Mon amoureux est un artiste, mais ce qu’il fait n’est pas très bon. Comment le lui faire comprendre ?

Je m’appelle Mathieu Charlebois et chaque mois, je réponds à vos grands questionnements existentiels.

Illustration : Stéphanie Aubin

On doit à ceux qu’on aime d’être leur meneuse de claque (après tout, on ne les aime pas pour rien : ce sont des gens extraordinaires), mais on leur doit aussi la vérité. C’est un équilibre parfois difficile à atteindre.

En 1999, j’ai participé à Cégeps en spectacle avec mon groupe de jazz-rock-électro L’Oreille du tigre. On n’a pas gagné, mais je ne suis pas du tout amer et je ne sais même pas pourquoi je le mentionne. Après notre prestation, la critique de ma mère s’est résumée à « c’était spécial ».

J’ai aimé qu’elle soit aussi franche, même seulement en sous-texte. Elle aurait fait semblant d’avoir dansé sa vie au son des cuivres dissonants de mon petit orchestre que je ne l’aurais jamais crue. Au nom de l’honnêteté, je n’avais pas pour autant besoin qu’elle essaie de me faire abandonner ma carrière de musicien.

D’abord, tout comme ma mère, vous avez peut-être tort quand vous affirmez que ce que fait votre amoureux n’est pas très bon. Ensuite, qu’est-ce que ça veut dire, « pas très bon » ? Non seulement l’art est subjectif, mais il constitue aussi une quête. On tente de recréer ce qu’on voit ou entend dans sa tête, et ça fonctionne rarement du premier coup. Ou même au millième.

Avouer à quelqu’un que son art n’est pas notre tasse de thé, c’est une chose. Le convaincre de remiser ses pinceaux ou sa guitare, c’en est une autre.

Bien sûr, il y a le risque qu’en rendant son art public, il soit heurté par l’accueil qu’on lui réservera. Mais découvrir « à la dure » que ses créations n’intéressent personne, ça fait aussi partie de la quête de l’artiste. Tant qu’il n’est pas en train d’engloutir vos économies communes dans cette quête, elle lui appartient.

Il vous reste donc à apprivoiser votre rôle de cheerleader honnête. Aussi, fiez-vous à mon expérience de créateur : il est plus agréable de savoir avec certitude que quelqu’un qu’on aime n’est pas notre plus grand admirateur que de se demander si ses bons mots ne sont que des encouragements feints.

Demeurez quand même du côté de l’amour et du positif. Il doit bien y avoir quelque chose que vous appréciez dans les œuvres de votre proche. Le bonheur que lui apporte le fait de créer, par exemple. Sinon, dans le pire des cas, dites que « c’est spécial ».

Je google mes petits bobos, mais cela me rend très anxieux. Comment être certain que je ne manque pas les débuts d’une maladie ?

Vous vous sentez un peu trop en santé ? Une visite sur Doctissimo peut arranger ça. Internet peut diagnostiquer n’importe quel cancer fictif de l’intestin grêle à partir d’une douleur au coude.

Pour ce genre d’exercice, il est sage d’introduire une personne tampon dans le processus. Trouvez-vous un compagnon de diagnostic. Vous cherchez ses symptômes, il cherche les vôtres, et vous avez tous les deux la responsabilité de filtrer les résultats apocalyptiques et improbables. Ça vous évitera de vous rendre malade… à essayer de voir si vous l’êtes.