Art de vivre

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Trois midis, trois ailleurs

Décidément sympathiques et pas chers, les Midis du Festival Montréal en lumière, qui permettent de (re)découvrir de chouettes restos. Et, comme je l’ai fait trois fois cette semaine, de partir quelques heures à l’étranger sans quitter Montréal – le « tourisme gastronomique à l’envers » dont me parle Jean-Pierre Lemasson dans le numéro de L’actualité actuellement en kiosque. Lundi, le Portugal, au Douro de Fernando Rodriguès. Avec, bien sûr, ce plat presque national que sont les sardines grillées, joliment présentées. Dessert amusant : crème caramel sur gâteau au chocolat. Et, en entrée, une salade verte toute simple, mais réussie – ce qui n’est pas toujours le cas, comme si servir une bonne verte était compliqué ! (6518, boulevard Saint-Laurent, 514 273 6969) Mercredi, le Maroc, au Salon Mogador d’Amine Tligui. Banquettes basses, tables à l’avenant, décor « comme si vous étiez à Mogador », une ville dont l’histoire commence il y a 28 siècles et qui est, quoi de mieux pour égayer Montréal en février ?, « éternellement protégée par les alizés et noyée au milieu des fleurs ». Après une soupe harira parfumée à souhait, le tajine de ma compagne de table ne manquait pas de saveur (mais peut-être un peu de légumes), tandis que mon couscous royal tenait très bien la route. Fort recommandable ! (310, rue Beaubien est, 514 279 3530) Jeudi, l’Iran, au Byblos Le Petit café de Hemela Pourafzal. Devenu, après 20 ans, une institution de ce fort agréable quartier gourmand, ce restaurant vous emmène au Moyen-Orient, plus précisément en Iran. En entrée, la purée de courgettes et la purée de tomates, accompagnées d’une aubergine sauce à la menthe, étaient délicates. L’agneau aux griottes était aussi savoureux que dépaysant. Un autre très bon rendez-vous ! (1499, avenue Laurier est, 514 523 9396)

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Au Petit Extra… pas si petit !

Il y a le plaisir des nouveaux restaurants. Mais il y a aussi, et beaucoup, celui des classiques, ceux qui passent à travers les années, ceux qui changent mais pas trop, ceux dont la carte évolue tout en gardant son caractère. Bref, ceux qu’on aime retrouver parce qu’on est sûr de s’y retrouver. C’est le cas du toujours très sympathique Au Petit Extra, qui présente « Paris canaille, Paris ripailles » jusque dimanche, dans le cadre des Plaisirs de la table de Montréal en lumière. La chef Natalie Major y reçoit son collègue parisien Thierry Laurent, du Bistrot Paul Bert, pour un menu typiquement bistronomique (terrines, souris d’agneau, ris de veau, dos de colin au jus d’andouille, crème brûlée, tarte tatin et j’en passe). Était également reçue, en fin de semaine, l’ostréicultrice bretonne Gwenaelle Cadoret, pour une dégustation d’huîtres de merveilleuse qualité, dont la plate du Belon et son petit goût de noisette, huître par excellence même si sa coquille n’a pas l’air d’être celle d’une huître. Je ne ferai qu’un reproche : le prix, un peu trop élevé pour le nombre de coquillages, trois par service, auxquels les convives avaient droit. Mais c’est surtout du Petit Extra lui-même dont je voulais vous parler ici. Un classique, effectivement. Avec une cuisine bistrot sans prétention, mais toujours aussi généreuse et savoureuse. Des prix toujours très raisonnables. Et dans une ambiance toujours aussi chaleureuse. Je dis « toujours » parce que le Petit Extra, qui existe depuis 1985, n’a au fond pas changé – même s’il s’est agrandi à deux ou trois reprises, notamment d’une salle de spectacle, Le Lion d’or. Le secret ? « Un esprit de famille », me dit Pierre Charron, cofondateur de cette institution de l’est de Montréal. Je dis que le Petit Extra n’a pas changé. Mais j’aurais pu dire aussi qu’il a énormément changé, soudainement, le 6 novembre dernier. Ce jour-là, l’autre cofondateur, Jean Filippi, est mort subitement. À 57 ans. Laissant un grand trou, pas normand du tout, dans la famille du Petit Extra. La famille très nombreuse des employés et des habitués. Salut, Jean ! Au Petit Extra, 1690, rue Ontario est, Montréal, 514 527 5552.

