Qui a peur des États-Honnis de Trump?

De plus en plus de voyageurs, toutes origines confondues, hésitent, craignent ou refusent de se rendre aux États-Unis, de peur d’être refoulés ou par simple choix moral. Le tourisme local s’en ressent déjà… et celui du Canada en profitera.

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Le président Trump est en poste depuis moins d’un mois que déjà, l’industrie du tourisme aux États-Unis en souffre. En début de semaine, certains experts étaient même en mesure de chiffrer ces pertes à 185 millions de dollars.

Bien sûr, les ressortissants des sept pays ciblés par le «travel ban» de Trump demeurent refroidis par ce décret, même s’il a été annulé par les tribunaux. Mais ils ne forment qu’une infime partie (0,1 %) des voyageurs internationaux aux États-Unis.

En fait, ce qui fait le plus mal au tourisme, c’est le message d’antipathie et de fermeture qu’envoie ce décret à la planète entière, ainsi que toute l’incertitude qui entoure les formalités d’entrée aux États-Unis dans les mois à venir.

Depuis le 27 janvier, date de l’adoption du «muslim ban», les demandes d’information sur les vols à destination des États-Unis accusent une baisse de 6 % à 17 % sur certains métamoteurs de recherche.

Pour leur part, de nombreux Français remettent en question leurs projets de voyage aux États-Unis, notamment par choix, parce qu’ils sont contre les méthodes racistes et xénophobes du président Trump. La Presse rapporte aussi que bon nombre de Québécois demeureront au Québec l’été prochain, notamment pour protester contre les politiques du nouveau président.

Outre tout ce qui précède, bien des voyageurs en ont contre la possibilité de laisser un agent des douanes états-uniennes avoir accès aux données personnelles de leur téléphone ou à leur compte Facebook, Twitter ou Instagram. Cette éventualité, annoncée par le secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly, est d’ailleurs partiellement mise en œuvre à l’égard d’une quarantaine de pays.

Dans les faits, le message a aussi été reçu par certains douaniers dépourvus de discernement, comme en fait foi le refoulement de cette Québécoise d’origine marocaine, la semaine dernière, au poste frontalier de Philipsburg, ou celui de cet athlète né au Québec de parents marocains, refoulé à Stanstead après des heures d’interrogatoire, et ce, sans explications.

En agissant de la sorte, Trump nuit à l’une des plus prolifiques industries de son pays: en 2016, le tourisme international a entraîné des dépenses de 246 milliards de dollars aux États-Unis. «C’est plus que l’exportation d’automobiles [152 milliards], l’agriculture [137 milliards] et les produits pétroliers [97 milliards]», a rappelé au magazine Forbes Adam Sacks, président de la maison de consultants Tourism Economics.

Du reste, des voix s’élèvent pour boycotter tantôt les États-Unis, tantôt l’empire Trump – largement touristique –, que ce soit par la voix de célébrités comme Magic Johnson ou par le lancement d’une application capable d’indiquer quelle entreprise distribue les produits liés à la famille Trump.

Tout cela se déroule dans un contexte économique où le dollar américain est déjà en hausse par rapport à bien des devises, ce qui rend les États-Unis encore moins attrayants pour nombre de voyageurs. En conséquence, certains experts prévoient pour les années à venir rien de moins qu’une période de vaches maigres, pareille à celle qui a suivi les attentats du 11 septembre, si rien n’est fait pour renverser la tendance.

On pourrait croire que les États-Unis s’en sortiront toujours par le tourisme intérieur, comme l’a fait l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid: honni par une partie de la communauté internationale, le pays avait développé ses infrastructures et son industrie touristique grâce à la fréquentation de sa propre population. Mais, en l’espèce, bon nombre d’États-Uniens (potentiellement la moitié de la population, celle qui n’a pas voté pour Trump) pourraient avoir envie de prendre l’air à l’étranger cet été.

À cet égard, le Canada se dirige vraisemblablement vers une année touristique record. Avant même les frasques de Trump, le pays à l’unifolié avait la cote; l’été prochain, il y a donc de fortes chances pour que bien des États-Uniens traversent la frontière nord pour leurs vacances, vu la faiblesse du dollar et l’attrait du pays, en ce 150e anniversaire de la Confédération. Sans compter que la perspective de visiter si aisément un pays plus progressiste que le leur risque de les attirer davantage.

