Mon musicien préféré meurt de faim depuis que tout le monde utilise Spotify. Comment puis-je l’aider ?

Je m’appelle Mathieu Charlebois et chaque mois, je réponds à vos grands questionnements existentiels.

Illustration : Stéphanie Aubin

Le début des années 2000 a été marqué par la lutte contre le piratage musical. Télécharger une chanson illégalement sur Internet, c’était empêcher le batteur de Metallica de s’acheter un deuxième jet privé et condamner ses enfants à la rue. 

Heureusement, dans les années 2010, le public s’est tourné vers une façon légale de s’égayer le tympan : les services de musique en continu. Depuis, un musicien dont la chanson est jouée quatre millions de fois reçoit pour tout salaire une carte-cadeau de Subway et une « bine » d’encouragement sur l’épaule. Oups. Le public s’est-il trompé en passant du MP3 illégal au Spotify légal mais radin ? 

« Non », assure Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ. « Entre donner zéro dollar à un musicien ou lui donner quelques cents, la deuxième option est toujours mieux. » Pour faire encore mieux que mieux, on s’abonne au service au lieu d’utiliser la version gratuite avec publicités, ce qui donne plus d’argent par écoute aux artistes. Qui sait ? Les membres d’Alaclair Ensemble pourront peut-être s’acheter un grand café plutôt qu’un moyen avec leur chèque de droits d’auteur.

Quant aux solutions qui changeront vraiment les choses à long terme, c’est par les gouvernements et les entreprises que ça va passer, admet Mme Drouin. Ce qui ne veut pas dire que le citoyen lambda est aussi inutile que le troisième percussionniste qui brasse un tambourin sur la scène de Belle et Bum. « Il ne faut pas minimiser l’impact des gestes qu’on pose en tant que consommateur. Écouter la musique d’ici, s’intéresser à notre culture et la faire partager, ça envoie le message aux élus qu’il faut prendre des mesures pour la protéger. »

En attendant, le mieux qu’on puisse faire est de fréquenter les salles de concert. Avec l’effondrement des revenus tirés des albums, la part des billets de spectacle dans le salaire des musiciens est plus importante que jamais. On va donc voir notre chanteur préféré lorsqu’il passe en ville, ce qui est évidemment plus facile quand on est un fan de Pierre Lapointe plutôt que de Gerry Boulet.

Comment réussir à tenir mes résolutions cette année ?

Deux approches sont possibles. D’abord, il y a celle d’accepter que pour réussir, les résolutions doivent venir avec des changements plus ou moins profonds à notre mode de vie. Si on veut aller plus souvent au gymnase, il ne suffit pas d’ajouter le gym par-dessus tout le reste. Il faut dégager de la place dans notre horaire. Puis, il faut tenir bon, même quand la tentation de rester à la maison à manger de la pâte à biscuits pas cuite en regardant La voix se fait forte. C’est aussi difficile que gratifiant.

Et il y a l’approche réaliste, qui consiste à accepter que ça ne marchera pas de toute façon, les résolutions. Une fois libéré de ce poids, on est libre de prendre toutes les résolutions qu’on veut, même les pires. Ou… surtout les pires. L’an dernier, je me suis promis de cesser de regarder des deux côtés de la rue avant de traverser, et de doubler ma consommation hebdomadaire de chips au ketchup. 

Ai-je réussi ? Non. Est-ce une mauvaise chose ? Non plus. Un plan parfait.

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4 commentaires
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Je suis abasourdie et très fâchée que personne ne parle d’une solution toute simple pour donner de l’argent à nos artistes et musiciens d’ici : la plateforme Bandcamp. Est-ce un manque de rigueur journalistique de la part de Mathieu? Un excès d’ignorance de la part de la directrice générale de l’ADISQ? Pourquoi personne ne parle de Bandcamp? C’est quand même incroyable. Comment pensez-vous qu’Alaclair Ensemble faisait de l’argent avant de devenir célèbre à ce point? Il vendait des CD en show et des albums numériques sur Bandcamp. Il n’avaient pas de CD chez Archambault, ils ne passaient pas par les distributeurs réguliers et on le savait tous qu’ils étaient sur Bandcamp.