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L’univers gourmand de Jean-Pierre Lemasson

On ne peut pas diriger un certificat universitaire en gestion et pratiques socioculturelles de la gastronomie, c’est la dénomination exacte de ce programme, sans être soit même un gastronome, un amateur des plaisirs de la table. Écoutons donc le professeur ès gourmandise. « Dans l’ordre du péché, du vrai, de celui qui fait saliver dès qu’on y pense, l’andouillette grillée est au sommet, m’écrit Jean-Pierre Lemasson. Elle est suivie par les tripes et le tripoux auvergnat. Voilà de la nourriture d’odeur… et je ne parle pas du goût sublime, que toutefois je sais insupportable pour certains. Une vraie nourriture d’anthropologue. » Jean-Pierre Lemasson avoue aussi « adorer » les artichauts. « L’artichaut me transforme en Gargantua, poursuit-il, que ce soit en sauce vinaigrette ou dans des plats comme la tourte aux cœurs d’artichaut et ris de veau…un vieux plat du 17e siècle de La Varenne, aux saveurs toujours riches et délicates. Et puis, comment ne pas parler des haricots verts du jardin de ma mère, cueillis le matin même et simplement couverts de beurre. Ils s’écrasaient sous la langue sans qu’on ait même à mâcher. J’y repense et frémis encore. « Et que dire de la frangipane avec ou sans tarte des rois ? Je craque aussi à l’évocation d’un carré d’agneau, des douzaines d’huîtres et des plateaux de fruits de mer. Fantasmes d’abondance et de générosité. Et le crabe des neiges qui sucre les doigts, la morue fraîchement péchée qui s’effeuille instantanément dans la bouche ou encore la bavette de bœuf grillée au BBQ gonflée de son jus, si festive les soirs d’été. « Pour mes 60 ans, ce fut un cochon de lait… divin. Tout est bon dans le cochon, dit le dicton. C’est moins que la vérité et je pourrais encore en ajouter. Quand la faiblesse est congénitale, le plaisir de manger est dangereusement permanent ! » À venir dans quelques jours : trois recettes coups de cœur de Jean-Pierre Lemasson. Photo : Louise Savoir

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Le secret d’un plat

Mettant cette année Paris en vedette, le volet gastronomique du Festival Montréal en lumière commence aujourd’hui, sous la présidence d’honneur du chef Alain Passard, du restaurant L’Arpège. Les journalistes l’ont rencontré cet après-midi chez son complice montréalais Normand Laprise, de Toqué!Je lui ai demandé ce qu’est, pour lui, un grand plat. Tout commence, évidemment, par la perfection des produits, dit le chef qui possède ses propres potagers en province.  » Un bon produit, c’est un produit que je connais, qui me permet de regarder le fond dela casserole en pleine confiance.  » Puis vient le plus difficile:  » l’imbrication des saveurs.  » Un exemple ? Ses petits pois aux pétales de rose : de l’oseille pour l’acidité, de l’oignon pour l’astringence, des petits pois parfaitement frais ( » ils n’ont même pas connu le refrigérateur « ) pour le sucré, des amandes fraîches pour le croquant, des pétales de rose pour parfumer le tout. Un plat  » abouti, dans lequel il n’y a rien à ajouter et rien à retirer « , dit Alain Passard. Il sera en cuisine le 20 février (vendredi) chez Toqué ! et le 21 au Beaver Club, pour la grande soirée 10 étoiles pour le 10e – dont tous les billets sont déjà vendus.

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Le péché mignon de… Christian Bégin

Une pizza sauce tomate, bacon fromage… couverte de sauce à spaghetti à la viande ! « Tout le monde à sa junk préférée », s’excuse en riant le comédien qui anime son émission culinaire à Télé-Québec, Curieux Bégin. Ce vilain péché remonte, comme c’est souvent le cas, à l’enfance, quand le jeune Christian allait au restaurant avec ses parents manger un « pizzaghetti », une demi-pizza garnie accompagnée d’un spaghetti italien. « Avec les années, j’ai enlevé les pâtes. Mais parfois, j’ajoute du smoked meat, c’est la totale. » Un vin préféré, avec ça ? « Un bon rouge de Toscane, bien évidemment. » Photo: Télé-Québec

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Bienvenue dans mon blogue gourmand

