Les limites des scanneurs corporels

Depuis l’annonce de l’installation de scanneurs corporels a mari usque ad mare, des voix s’élèvent pour remettre en question cette décision, que ce soit de la part des défenseurs des droits et libertés de la personne ou de ceux qui doutent de l’efficacité de ces appareils, lesquels sont loin de faire l’unanimité.

Crédit: Cynthia Boll / AP / PC
Crédit: Cynthia Boll / AP / PC

D’abord, certains aéroports activent la fonction « brouillage » du scanneur, qui rend floues diverses zones corporelles – dont l’aine – pour respecter la vie privée des voyageurs. Mais ça, c’était avant le 25 décembre, et il y a fort à parier que cette pratique sera abandonnée sous peu, si ce n’est déjà fait.

À l’inverse, la Grande-Bretagne a décidé de bannir la fouille à nu virtuelle des mineurs, à la suite des pressions exercées par un groupe d’activistes qui prétend que les images créées par les scanneurs s’apparentent à de la pornographie infantile. L’histoire récente nous enseigne pourtant qu’il est plus qu’aisé de recruter des kamikazes adolescents, quand il s’agit d’enquiquiner le Grand Satan.

Toujours en Grande-Bretagne, les douaniers qui ont testé les scanneurs corporels doutent de leur capacité à détecter les plastic, produits chimiques et autres liquides explosifs. Or, c’est précisément le genre de matière dangereuse que portait sur lui Umar Farouk Abdulmutallab, le Nigérian auteur de l’attentat raté de Noël.

Quoi qu’il en soit, tout le monde s’entend pour dire que ces scanneurs ne peuvent détecter ce qui aurait été dissimulé dans les cavités naturelles du corps – une méthode maintes fois éprouvée par les contrebandiers de stupéfiants. Si un passager peut insérer un condom bourré de cocaïne dans son fondement, pourquoi pas quelques grammes d’explosifs, qu’il n’aura plus qu’à récupérer aux toilettes, à bord de l’avion… Sans compter qu’un obèse pourrait lui aussi dissimuler des matières dangereuses dans les plis de son embonpoint, suggère un autre expert – et pourquoi pas dans le gras, sous la peau, serions-nous tentés d’ajouter.

Dans un registre plus pratico-pratique, le Christian Science Monitor déplore notamment le coût élevé – 250 000 $ pièce, au Canada – de ces appareils, dont la facture sera d’une façon ou d’une autre refilée aux contribuables. Quant au magazine Mother Jones, il décrie les profits énormes qui ont été engrangés, par le passé, par les entreprises qui fabriquent des appareils qui s’avèrent peu fiables à l’usage, ce qui pourrait être le cas de ces scanneurs corporels.

Citant le Washington Post, Mother Jones en rajoute en soulignant que l’ancien chef du Department of Homeland Security, Michael Chertoff, dirige désormais une firme qui représente l’un des plus gros fournisseurs de scanneurs corporels, Rapiscan Systems, avant de citer le Washington Examiner, qui dressait récemment la liste des ex-politiciens qui font aujourd’hui partie du « full-body scanner lobby ». En décembre, 150 scanneurs supplémentaires ont été commandés pour aller rejoindre les 40 déjà en opération, dans les aéroports états-uniens.

Cela dit, quelles sont les alternatives ou les techniques complémentaires qui pourraient être utilisées, pour élever le niveau de sécurité dans les aéroports? Certains suggèrent l’emploi accru de chiens renifleurs, des interrogatoires serrés et recoupés comme on le fait en Israël, le recours au profilage ou à des agents entraînés pour repérer des individus louches – ce qui sera mis en place au Canada –, d’autres technologies pour repérer les explosifs ou encore l’embauche d’agents fédéraux armés à bord des avions. Un peu de torture pour déjouer les complots avec ça?

Peu importe les mesures choisies, on ne peut rien faire contre l’ineptie, comme celle de la CIA, qui n’a pas tenu compte de l’avertissement du père du terroriste nigérian. Pire : on doit désormais se méfier des autorités douanières elles-mêmes.

Ainsi, pour tester l’efficacité de leurs systèmes de détection, les douaniers de l’aéroport de Propad-Tatry, en Slovaquie, ont planqué des explosifs dans les bagages de neuf passagers, à leur insu. L’un d’eux a réussi à traverser les contrôles douaniers… avant d’être arrêté à Dublin, sa destination finale, pour ensuite être relâché, quant tout cet imbroglio a été démêlé.

Ne vit-on pas une époque formidable?

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