Sur Bandcamp, les artistes établissent un montant minimum pour l’album et les gens peuvent donner le montant qu’ils veulent à l’artiste. Tu veux encourager ton artiste pref? Paye son album 20$ au lieu de 12$. Sur Bandcamp, il y a des options de mécénat. Si l’artiste a choisi cette options, tu peux t’abonner et lui donner 3$/mois ou plus et avoir accès à tout le matériel exclusif et régulier qu’il produit. Sur Bandcamp, presque tout l’argent va à l’artiste hormis les taxes déduites que la plateforme remet au gouvernement et les frais de transaction bancaire. Un artiste peut s’inscrire gratuitement, télécharger et vendre sa musique sur la plateforme et à chaque vente il reçoit de l’argent sur paypal. Même Diane Dufresne est sur Bandcamp!

Vous habitez sur quelle planète?
Fuck Spotify!
Y’a tu encore des gens assez révoltés pour agir ou vous êtes tous tellement mous
que vous ne vous donnez même pas la peine de parler des vraies solutions??

Merde!

SVP ne le prenez pas personnel, mais vraiment c’est ce que je lance dans l’univers aujourd’hui.

Bonne journée,

Répondre

Je suis assez d’accord pour dire que Bandcamp est une plateforme de choix pour découvrir et encourager les artistes qu’on aime. Par contre, dans l’univers d’écoute musicale où l’on se trouve en ce moment, où les playlists règnent et où les artistes deviennent de plus en plus anonymes par conséquent, on parle quasiment d’une plateforme pour mélomanes quand on parle de Bandcamp.
Les habitudes de consommations sont passées du disque aux applications d’écoute en continu. Oui, on peut conscientiser quelques personnes en leur indiquant les meilleurs habitudes à prendre et outils pour aider les artistes qu’elles aiment mais, globalement, de manière réaliste, la meilleure façon d’aider ces artistes est de lutter pour des redevances décentes.

Bref, bien d’accord pour qu’on passe le mot en ce qui concerne Bandcamp, mais de souligner que le modèle d’affaire de Spotify laisse à désirer, c’est déjà quelque chose. C’est vraiment pas tout le monde qui sait que son abonnement à 10$ = cheap labour… et j’ajouterais aussi que c’est une chronique qui se veut humoristique.

L’article coupe court je trouve. Comme Véronique Garneau-Allard le mentionne, Bandcamp est une excellente option. J’aurais également aimé savoir quel service d’écoute en continu offre le plus aux artistes. Existe-t-il des alternatives pour le consommateur? Et les artistes, ils en pensent quoi du consommateur? Les métaphores utilisées sont amusantes, mais j’aurais préféré plus de faits. Combien exactement un artiste reçoit pour l’écoute d’une chanson? Pourquoi ce n’est pas plus? Que peuvent faire les gouvernements et les entreprises pour que ça change? Dommage, il y avait certainement plus de viande sur l’os que ce que l’on nous a servi dans notre assiette.

Répondre

En ce qui concerne le fonctionnement des services de streaming, le RAM a produit une vidéo qui le vulgarise : https://www.youtube.com/watch?v=SjmTUuiCx6g

En gros, la plateforme prend environ 3$/10$ d’un abonnement mensuel. Le reste de l’argent est réparti selon le nombre d’écoutes et réacheminé vers les distributeurs, maisons de disque et artistes. L’argent que ces derniers reçoivent varie donc d’un mois à l’autre selon le nombre d’écoutes des pièces d’un artiste, le nombre d’écoutes totales sur la plateforme et le nombre d’abonnements. Vu le prix des abonnements, on parle actuellement de centièmes, voir de millièmes de cent par écoute. C’est rien.

Deezer vient de changer de modèle d’affaire pour en adopter un qu’on dit « user-centric ». Dans son cas, les 7$ (+/-) qui n’irait pas à la plateforme seraient uniquement dirigés vers les artistes et autres ayants droit associés aux pistes écoutées par un utilisateur. C’est une solution qui peut donner l’impression au consommateur que son argent est mieux utilisé mais qui ne changera pas ou que très peu le problème à grande échelle.

L’argent n’est pas le seul enjeu avec les plateformes d’écoute en continue. On parle de plus en plus de la nécessité d’imposer des mesures de découvrabilité à l’heure où les œuvres de nos artistes sont ensevelis dans les catalogues de compagnies toutes étrangères comptant des dizaines de millions de pistes. Lors des dernières élections fédérale, le Parti libéral avait affirmé qu’il agirait en fonction des recommandations du comité Yale. Le rapport du comité a été publié la semaine dernière, et la découvrabilité en fait partie.