Depuis l’été 2007, je vous propose, dans ma chronique « Plaisirs gourmands » du magazine L’actualité, un rendez-vous avec les bonheurs de la table. Notamment avec ces hommes et ces femmes qui, « de la fourche à la fourchette », travaillent et inventent, investissent et s’investissent, essaient et réussissent cette œuvre de culture qu’est la belle et bonne nourriture. Je vais continuer de le faire dans le magazine. Mais je vais aussi en parler directement avec vous dans ce blogue. Vous y retrouverez ce que vous trouviez déjà sur notre site Internet : les espaces gourmands de mes invités vedettes, des recettes, les « aveux » des personnes qui me confessent leurs « péchés mignons », mes notes de lecture, des hyperliens. Mais y trouverez plus encore : vous y trouverez ce que vous y ajouterez. Vos découvertes, vos suggestions, vos plaisirs, vos questions, vos commentaires. Et même, à l’occasion, vos recettes. Une chronique gourmande, c’est comme un bon plat : c’est meilleur quand, en plus de le déguster, on le partage et on en parle.

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L’agneau d’ici, rien d’autre

Lui est agronome et ce sont les bêtes sur pattes qui l’intéressent. Elle est diplômée en sciences de l’alimentation et son rayon, c’est la carcasse, la viande, l’agneau que vous trouvez dans de grandes chaînes d’alimentation ainsi que dans des boucheries de Québec et de Montréal, notamment celles des marchés Jean-Talon et Atwater. Et dans beaucoup de restaurants, de la région de Québec surtout, La Fenouillière, par exemple. Christian Bernier et Marie-Claude Parisé ont créé, il y a quatre ans, une entreprise de distribution de viande d’agneau, Sélection Berarc, dont le volume d’affaires est déjà respectable : plus de 20 000 bêtes cette année. « Et toujours du frais », assure Marie-Claude. Les producteurs ont dû « désaisonnaliser » les agnelages, qui arrivent à la fin de l’hiver ou au début du printemps; aujourd’hui, les brebis mettent bas en tout temps. L’abattage et le débitage se font chaque semaine, 12 mois sur 12. « C’est la seule façon d’offrir un service adapté aux goûts de notre clientèle. Dans les restaurants, chaque chef a ses spécifications, son épaisseur de côtelette ou sa découpe du carré. » Sélection Berarc a beau être toute jeune, ses propriétaires connaissent l’agneau par coeur. Comme souvent dans l’univers gourmand, leur entreprise est une histoire de famille. Il y a une quarantaine d’années, Léopold Arcand, 93 ans aujourd’hui, achetait une ferme avec sa fille, Marielle, dans la région de Bellechasse. Marielle et son mari, Conrad Bernier, agronome qui adore les moutons, fondent la ferme Berarc (pour Bernier et Arcand). Leur fils, Christian, deviendra agronome à son tour et rencontrera Marie-Claude pendant ses études ; ils lanceront plus tard Sélection Berarc. Et la relève semble assurée pour une quatrième génération : leur fils, Claude, étudie la production ovine. Toujours du frais, donc. Et toujours du Québec. Même si cet agneau est deux fois plus cher que celui de Nouvelle-Zélande ou d’Australie ? « Oui, répond Christian Bernier. L’agneau d’ici est une viande de choix. Ce n’est pas la même chose et presque pas la même bête que l’agneau importé. » De l’autre côté de la planète, les moutons sont élevés pour leur laine. Les éleveurs favorisent donc des races « lainières ». La viande n’est qu’un sous-produit. Les agneaux, élevés dans de grands enclos, sont abattus vers l’âge de 12 mois, alors qu’ils sont déjà un peu moutons. Ici, c’est tout le contraire. Des races « bouchères ». Des agneaux élevés à l’intérieur, au lait, au grain et au foin. Et abattus plus jeunes, vers cinq mois. « C’est pourquoi l’agneau du Québec a une chair plus tendre, plus rose, au goût plus fin », souligne Marie-Claude Parisé. « Et les portions sont plus généreuses », ajoute son mari, en notant que, même plus jeune, notre agneau est plus en chair que son lointain cousin. Mais la concurrence a la dent longue, admet Christian Bernier. « À Pâques, une grande chaîne, qui est pourtant notre cliente, a importé de Nouvelle-Zélande deux conteneurs de gigots congelés. Elle n’en a pris aucun de chez nous. » Si quelqu’un vous dit encore que « l’agneau, ça goûte la laine », c’est peut-être qu’il a mangé du mouton congelé qui venait de l’autre bout du monde. Pas du jeune agneau frais du Québec. À lire aussi : L’espace gourmand de Christian Bernier et Marie-Claude Parisé —- Quelques recettes proposées par Christian Bernier et Marie-Claude Parisé: Côtelettes d’agneau à la moutarde et leur émincé de poireaux Épaule d’agneau farcie aux épinards Gigot d’agneau et sa sauce à l’érable Jarrets d’agneau confits — Publié dans L’actualité de Septembre 2008 —

