Où voyager en 2020?

Du Pakistan aux Îles-de-la-Madeleine en passant par les îles de la Frise, le Tchad ou le Nouveau-Brunswick, Gary Lawrence a épluché les listes de suggestions qui ont récemment fusé de toutes parts dans la presse mondiale.

Sossusvlei en Namibie (Photo : Gary Lawrence)

Au tournant de chaque année, les grands médias du globe dévoilent leur liste de destinations à voir et à explorer dans les mois à venir. En règle générale, ces choix sont justifiés par l’émergence constante d’un intérêt pour un lieu, l’ouverture de nouveaux établissements hôteliers ou l’engouement pour de bonnes tables, mais aussi par des événements sporadiques, le soulignement d’un anniversaire historique ou l’établissement de nouvelles liaisons aériennes – entre autres choses.

Puisque plusieurs de ces listes sont concoctées longtemps à l’avance, elles ne tiennent pas compte des impromptus et soubresauts de l’actualité : ainsi l’Australie, si vaste soit-elle, n’aurait jamais eu autant droit de cité en plein cauchemar incendiaire, et l’Iran n’aurait évidemment pas figuré sur une liste de voyage diffusée en décembre ou en début d’année.

Jodhpur, en Inde (Photo : Gary Lawrence)

Dévoilée le 9 janvier, la liste des 52 endroits à voir du New York Times fait toujours trépigner bien des voyageurs. En 2020, la mouture inclut comme toujours un savant mélange de lieux connus (Washington, Paris, la Sicile, Copenhague, les Bahamas, Jodhpur, Colorado Springs…) et méconnus ou inconnus au bataillon touristique (Sabah, sur l’île de Bornéo; Rurrenabaque, en Bolivie; La Paz, au Mexique; Grand Isle, en Louisiane; Jevnaker, en Norvège; Kampot, au Cambodge; Molise, en Italie; Val d’Aran, en Espagne; ainsi que le mont Kenya, le Lesotho et le Tadjikistan, entre autres lieux à découvrir). Deux destinations canadiennes complètent la liste : Churchill, au Manitoba et Haida Gwaii, en Colombie-Britannique. Enfin, l’incroyable Passion d’Oberramergau, un événement qui n’est présenté que tous les dix ans depuis 1634, est également mentionné à juste titre.

Bien avant cette sélection, Lonely Planet lançait le bal tôt en saison, à l’automne. En octobre dernier, le mégaéditeur de guides de voyages dévoilait ainsi trois grandes listes de pays (la Macédoine du Nord, le Swaziland, le Liberia, l’Uruguay…), de régions (la Route de la soie, les Marches italiennes, l’Amazonie brésilienne…) et de villes à voir en 2020, entre autres thématiques. Parmi ces dernières, on compte Galway (Irlande), co-capitale européenne de la culture, ainsi que Vancouver et Denver (Colorado), en pleine reviviscence. Dans Le Best of 2020, l’éditeur publie également un chapitre entier sur le voyage responsable ainsi que des destinations abordables comme l’archipel de Nusa Tenggara (Indonésie), le Madhya Pradesh (Inde), Zanzibar (Tanzanie), l’Azerbaïdjan, la Serbie, Budapest, Athènes, Buffalo…

Toujours dans le registre du voyage budget, Forbes France propose 33 destinations à fréquenter sans trop se faire déplumer : l’Algarve (Portugal), Karpathos (Grèce), Santa Fe (Nouveau-Mexique), Trujillo (Pérou) et Piran (Slovénie), mais aussi les îles Cook et Windhoek (Namibie)… si on fait abstraction du coût du billet d’avion, il va sans dire.

Zanzibar, Tanzanie (Photo : Gary Lawrence)

Sensible à la montée du flygskam – la honte de prendre l’avion –, Le Monde a choisi de proposer 10 de ses 20 destinations annuelles en s’assurant qu’elles étaient accessibles autrement que par voie aérienne (pour un Européen, s’entend) : partir dans les montagnes de Margeride sur les traces de la bête du Gévaudan, arpenter les plages de l’île d’Aix ou La Haye à bicyclette, etc. (abonnés seulement).

Saison après saison, le magazine Afar déballe une liste entre classiques (la Vénétie, Los Angeles, le Japon, Dubai, la Loire…), destinations canadiennes (Toronto, le parc national Jasper…), voyages de rêve (le Népal ou la Namibie, qui fêtera ses 30 ans d’indépendance en 2020) et destinations moins courues (le Mozambique, le Pantanal brésilien, le Groenland, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, les Finger Lakes new-yorkais ou encore Rimini et Ponza, en Italie).

