Parcs nationaux du Québec: par ici les grands espaces !

De la tente Huttopia aux chalets EXP, de l’hébertisme aérien aux parcours ferrés, les parcs nationaux offrent des expériences vacances de plus en plus variées. Pour tous les goûts et… toutes les générations !

Sur le lac Wapizagonke, dans le parc national de la Mauricie, un grand rabaska fend l’onde par un beau soir d’août. À son bord, 20 personnes pagaient ferme : d’un côté, une dizaine de Québécois pur sucre d’érable ; de l’autre, une dizaine de néo-Québécois.

« Tous bavardaient gaiement et bruyamment lorsque, subitement, l’atmosphère a changé : un castor a surgi de nulle part, le soleil a disparu et la brunante s’est installée », se rappelle Albert van Dijk, un gestionnaire du parc qui les accompagnait. « Tout le groupe s’est alors tu d’un seul coup, comme si l’effet apaisant de la nature avait opéré en même temps sur nous. »

La direction des parcs nationaux — provinciaux et fédéraux — a fait des efforts pour inciter les immigrants récents à fréquenter ces espaces et à bénéficier des bienfaits de la nature sauvage. Beaucoup viennent de grands centres urbains et n’ont pas grandi dans un milieu propice à la pratique du plein air.

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« Il y a 100 ans, quand les parcs nationaux canadiens ont été créés, les visiteurs y venaient d’eux-mêmes, on n’avait qu’à leur offrir des services », dit Alan Latourelle, directeur général de Parcs Canada. Aujourd’hui, en raison de la diversité culturelle, il faut faire des études de marché, élaborer des stratégies de marketing et trouver des idées pour inciter les gens à les fréquenter.

Ainsi, depuis 2011, tout nouvel immigrant reçoit, lorsqu’il obtient sa citoyenneté, un laissez-passer qui lui permet d’accéder gratuitement à tous les parcs nationaux fédéraux pendant un an. Et Parcs Canada organise des activités d’initiation au camping d’un bout à l’autre du pays — en permanence dans certains de ses 44 parcs ou à l’occasion en milieu urbain — pour démystifier la pratique de cette activité. L’idée a trouvé écho à Parcs Ontario et à la Sépaq, qui gère les parcs nationaux québécois et qui vient d’introduire le programme Découverte camping, au parc d’Oka. Objectif avoué : interpeller les communautés culturelles de la grande région de Mont-réal et les autres citadins curieux.

Car l’urbanisation représente aussi un défi pour les parcs nationaux. « À elles seules, les agglomérations de Mont-réal, Toronto et Vancouver regroupent 60 % de la population canadienne », note Alan Latourelle. Et dans le vase clos urbain, les gens grandissent souvent coupés de la nature. D’où la nécessité de leur faciliter les choses pour aller prendre un bol d’air.

À Montréal, le parc des Îles-de-Boucherville — où l’on inaugure un camping cet été — est accessible en bus et en navette fluviale depuis l’est de la ville, et on songe à le relier par bateau au centre-ville. À Toronto, on a mis sur pied l’an dernier un projet-pilote d’autocar reliant la Ville reine au parc de la Péninsule-Bruce, qui sépare le lac Huron de la baie Georgienne. Et d’ici quelques années, le premier parc national périurbain canadien, le parc de la Rouge, verra le jour non loin de la métropole du Canada. « Six millions de personnes pourront s’y rendre en transport en commun, en vélo ou en voiture, pour canoter, faire de la randonnée ou voir des artéfacts vieux de 10 000 ans qui témoignent de la présence autochtone », dit Alan Latourelle.

La Sépaq inaugure cet été les EXP, des habitations minimales au design épuré qui permettent de se sentir très près de la nature grâce aux baies vitrées. Photo : SEPAQ
La Sépaq inaugure cet été les EXP, des habitations minimales au design épuré qui permettent de se sentir très près de la nature grâce aux baies vitrées. Photo : SÉPAQ

Le confort après l’effort

De nombreux pleinairistes — à commencer par les baby-boomers — apprécient un minimum de confort après l’effort. De nouveaux modes d’hébergement ont donc été conçus.

Introduites en 2008 dans les parcs nationaux québécois, les tentes Huttopia (comme les oTENTik, de Parcs Canada) proposent une formule de prêt-à-camper dont le succès ne se dément pas, surtout auprès des familles. Cet été, 330 Huttopia tout équipées (électricité, chauffage, frigo) pouvant accueillir quatre adultes et un enfant seront en location dans 16 parcs sur les 24 que compte le réseau québécois. L’an dernier, les chalets Nature, qui comprennent toutes les commodités urbaines, ont fait leur apparition au Québec, et cet été, on inaugurera les EXP (pour « expérience différente ») aux parcs du Mont-Tremblant et de la Jacques-Cartier.

