. L’éclair est produit par la friction des partucules éjectées. Les textes accompagnant les photos sont un plus.