Mon artiste préféré se révèle avoir un lourd passé. Je brûle ses disques, ou j’attends qu’un autre documentaire vienne contredire le premier ?

Je m’appelle Mathieu Charlebois et chaque mois, je réponds à vos grands questionnements existentiels.

Illustration : Stéphanie Aubin

Entendez-vous ce son ? C’est le bruit sourd de l’idole qui tombe de son piédestal.

Rhôôô, râleront certains, s’il faut commencer à boycotter tous les artistes qui ont un squelette dans le placard, il ne restera plus personne ! Et pourtant, je vous l’assure : il est tout à fait possible de traverser sa vie sans abuser d’un enfant ou battre son épouse. Ça se fait. Beaucoup ont réussi haut la main.

Les créateurs au passé ou au présent douteux existent quand même, et il faut bien décider ce que l’on fera de leur art.

Gregory Charles a choisi de continuer à chanter du Michael Jackson en spectacle. En guise d’explication, il a raconté avoir déjà été très mal traité par Claude Nougaro. « Est-ce que je vais mettre toute cette musique que je trouve fantastique à la poubelle parce que le gars n’a pas été fin ? » a-t-il ajouté.

Chacun peut décider de fréquenter ou d’éviter l’œuvre d’un artiste déchu. Les deux options se défendent. Cependant, si l’on opte pour la fréquentation, il faut le faire en assumant son choix, plutôt que de se cacher derrière un mur de déni et de fausses analogies. Non, les artistes ne sont pas tous des monstres en secret, et être « pas fin », c’est assez différent d’être un pédophile. (Fallait-il vraiment le rappeler ?)

L’homme derrière votre chanson préférée était un salopard. Bon. Voilà ! C’est dit. Et maintenant, que se passe-t-il ?

J’ai décroché mon affiche de Miles Davis après avoir lu sa biographie. Miles était un vrai « pas fin ». J’aime encore Kind of Blue, mais je ne glorifierai pas l’humain détestable qui en est à l’origine. Bertrand Cantat m’empêche cependant de réécouter Noir Désir, parce que ce n’est pas vrai que je vais donner de l’argent à un meurtrier pour qu’il me chante l’importance de la paix dans le monde.

Ma limite est là, quelque part entre « pas fin » et « meurtrier ».

Quelle est votre limite à vous ? Vos souvenirs d’enfance ont-ils plus de poids que ce que vous savez sur le comédien à l’écran ? Êtes-vous capable de lire ce roman en connaissant les écarts de conduite de son auteur ? Le seul moyen de le savoir, c’est de se poser réellement la question. Après tout, c’est le rôle de l’art de nous inciter à nous interroger.

***

Trop de spectacles ont droit à des ovations qu’ils ne méritent pas. Comment renverser la tendance ?

L’ovationite qui s’est emparée du public québécois est indéniable. Quiconque aligne cinq mots sur une scène se retrouve ovationné. On ne va évidemment pas commencer à huer les bons spectacles juste pour rééquilibrer le grand ordre cosmique, mais on peut s’engager à rester assis quand il le faut. Rester assis, quitte à avoir l’air un peu bizarre. Rester assis, en espérant briser l’effet d’entraînement qui pousse le quidam à se lever parce que son voisin l’a fait.

Nous ne serons que deux au début. Puis nous serons 20, 100, et un jour des milliers à nous tenir debout… en restant assis.

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