Habitation minimale au design moderne et épuré, ce type d’hébergement permet de se sentir très proche de la nature grâce à de grandes baies vitrées. « Il est possible d’adapter les EXP au cadre ambiant : ainsi, au parc du Mont-Mégantic, ils pourront comporter des puits de lumière pour que les gens admirent les étoiles depuis l’intérieur », explique Martin Soucy, vice-président à l’exploitation de la Sépaq.

Les pleinairistes sont également plus curieux que jamais. Et au Québec comme dans le ROC, les parcs et réserves leur offrent un éventail grandissant d’activités ludiques ou éducatives (safari-photo à l’Auberge de montagne des Chic-Chocs, excursion aux champignons au parc de la Jacques-Cartier, interprétation du mouflon de Dall au parc Kluane, au Yukon…).

Parallèlement, la clientèle se diversifie. « Ces dernières années, nous avons observé de nouvelles catégories d’amateurs, dit Ed Jager, directeur de la Direction de l’expérience du visiteur à Parcs Canada. Il y a, par exemple, celui qui veut s’imprégner de la culture locale, ou encore “l’esprit libre”, qui veut vivre des expériences uniques pour les raconter aux autres. »

Pour s’adapter à ces nouvelles réalités, les gestionnaires étudient diverses approches. « Après les parcours d’hébertisme aérien, nous songeons à proposer du parapente ou des activités comme la planche aérotractée, et le parc de Banff héritera d’une via ferrata », explique Ed Jager.

Au Québec, les parcours ferrés (aménagés à flanc de falaise et sécurisés par des câbles) con-naissent un vif succès, notamment à Mont-Tremblant. Cet été, on en inaugurera d’autres aux Grands-Jardins, dans Charlevoix, et au parc de la Rivière-Montmorency, à Québec.

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Photo : SÉPAQ

La Sépaq aussi reste à l’écoute des tendances, dont le vélo fait partie. « Nous travaillons à faire connaître notre réseau de pistes cyclables, qui fait 700 km », dit Martin Soucy. Puisque la randonnée pédestre est très populaire, des sentiers multifonctionnels (ski, vélo et marche) voient le jour, comme la récente boucle des Chutes-Croches, à Mont-Tremblant, ou la randonnée du Curé-Cyr, au nouveau parc du Lac-Témiscouata, dans le Bas-Saint-Laurent.

À Parcs Canada, on assiste à un engouement pour la géocachette (geocaching), cette sorte de chasse au trésor qui consiste à repérer par géolocalisation des caches où sont dissimulés des objets. « Le personnel des parcs de même que des particuliers qui en ont obtenu l’autorisation peuvent installer des caches et créer des parcours, appréciés des gens férus de défis et de technologie », explique Ed Jager.

C’est précisément pour cette clientèle jeune et branchée que la Sépaq a lancé l’Explorateur Parc Parcours il y a quelques années. Téléchargeable sur un téléphone multifonction, cette application permet de personnaliser son itinéraire selon ses champs d’intérêt. À compter de cet été, tous les centres de découverte et de services de la Sépaq, sauf à Anticosti, offriront en outre une con-nexion Internet gratuite.

« Mais pas question d’étendre ce service aux campings, dit Martin Soucy. On ne voudrait pas couper les gens de la nature ou voir les enfants aller sur Facebook plutôt que de s’adonner à une activité de plein air. »

Une question de gros sous

Chaque année, au Canada et au Québec, les parcs nationaux investissent massivement dans les infrastructures et les aménagements. « Il faut répondre aux attentes de voyageurs de plus en plus avertis, qui ont vu ce qui se fait ailleurs », explique Daniel Pouplot, président de la Fédération québécoise de la marche.

Il faut dire qu’on part de loin. « Quand j’ai commencé à travailler à Mont-Tremblant, en 1973, il n’y avait pas de refuges et les déchets s’entassaient sur les emplacements de camping », rappelle Robert Decelles, qui a été garde-parc pendant 32 ans, jusqu’à sa retraite, en 2004.

Ce n’est que depuis 2001 que le réseau des parcs nationaux québécois répond aux critères internationaux d’aires protégées établis par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Depuis qu’on a cédé la gestion des parcs à la Sépaq, en 1999, 142 millions de dollars y ont été investis, et tous les profits — environ 5 millions par année — y sont réinjectés. « Nous n’avons plus à être gênés de notre réseau, qui est devenu comparable aux autres dans le monde », dit Martin Soucy.

Tout ça a un prix. Même si la Sépaq reçoit 17 millions de dollars annuellement du gouvernement du Québec (le fédéral, lui, verse 486 millions à Parcs Canada) pour sa mission de conservation et d’éducation, elle doit générer des revenus pour maintenir la qualité de ses infra-structures, d’où l’introduction en 2000 du principe de l’utilisateur-payeur.