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L’espace gourmand de Christian Bernier et Marie-Claude Parisé

Chez les Bernier-Parisé, on mange de l’agneau « tous les jours ou presque ». Il y a tellement de façon de l’apprêter et de l’apprécier, pourvu qu’on le serve rosé ! « J’ai un faible pour l’épaule », avoue Marie-Claude. Par exemple pour des steaks d’épaule, tranchés dans cette partie de l’agneau non désossée, marinés et cuits sur le barbecue. « L’épaule, dit-elle encore, doit toujours être marinée. » Sa marinade ? De l’huile d’olive, du vinaigre balsamique, de la pâte et de la poudre de cari, une touche de sirop d’érable, de la sauce Worcestershire, de la moutarde de Dijon et du poivre. Mais pour manger si souvent de l’agneau, il faut bien varier les façons de le préparer ! Marie-Claude Parisé souligne qu’on peut faire le gigot en brochettes ou la longe en fondue – délicieux, une fondue à l’agneau. « L’agneau haché va très bien dans le chili con carne, la sauce à spaghetti, le pâté chinois ou les feuilles de vigne. Sans parler des hamburgers à l’agneau, qu’on appelle parfois lamburgers… » Autre délice : les jarrets confits dans la graisse de canard. « Les restaurateurs nous en achètent de plus en plus, tellement que nous commençons à en manquer. »

Montréal-Québec en canot Art de vivre

Montréal-Québec en canot

Le journaliste Jean-Benoît Nadeau et son équipier André Racette ont pagayé pendant sept jours pour se rendre dans la capitale québécoise. Voici les images de leur aventure, au fil de l’eau…

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Le charme exquis des vins de Touraine

