Paris rien que pour moi (et sans photos)

Avez-vous déjà passé un moment dans une ville extraordinaire sans même oser y prendre une seule photo ? Le blogueur Gary Lawrence, lui, s’est donné ce défi lors d’une escale de plusieurs heures à Paris, il y a quelques jours. Une expérience fort intéressante — et reposante — en cette ère du «tout à l’ego», raconte-t-il.

Art_de_vivreIl y a quelques semaines, je me suis rendu à Johannesburg avec Air France, via Paris.

Au début, le long temps d’escale m’enquiquinait : arrivée de tôt matin, départ à 23 h 30. Mais finalement, j’ai adoré : ça m’a permis de flâner toute la journée dans la Ville lumière, sans obligations et… sans prendre aucune photo, contrairement à mes habitudes. Tout ça grâce à un film visionné dans l’avion Montréal-Paris : La vie rêvée de Walter Mitty.

Dans cette reprise d’un film de 1947, un gentil rêveur (Ben Stiller) part à la recherche d’un photographe-aventurier (Sean Penn), qu’il finit par retrouver en train de traquer le léopard des neiges en Afghanistan. Alors que l’as photographe voit finalement passer le rarissime félin à travers son téléobjectif, il choisit… de ne pas appuyer sur le déclencheur. «Ça, c’est rien que pour moi», dit-il.

À bord du RER qui m’emmenait à Paris depuis Charles-de-Gaulle, j’ai donc décidé que je ferais de même ce jour-là : peu importe que j’assiste à une scène inoubliable ou que je tombe sur une tronche extraordinairement photogénique, je la garderai pour moi, et pour moi seul. Après tout, que m’apporterait une énième galerie de photos de l’une des villes les plus mitraillées du monde, que j’ai moi-même croquée à lentille-que-veux-tu lors de mes séjours là-bas ?

De toute façon, quand je repasse en coup de vent à Paris — ou ailleurs —, je retourne toujours aux mêmes endroits : ceux que j’y ai vus pour la première fois, ceux dont l’image est la plus profondément imprégnée dans la matrice de ma mélancolique mémoire.

À moi, Saint-Germain, si touristique soit-il ; à moi, le café-croissant sur une terrasse de la Sorbonne, l’hôtel miteux près du Panthéon où j’ai dormi quand j’avais 18 ans ; à moi, le quartier de l’Odéon, la rue du Temple et ces nombreux ponts de la Seine, en dessous desquels nous sirotions des Kro et du jaja, mes potes routards et moi.

Oh ! je me suis bien permis quelque incartade en passant par le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, pour voir l’exposition consacrée à Marcel Gotlib. Mais là s’est arrêtée ma quête de nouveauté.

Pour le reste, j’ai sillonné l’île de la Cité, admiré les arcs-boutants de Notre-Dame, reluqué les vitraux de Saint-Séverin, cherché en vain la Librairie du Québec, révéré la façade de l’Institut du monde arabe, puis revu ce tabac où je me suis fait tabasser par le tenancier pour avoir appris, il y a 30 ans, qu’on n’insulte pas un Parisien sans coup férir. Encore un peu et j’allais au Grévin et au sommet de la tour Eiffel.

En cette ère du tout à l’ego, où tout un chacun se photographie au moindre de ses déplacements, où quiconque documente le dernier détail de sa vie avec son appareil-photo-téléphone, il est plus que rafraîchissant — et tellement reposant — de baguenauder sans se sentir obsédé par l’envie de tout prendre en photo.

Ceux qui arpentent des rues inconnues vivent alors pleinement l’expérience de leur découverte ; ceux qui revisitent un lieu commun s’enivrent dès lors aisément de leurs souvenirs.

*    *    *

Cela dit, tous ces beaux principes sont plus faciles à énoncer qu’à mettre en œuvre. Après mon escapade à Paris et mon escale à Johannesburg, j’ai séjourné 12 jours au Botswana… et j’ai évidemment photographié à répétition ce splendide pays et son abondante faune. À partir de samedi, vous trouverez dans ce blogue quelques-unes des images parmi les centaines que j’y ai attrapées au vol, en complément d’un compte rendu de mes pérégrinations (qui sera publié le même jour dans Le Devoir).

* * *

À propos de Gary Lawrence

Journaliste indépendant, Gary Lawrence a foulé le sol des sept continents de la planète et de plus de 90 pays. Ex-rédacteur en chef d’un magazine spécialisé en tourisme, il a aussi été rédacteur en chef francophone d’un service de presse touristique et a signé à ce jour des centaines d’articles portant sur les voyages, dont plusieurs dans L’actualité. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter : @LawrenceGary.

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l’hôtel miteux près du Panthéon où j’ai dormi quand j’avais 18 ans

Pas celui à droite (de face) au coin de la rue? J’avais dormi au dernier étage (5e ou6e), pas d’ascenseur. Chaud, très chaud l’été. Mais encore abordable dans le temps

J’ai déjà vécu une telle aventure et en plus j’avais visité quelques parisiens avec qui j’ai pris la route pour le Sénégal.
À moi, Saint-Germain, si touristique soit-il ; à moi, le café-croissant sur une terrasse de la Sorbonne.

J’ai travaillé en Afrique, en Amérique centrale et voyagé pas mal. Je n’ai jamais pris de photos. J’ai acheté une fois un appareil et je me le suis fait volé et j’ai décidé que je ne ferais pas de photos. Depuis ma retraite je regrette de ne pas avoir de photos des endroits que j’ai aimés.
Je suis allée à Paris nombre de fois mais je n’ai pris aucune photo.
Lorsque les gens reviennent de voyage et nous montre leurs photos que nous devons aimer cela m’ennuie beaucoup.
Bravo à vous qui n’a pas pris de photos de Paris, il y en a tant que l’on peut acheter.