Depuis, tout se monnaie, du droit d’accès jusqu’aux bûches pour les feux de camp, et cela sou-lève l’ire de nombreux pleinairistes, qui déboursent plus d’année en année. « Mais si quelqu’un est capable de payer 10 $ pour deux heures au cinéma, pourquoi pas 6,50 $ pour une journée de plein air ? » demande Daniel Pouplot. « Et ceux qui ne peuvent se payer une yourte ou une tente Huttopia ont quand même accès à 3 000 emplacements de camping à 19 $ la nuit », dit Martin Soucy.

Des purs et durs pestent néanmoins contre les choix de développement de la Sépaq et la surfréquentation de certains parcs, et ils ont le sentiment de devoir se rendre toujours plus loin pour entrer en contact avec la nature sauvage. Depuis 20 ans, le Mont-réalais Joël Leblanc sillonne les parcs du Canada, mais depuis quelques années, il ne séjourne plus dans ceux de la Sépaq.

« Leur style de gestion crée une foule de petites sources d’irritation : le zèle des gardiens qui vérifient trois fois si j’ai payé mes droits d’accès, les camionnettes bruyantes qui m’envoient leurs phares dans les yeux au camping… Et puis, j’ai toujours l’impression que la Sépaq investit trop dans l’hébergement et pas assez dans l’aménagement de nouveaux sentiers. »

Désormais, quand il fréquente un parc national québécois, Joël Leblanc paie l’entrée, parcourt les sentiers en journée et ressort le soir même pour pratiquer le camping sauvage, qui consiste à planter discrètement sa tente sur une terre publique, à l’abri des regards. « Ça ajoute une touche d’imprévu, que je ne sens plus dans les parcs nationaux du Québec », dit-il.

Photo : SÉPAQ
Photo : SÉPAQ

Des solutions de remplacement aux parcs nationaux

Pour lui et d’autres mordus de plein air à la dure, la Sépaq a décidé cette année de mettre en valeur l’arrière-pays de certains de ses parcs, comme ceux du Mont-Tremblant ou des Monts-Valins. Les décors naturels sont peut-être moins spectaculaires, mais les risques d’y rencontrer d’autres randonneurs sont minces.

Les réserves fauniques, aussi gérées par la Sépaq et destinées à la chasse et à la pêche, permettent également de pratiquer certaines activités de plein air en milieu sauvage, comme le vélo de montagne sur d’anciens chemins forestiers ou le kayak d’eau vive dans des rapides endiablés.

Le Québec fourmille en outre de petits parcs régionaux, souvent gratuits. « On en compte environ 200, qui regroupent des exploitants de toutes sortes, y compris du secteur privé », explique Dany Bouchard, organisateur du Colloque québécois sur les parcs régionaux. Fréquentés par une clientèle de proximité, ils sont très populaires : on y enregistre 16 millions de jours-visites par année, contre 4,1 millions dans les parcs nationaux québécois et 12,5 millions dans le réseau de Parcs Canada (en excluant les 167 lieux historiques nationaux et les 4 aires marines de conservation).

Enfin, ceux qui cherchent la tranquillité et l’isolement à tout prix peuvent, par exemple, séjourner au parc national Kuururjuaq, au Nunavik. Au départ de Montréal, il faut compter plus de 6 000 dollars pour un séjour guidé de 10 jours. Afin d’encourager les adeptes du Grand Nord à fréquenter ces lointaines étendues, Parcs Canada a établi des forfaits plus abordables. « On peut se rendre au parc Ivvavik, au Yukon, pour 1 000 dollars [trajet seulement] ou partir à la rencontre des ours polaires et des baleines au parc des Monts-Torngat, au Labrador, pour un forfait de 3 500 dollars », dit Ed Jager, de Parcs Canada.

Ainsi, les lieux les plus reculés au pays sont plus que jamais accessibles, et tout porte à croire qu’ils continueront à l’être, comme pour rétablir un peu l’équilibre dans un monde où les villes croissent à la vitesse grand V. « Les premiers parcs qui ont été créés, il y a 100 ans, étaient situés dans des régions vraiment sauvages et presque inhabitées, dit Alan Latourelle. Comme le sont la plupart des nouveaux parcs aujourd’hui… »

* * *

Les parcs nationaux en chiffres

– 44 au Canada, 24 au Québec (dont 2 au Nunavik), 1 géré conjointement par le fédéral et Québec

– Aires fédérales protégées : 300 000 km2 (sur terre) et près de 15 000 km2 d’aires marines

– Aires québécoises protégées : plus de 11 000 km2 (en excluant les 1 246 km2 du parc marin du Saguenay — Saint-Laurent)

– 118 tentes oTENTik dans 14 parcs nationaux fédéraux et 2 lieux historiques fédéraux

– 32 tentes Hékipia dans 8 réserves fauniques québécoises

– 330 tentes Huttopia dans 16 parcs nationaux québécois

– 6,3 millions de jours-visites annuels à la Sépaq (parcs nationaux, réserves fauniques et centres touristiques)

– 20 millions de visiteurs annuels à Parcs Canada (en incluant les parcs nationaux, les lieux historiques nationaux, les canaux historiques et 4 aires marines nationales de conservation)

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