Parmi ces attraits, il y a le charme bucolique du pays tourangeau, la cuisine locale restée très pure, protégée par ses traditions, et puis les délicieux vins du pays, déclinés sous toutes les formules imaginables : blanc, rouge, rosé, sec, moelleux, liquoreux, pétillant, mousseux… Il suffit de choisir selon l’humeur du moment. Pendant très longtemps, les producteurs d’Anjou et de Touraine ont roulé carrosse en vendant des cargaisons de vin rosé. Il y a 40 ans, cette boisson pâle et souvent doucereuse comptait pour la moitié des ventes. C’est ainsi que le négociant Joseph Touchais a fait fortune dans les années 1960 grâce à son petit rosé Cuisse de bergère ! Autre époque, autre vin… Aujourd’hui, les amateurs s’intéressent davantage aux vins rouges produits avec de plus en plus de maîtrise à l’ouest de Tours, où deux appellations se disputent la partie : chinon et bourgueil. Dans la région, on dit que l’un sent la framboise et l’autre la violette. « Une astuce de vignerons, explique l’un d’eux. Il faut bien dire quelque chose aux touristes… » En vérité, il n’est pas facile de distinguer ces jumeaux, car dans les deux cas, les styles varient sensiblement au gré des sols. Vins légers et nerveux sur les terres sablonneuses proches des alluvions ; pleins et de longue garde sur les terrasses argilo-calcaires, les fameux tufs de Touraine. Chinon et bourgueil, mêmes traits communs : du fruit à revendre et cette kyrielle de senteurs évoquant un registre complet de fruits mûrs. Mais surtout, les meilleurs ont cette vivacité et cet élan très particuliers qui en font les vins rouges les plus français de France. Aucun autre dans le pays ni ailleurs dans le monde ne leur ressemble. Enraciné depuis le Moyen Âge sur les deux rives de la Loire, le cabernet franc venu de Bordeaux leur donne une tonalité tout à fait originale. L’autre triomphe de la viticulture tourangelle est le vouvray, produit en banlieue est de Tours. C’est l’un des grands vins blancs de France, mais aussi l’un des plus méconnus, car la production n’a jamais été pléthorique. Et parce que seule une poignée de vignerons continuent d’en tirer le meilleur. Comme les négociants de la région ont toujours été plus portés à vendre du muscadet et du rosé d’Anjou, le vouvray est longtemps resté un produit d’initiés, ne circulant qu’entre Tours et Paris, avec parfois quelques détours en Belgique et aux Pays-Bas, rarement plus loin. Ce vin racé doté d’une forte personnalité était surtout apprécié de connaisseurs avisés ayant la patience de le laisser dormir longuement en cave pour qu’il déploie tout son potentiel. Dans la région, on insiste pour dire que le vouvray ne vieillit pas, mais qu’il mûrit. Il est vrai qu’après huit ou dix ans ce diable de vin acquiert une formidable complexité tout en restant resplendissant de jeunesse. Si son caractère unique lui vient des terres d’argile et de calcaire qui constituent l’ensemble des 2 000 hectares que compte l’appellation, c’est le chenin blanc qui confère au vouvray — qu’il soit sec ou moelleux — son étonnante et vivifiante vigueur. Comme le tanin dans le vin rouge, c’est cette acidité qui en garantit la tenue. « Du vin de taffetas », disait Rabelais. Pour apprécier les vins de Touraine • Le Mont 2006, Vouvray, Huet. Adepte de la biodynamie, Noël Pinguet poursuit avec passion et rigueur l’œuvre entreprise par son beau-père, le légendaire Gaston Huet. Fougueux, vibrant et subtilement aromatique, ce vin blanc sec encore bien jeune continuera à s’épanouir au cours des cinq prochaines années. Ce sensationnel vouvray provenant d’un domaine mythique arrivera sur nos rives l’automne prochain. En attendant, ajoutons que tous les autres vins portant la griffe Huet offerts à la SAQ sont impeccables (S-10796479 ; 32,75 $). • Chinon 2004, Les Grézeaux, Bernard Baudry. Bon an, mal an, cette cuvée se distingue par sa subtilité et son élégance. Excellent chinon sans esbroufe offrant des saveurs mûres, tapissées de tanins soyeux et animées d’une saine acidité (S-10257555 ; 26,20 $). Dans un registre plus simple, le Chinon 2004 a toute la fougue, le caractère vibrant et cette délectable impression fruitée qui font du chinon l’un des bons vins rouges de France. À retenir pour sa pureté et son prix raisonnable (S-10257571 ; 20,35 $). • Domaine de la Charmoise 2007, Gamay de Touraine. Au cœur de la Sologne, le producteur Henri Marionnet signe le vin de soif par excellence. Léger, souple, friand et facile à boire, ce vin est tout simplement délicieux s’il est servi rafraîchi autour de 14°C (S-329532 ; 16,20 $). ET ENCORE… En Touraine, le chenin blanc se révèle aussi un cépage idéal pour produire de bons vins mousseux. Dans les caves profondes creusées dans le tuf, ça fermente et ça remue comme en Champagne. La méthode d’élaboration est la même, mais les terroirs diffèrent. Aussi, l’idée n’est pas de copier, mais plutôt d’obtenir un vin frais et généreux, profitant de la vivacité naturelle et de la richesse fruitée du chenin. Offerts dans l’ensemble du réseau de la SAQ, deux vins aussi satisfaisants qu’abordables se distinguent : Château Moncontour 2004, Vouvray (C-430751 ; 19,20 $), et Cuvée J.M. 2003, Touraine, Monmousseau (C-223255 ; 17,10 $). Michel Phaneuf est l’auteur du Guide du vin 2008, publié aux Éditions de l’Homme. www.michelphaneufvin.com

Une semaine au bout de l'Amérique Monde

Une semaine au bout de l’Amérique

Il y a les volcans, les glaciers, les champs de lave et l’âme viking, invulnérable. Et il y a aussi la culture islandaise, vieille de 1000 ans, mais résolument ancrée dans le présent. Voyage au bout de l’Amérique !