Saint-Vincent-et-les-Grenadines (Photo : Gary Lawrence)

De son côté, National Geographic y est allé de 25 idées de voyage, il y a quelques semaines, avec une succession de lieux communs (le Grand Canyon, Philadelphie, ou Parme), peu ou moyennement courus (Mostar, en Bosnie-Herzégovine; la province de Guizhou, en Chine; Kochi, en Inde; les Asturies, en Espagne; le Kamtchatka, en Russie; Puebla, au Mexique; mais aussi les Maldives et la Tasmanie) ou carrément inconnus (Telc, en Tchéquie; le parc national Zakouma, au Tchad; Göbekli Tepe, en Turquie; la forêt de Bialowieza, moitié en Pologne, moitié en Biélorussie; et les Îles-de-la-Madeleine, très exotiques pour les lecteurs de ce magazine, un peu moins pour les Québécois cette année).

Parmi les destinations les plus inhabituelles de la cinquantaine de lieux plutôt convenus relevés maintenant par Travel & Leisure, notons Césarée (Israël), ancien port romain où on vient d’inaugurer le King Herod’s visitor center; la Guyana, seul pays anglophone d’Amérique du Sud et haut lieu en devenir de l’écotourisme; l’État de Jalisco, sur la côte ouest mexicaine; Klitmöller (Danemark), la « Hawaï du Nord » réputée auprès des surfeurs; et le Malawi, qui tente de se tailler une case sur l’échiquier des safaris après 20 années de lutte contre le braconnage. Dans un registre plus notoire, mais surprenant, le même magazine recommande également Oklahoma City, en pleine effervescence culturelle et… le Nouveau-Brunswick, essentiellement pour l’émergence de bonnes tables et de microdistilleries (sans doute parce que personne ne leur a parlé de ce qui se passait à cet égard au Québec, et ce depuis belle lurette).

Philadelphie (Photo : Gary Lawrence)

De son côté, Condé Nast Traveler relève notamment l’Arménie (en raison de nouveaux vols avec Ryanair); Salvador de Bahia, capitale culturelle afro-brésilienne; Metz (France) pour le 800e anniversaire de sa cathédrale; Mokpo, en Corée du Sud, pour le bouillonnement de sa scène gastronomique; le sud-ouest du Michigan, pour son agrotourisme florissant; ainsi que Tanger, au Maroc.

Pour son pendant britannique, le Condé Nast Traveller (avec deux « l »), c’est plutôt Rabat, nouvel épicentre artistique marocain, qu’il faudrait voir en Afrique du Nord, en 2020. Du reste, l’influent magazine de voyage suggère les îles de la Frise (Danemark, Allemagne et Pays-Bas), pour leur volet naturel mis en valeur par du tourisme durable; Qingdao (Chine), pour son étonnante architecture germanique et son colossal parc d’attractions en devenir; Portland (Maine), pour la vivacité de ses bonnes tables, de ses pubs et de ses microdistilleries; Dakar (Sénégal), entre autres pour sa scène culturelle; les îles Egadi (Sicile), pour leur tourisme balnéaire naissant; Siargao, la « Bali des Philippines »; le Kirghizistan, nouvel eldorado des trekkeurs; et même le Pakistan, pour les « voyageurs intrépides » qui ont suivi les pérégrinations de Michael Palin, le Monty Python voyageur.

Budapest (Photo : Gary Lawrence)

Pour le Telegraph de Londres, Porto Rico mérite un détour pour les 500 ans de sa capitale, San Juan, mais aussi parce que la petite île méprisée par le président Trump s’est bien relevée de l’ouragan Maria, qui l’a frappée en 2017. Le quotidien suggère également la Géorgie, berceau mondial de la viticulture, ainsi que Valence, en Provence, où brille une brigade de nouveaux chefs au cœur de la toute nouvelle « Vallée de la gastronomie ». Le quotidien propose également de naviguer vers l’archipel norvégien du Svalbard, au-delà du cercle arctique, ou de mettre le cap sur les vastes terres peu peuplées du Kimberley, dans le nord de l’Australie.

De son côté, le Guide du Routard vient de dévoiler 36 destinations à voir en 2020, soit trois par mois : Algarve, Pouilles, Bourgogne, Équateur, île de Vancouver, Guadeloupe, l’Inde des tamouls… Que des valeurs sûres ou des lieux connus et déjà bien fréquentés, ou presque.

San Juan, Porto Rico (Photo : Gary Lawrence)

Si la liste du Globe & Mail ressemble à maints égards à d’autres listes, on y trouve cependant une référence à Rio de Janeiro, capitale mondiale de l’architecture en 2020; au Gederland, où on soulignera en mai les 75 ans de la libération par l’armée canadienne (notamment) de cette province des Pays-Bas; et aussi au Manitoba, qui célèbrera les 150 ans de l’Acte du Manitoba – qui lui a permis de devenir la cinquième province canadienne (mais qui ne figure pas au nombre des 21 bonnes raisons de s’y sentir chez soi).

Pour Bloomberg, 24 destinations seront « particulièrement hot » cette année, et parmi celles-ci on compte le Monténégro, les îles Ioniennes (Grèce), le Mozambique, la Bolivie (en dépit des récentes tensions), la Jamaïque (le prochain James Bond y a été en partie tourné), Antigua, l’Alaska, le Guatemala, Lombok (voisine de Bali), le Zimbabwe et la Riviera Nayarit (Mexique).

