Quel matricule, votre homard?

Depuis 2012, un programme de traçabilité québécois permet aux consommateurs de savoir d’où viennent leurs homards, en Gaspésie et à Anticosti, et quel pêcheur les a capturés.

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Photo : iStockphoto

CA620567E. Si vous trouvez ce code sur une étiquette attachée à un homard, vous apprendrez, sur le site monhomard.ca, qu’il été pêché en Gaspésie par O’Neil Cloutier. Depuis 2012, un programme de traçabilité québécois permet aux consommateurs de savoir d’où viennent leurs homards, en Gaspésie et à Anticosti, et quel pêcheur les a capturés. « L’an dernier, notre site a enregistré 17 000 visites pour ces informations », note O’Neil Cloutier, à l’origine du programme. Tout le homard de cette région est pris par 162 pêcheurs, qui ont chacun leur code.

Art_de_vivrePourquoi cette initiative ? « Parce que la provenance est une garantie de qualité et de goût, et pour nous différencier des Maritimes et des États-Unis », dit l’homme, qui est aussi président du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie (RPPSG). « Les pêcheurs de l’Atlantique ont augmenté leurs prises et ils inondent le marché avec un produit moins savoureux que le nôtre, vu les fonds vaseux et l’eau plus chaude dans lesquels il vit. »

Depuis qu’il a mis le pied sur un bateau comme assistant pêcheur, en 1976, O’Neil Clou­tier s’est pris de passion pour le métier. « J’étais au cégep de Matane, en tourisme, puis en théâtre. Puis mon père, camionneur, a eu un très grave accident de travail. Je suis revenu à la maison, à L’Anse-à-Beaufils. J’ai repris les études tout près de là, à l’École des pêches, à Grande-Rivière. » Il est ensuite devenu pêcheur propriétaire professionnel, en 1984. Et parce qu’il avait « une âme de militant », il s’est consacré à sa seconde vocation, améliorer les conditions de pratique du métier — il préside le RPPSG depuis 1991.

Pour les pêcheurs gaspésiens, le homard avait toujours été une activité secondaire. La grande pêche, c’était la morue. Mais quand elle eut presque disparu en raison de la surpêche et de la prédation des pho­ques, le moratoire de 1992 rendit le homard plus intéressant. L’effort de pêche augmenta très vite. De 600 tonnes au début des années 1990, on monta à 1 100 tonnes en 1996, pour redescendre à 600 en 2003. Il fallait donc mieux gérer la ressource, mettre en place des mesures de protection : marquage et remise à l’eau des femelles œuvées, augmentation de la taille minimale des prises et interdiction de prendre les très gros sujets, réduction du nombre de permis et du nombre de jours de pêche.

Résultat ? Des prises plus… importantes, et une pêche quand même durable : en février dernier, les Gaspésiens ont reçu leur certification du Marine Stewardship Council. « Nous voulons que ceux qui apprécient ce délice qu’est le homard en aient toujours. Et que nos successeurs puissent toujours aller en pêcher. L’erreur de la morue, il n’est pas question que ça se reproduise. »

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