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Le charme des vins de France

Pendant cette période, les ventes de vins de France à l’étranger ont progressé de 7,5 % par rapport à la même période l’année précédente, pour atteindre 4,1 milliards d’euros (5,8 milliards de dollars canadiens). À elles seules, les exportations de vins « tranquilles » — non effervescents — ont enregistré une croissance de 4,1 %, pour une valeur de 1,9 milliard d’euros (2,8 milliards de dollars). Peu à peu, les producteurs français cherchent à reprendre les parts de marché que leur ont grugées les vins du Nouveau Monde, notamment ceux d’Australie, de Californie, du Chili et d’Argentine. Au Québec, en dépit de la déferlante de vins étrangers dans les succursales de la Société des alcools, la France occupe toujours le premier rang, avec 35 % des ventes de vins tranquilles, loin devant l’Italie (22,8 %), l’Espagne (8,7 %) et l’Argentine (6,9 %). Alors que les autres provinces canadiennes ont un faible pour les pays du Nouveau Monde, le Québec se distingue là aussi en consommant à lui seul 64 % des vins de France vendus dans tout le Canada. Une bouteille de vin français sur deux vendues au Québec provient de Bordeaux ou du Languedoc. Bordeaux, d’abord. Avec 120 000 hectares de vignes, 5 000 châteaux et 57 appellations, le vignoble girondin constitue la plus importante source de vins fins au monde. Portée par le prestige séculaire de ses grands crus classés — vendus, hélas, à des prix à faire peur —, la région compte aussi d’innombrables domaines viticoles plus modestes où les vins sont empreints de cet équilibre et de cette sève qui ont tant contribué à sa renommée à travers les âges. Parmi la pléthore de bordeaux offerts au Québec, notez le Château de Cruzeau 2004, Pessac-Léognan, un excellent vin produit sur les sols graveleux au sud de Bordeaux et dont la qualité est toujours sans faille. Par sa solide constitution et sa forme très classique, le 2004 s’avère particulièrement réussi (C-113381 ; 23,45 $). Dans un style plus souple et éminemment flatteur, le Château Montaiguillon 2004, Montagne Saint-Émilion se signale davantage par son harmonie et sa pureté que par sa puissance ; un très bon bordeaux à prix abordable, dont on appréciera les vertus et le charme au cours des trois ou quatre prochaines années (S-864249 ; 22,30 $). Languedoc, ensuite. Ce qui fut jadis un gigantesque réservoir de « gros rouges qui tachent » est devenu une véritable fourmilière où une nouvelle génération de viticulteurs a multiplié les efforts pour rehausser la qualité. Nombre d’entre eux souffrent encore de la crise — les vignes du tiers des 300 000 hectares plantés devront être arrachées d’ici deux ans pour contrer une surproduction endémique —, mais le Languedoc produit actuellement les meilleurs vins de sa longue histoire. Au Québec, l’amateur a l’embarras du choix et semble s’en donner à cœur joie, si l’on se fie aux chiffres de vente. Pas étonnant, puisque le rayon du Languedoc foisonne d’aubaines. Trois suggestions au hasard, à commencer par le remarquable Château Coupe Roses 2005, Minervois. Ce sensationnel vin blanc produit à quelques kilomètres du beau village de Minerve est à des années-lumière de ces trop nombreux vins industriels qui inondent le marché, tous aseptisés et lessivés par la technologie. Entièrement issu de roussane, cépage typiquement méditerranéen, non seulement il se signale par sa vinosité et sa richesse aromatique, mais il témoigne de manière éclatante des progrès accomplis. Il y a 20 ans, d’aussi bons vins blancs n’existaient tout simplement pas dans le Languedoc (S-894519 ; 20,30 $). Pour ne pas être en reste, le même domaine produit aussi une impeccable cuvée Les Plots 2005, Minervois, un irrésistible vin rouge à la fois généreux et soyeux auquel le cépage syrah apporte des tonalités fumées et un grain fruité totalement rassasiant (S-914275 ; 18,55 $). Enfin, pour une bouchée de pain, on se régalera du Château Cazal-Viel 2004, Vielles Vignes, Saint-Chinian. Ce vin sincère et sans prétention, juteux et coulant à souhait, charme autant par sa franchise que par son équilibre à la française. Le bonheur pour une poignée de dollars ! (C-202499 ; 12,05 $.) — Michel Phaneuf est l’auteur du Guide du vin 2008, qui sera publié aux Éditions de l’Homme en novembre. Le saviez-vous ? Les appellations françaises les plus populaires au Québec sont, pour les vins rouges, bordeaux, coteaux du Languedoc, brouilly, côtes-du-Rhône, cahors et corbières. Pour les vins blancs, alsace, bordeaux, muscadet de Sèvre, bourgogne, aligoté et chablis.