La Bolivie (Photo : Gary Lawrence)

Le magazine Géo se contente quant à lui de dévoiler les pays les plus sûrs où voyager en 2020 et de reprendre la liste des « destinations les plus étonnantes » du spécialiste du voyage sur mesure Evaneos : hormis l’Arménie, l’Ouzbékistan et l’Ouganda, rarement sous les feux de la rampe, rien ou presque pour écrire une carte postale à sa mère.

Le Figaro ose un peu plus : Sumatra (Indonésie), la Biélorussie, la Svanétie (Géorgie), la péninsule de Kii (Japon), Saint-Pierre-et-Miquelon et les Alpes juliennes (Slovénie) figurent aux côtés d’Abu Dhabi (pour le nouveau Louvre), des Pouilles italiennes, du Nordeste brésilien et de Big Island (Hawaï).

Le Rio Negro, en Amazonie brésilienne (Photo : Gary Lawrence)

Les férus d’architecture et de design peuvent pour leur part se rabattre sur les idées d’Architectural Digest, qui propose non seulement des destinations esthétiquement attrayantes (comme Rome, Dubrovnik ou Lille, capitale mondiale du design en 2020) ou dignes d’intérêt (comme Dessau, en Allemagne, qui inaugure son musée Bauhaus cette année), mais aussi des lieux qu’on explore après avoir jeté ses pénates dans un établissement ou un bateau de croisière stylé (comme les yachts de croisière de la Compagnie du Ponant, au Groenland).

Du reste, si on fait fi de sa thématique gnangnan (trouver une destination en fonction de son signe astrologique), la liste de Vanity Fair France a le mérite de dévoiler plusieurs nouveaux hôtels ou établissements de prestige fraîchement rénovés.

Éthiopie (Photo : Gary Lawrence)

Fidèle à sa nouvelle ligne directrice plus écoresponsable que jamais, le quotidien britannique The Guardian propose pour sa part 20 idées de voyages et d’expériences en Europe qui ont peu ou pas d’empreinte environnementale : voilier au large de la Galice, itinéraire cyclable de bar en estaminet en Belgique, road trip en voiture électrique en Suisse, randonnée avec des nomades sur la côte lycienne (Turquie)…

Enfin, entre autres destinations qui reviennent souvent dans plusieurs listes, citons l’Autriche, qui soulignera le 250e anniversaire de naissance de Beethoven (né à Bonn, en Allemagne, mais qui a connu son requiem à Vienne) ainsi que le 100e du Festival de Salzbourg (dédié à Mozart). Du reste, la Patagonie, le Bhoutan de même que la petite ville portuaire croate de Rijeka, sur la mer Adriatique – l’autre capitale européenne de la culture – sont également souvent nommés, tout comme l’Éthiopie et sa capitale Addis-Abeba, en dépit de l’agitation politique de l’automne dernier, ainsi que l’Égypte, bien que la menace terroriste ne soit pas totalement estompée.

Le Bhoutan (Photo : Gary Lawrence)

Reviennent également souvent la Dominique, qui s’est relevée dignement de l’ouragan Maria, en 2017; le Botswana, en raison de l’ouverture de plusieurs nouveaux lodges de luxe; Tokyo, où se dérouleront les prochains Jeux olympiques, et Dubai, hôte de l’Exposition universelle 2020 – deux raisons, pour plusieurs, d’éviter ces destinations qui seront souvent surfréquentées, cette année.

Dans un proche registre d’endroits à proscrire en cette ère propice au surtourisme, les guides Fodor’s publient finalement leur « No list », une sélection de destinations à rayer de la carte d’embarquement de quiconque parce que déjà trop visitées. Après Amsterdam, Venise, Santorin, Dubrovnik et le Machu Picchu ces dernières années, l’éditeur suggère maintenant d’y penser à deux fois avant d’aller en haute saison à Barcelone, Angkor Wat (Cambodge), Cozumel (Mexique), Big Sur (Californie) et Bali. Parce qu’on est en 2020.

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Ces listes me font toujours un peu grincer des dents car la conséquence c’est souvent la horde de touristes qui s’abat sur une région autrement bien agréable. C’est difficile aujourd’hui de trouver un endroit à visiter sans se retrouver avec une bande de touristes et la conséquence c’est que les gens de la place deviennent vite désabusés face à ces invasions barbares !

Je partage complètement votre analyse.
Ce n’est pas tant le voyage d’individus qui en ont fait le choix qui pose problème, mais bien, le tourisme de masse qui détruit tout. (ce qui s’applique aussi au commerce international ou la fabrication de merdes en plastique à l’autre bout du monde)
Qu’un journal en fasse la promotion apparait de plus en plus criminel.
à plus forte raison si ledit journal à des prétentions green-écolos