Quand la croisière abuse

La récente condamnation d’une compagnie de croisières met en lumière le lourd impact que peut avoir cette industrie en matière environnementale.

Photo: iStock
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Voilà qu’on apprend que certains géants des mers non seulement polluent visuellement des villes par leur présence écrasante, mais qu’ils polluent en douce les océans du globe.

Dans un jugement rendu la semaine dernière, une filiale du plus grand groupe de compagnies de croisières du monde, Carnival, a été condamnée à verser une amende de 40 millions de dollars.

La filiale en question, Princess Cruise Lines, a en effet été trouvée coupable d’avoir effectué à plusieurs reprises des déversements illégaux d’eaux usées contaminées au carburant, et d’avoir tenté de dissimuler ses méfaits.

Grâce à un lanceur d’alerte, on a aussi découvert que le navire impliqué, le Caribbean Princess, était doté depuis 2005 d’un «tuyau magique» qui permettait de contourner un dispositif antipollution.

L’amende imposée à l’entreprise est la plus lourde de l’histoire des croisières. En cour, le juge a souhaité que cette condamnation incite Princess Cruises Lines à mieux se comporter en matière environnementale, et que d’autres compagnies de croisières fassent de même.

On sait depuis longtemps que bon nombre de mastodontes des mers sont de gros pollueurs. À elle seule, l’industrie des croisières impliquerait le rejet, chaque année, de près d’un milliard de tonnes d’eaux usées — pas toujours traitées avec soin — dans les océans du globe.


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Du reste, bien que de nombreux navires récemment construits soient équipés de câbles pour s’alimenter en électricité lorsqu’ils font escale, peu de villes disposent des infrastructures nécessaires à ce type de branchement (cold ironing) dans leur port. Résultat: à défaut de pouvoir se prévaloir de cette alimentation à quai (en pleine expansion au Canada) lorsqu’ils sont amarrés, ces paquebots doivent laisser leurs moteurs tourner au ralenti et sans interruption, ce qui représente une source non négligeable de pollution.

En juillet 2015, l’organisme France Nature Environnement et l’ONG allemande Nabu ont ainsi révélé qu’un paquebot en escale à Marseille avait émis autant de particules fines qu’un million de voitures qui rouleraient en même temps.

Chaque année, l’organisme Les Amis de la Terre (le «plus grand réseau écologiste mondial») publie pour sa part le Cruise Ship Report Card, une sorte de bulletin notant la responsabilité environnementale des compagnies de croisière. En 2016, parmi les 17 évaluées, une seule s’est mérité un A- comme note globale: Disney Cruise Line. Toutes les autres ont obtenue un C, un D ou même un F.

Princess Cruises s’est vue attribuer une note moyenne de C, avec un A- pour le traitement des eaux usées — c’était avant sa condamnation, il va sans dire.

Quant à sa société-mère Carnival, elle a obtenu un D, tandis que deux autres filiales du groupe (P&O et la tristement célèbre Costa) échouaient «l’examen environnemental» des Amis de la Terre, avec un lamentable F.

Mais tout n’est pas si sombre dans le merveilleux monde des croisières, comme on peut le constater en consultant CruiseForward.org. Mis sur pied par la CLIA (Cruise Lines International Association, le plus grand regroupement de compagnies de croisières au monde), ce site vise à mettre en lumière les bonnes pratiques, présentes et à venir, de cette industrie en pleine expansion.

Ainsi, les navires de plusieurs compagnies membres de la CLIA seraient équipés de système de traitement d’eaux usées «plus efficaces que la plupart des systèmes d’épuration de l’eau des villes côtières états-uniennes».

En outre, les compagnies membres de la CLIA entendent adhérer aux normes de l’Organisation maritime internationale et réduire de 30 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2025, grâce à de l’équipement et à des moteurs plus efficaces et moins polluants. Elles comptent aussi installer de plus en plus de panneaux solaires sur leurs navires — une décision logique, compte tenu du temps d’exposition au soleil de ceux-ci lorsqu’ils sont en mer.

En tout et partout, ce sont donc «des centaines de millions de dollars qui sont investis en technologie et en innovations vertes», assure la CLIA. Rendez-vous dans cinq ans, donc, pour une petite mise à jour du Cruise Ship Report Card, le bulletin de notes des Amis de la Terre?

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