Mais il y a plus: l’industrie du tourisme de congrès, dont les activités s’organisent longtemps à l’avance, et où les participants viennent souvent de plusieurs horizons culturels et ethniques, boudera au moins en partie les États-Unis dans les années à venir. Le Canada – à commencer par Montréal, première ville du tourisme de congrès en Amérique du Nord – ne pourra qu’en bénéficier…


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C’est toujours divertissant de voir comme les médias en général font une « grosse » fixation sur le président Trump ; de constater combien on cherche par tous les moyens à influencer les gens, y compris-même sur leurs destinations de voyage.

La réalité, c’est que le caractère tatillon des douaniers américains n’a pas commencé avec l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche. Avec mon nom d’origine slave et ma double nationalité, il m’est arrivé au moins deux fois de passer un temps assez long dans des postes douaniers américains et de devoir subir toutes formes d’interrogations. Et… c’était… sous l’administration de Clinton.

Mais aujourd’hui avec les réseaux sociaux et les medias — en concurrence désormais -, qui sont à l’affût de la moindre information ; on fait du « prime time » avec le moindre petit refoulement à la frontière, lesquels depuis des décennies passaient complètement sous les radars de l’information.

Ce que peut-être tous nos concitoyens ne savent encore pas, c’est que nombre d’administrations du monde échangent des informations sur leurs ressortissants avec les Américains. Ou plutôt, les États-Unis sont devenus le premier pays au monde pour la collecte des dites informations. Cela signifie que même ce qu’on appelle communément la « vie privée » est de moins en moins privée.

Depuis des lustres la GRC, pour de supposées raisons de sécurité, offre gracieusement aux États-Unis l’accès à toutes sortes de données, ce qui peut inclure des données erronées. L’affaire Maher Arar fut d’ailleurs un « assez bon » exemple de ce que cela peut donner. — Et c’était bien avant que la Syrie ne soit à feu et à sang.

Hors que les choses soient vraies ou fausses, toutes les informations disponibles se retrouvent tôt ou tard sur les serveurs étatsuniens. Autant que je sache ce genre de pratiques n’ont pas « miraculeusement » commencé en date du 20 janvier dernier.

On devrait plutôt s’émouvoir et savoir pourquoi, les citoyens ordinaires ne peuvent avoir clairement accès à toutes les informations collectées sur nous et ce… sans aucunes restrictions. Il semble difficile de pouvoir parler de liberté et de démocratie quand c’est la « sécurité nationale » qui doit l’emporter en toutes choses, sur les droits en principes inaliénables qui devraient revenir à tout un chacun.

Cette réduction constante dans de multiples démocraties, depuis longtemps de l’espace de liberté concédé aux citoyens, devrait nous préoccuper beaucoup plus que les excentricités du président Donald Trump. Si on pense faire mal aux États-Unis par le seul argument du tourisme, on se trompe complètement de débat. Sans omettre que ce sont en premier des employés rémunérés au salaire minimum qui font souvent les frais de ces baisses d’achalandage.

«Tout ceci se déroule dans un contexte économique où le dollar américain est déjà en hausse par rapport à bien des devises, ce qui rend les États-Unis encore moins attrayants pour bien des voyageurs. »

Ben la voila votre explication….

Making America great again! Qu’est-ce qu’on en a honte, nous autres, mais c’est sûr qu’on n’a encore rien vu…

Beaucoup de pays occidentaux ont mis en place un système beaucoup plus rigoureux qu’ auparavant pour contrer le terrorisme international ! On a qu’ a penser à la Grande-Bretagne, France,Belgique …. M Lawrence vous mentionnez dans votre article que beaucoup de français remettent en question leur voyage aux USA et je vous dirais que c’ est réciproque ne croyez-vous pas ! Vous ajoutez le plus sérieusement du monde que La Presse ( encore elle )bon nombre de québecois demeureront au Québec l’ été prochain pour protester… Serais-ce les gauchistes de l’ UQUAM ???? C’est n’ importe quoi! Pour ce qui est de cet athlète québecois refoulé à Stanstead poste frontière; la raison principale de la douane américaine est qu’ il a été posé quelques années précédentes avec un étudiant qui serait retourné en Syrie pour combattre auprès de l’ EI !!! Qu’ auriez-vous fait vous devant ces infos?
Il est évident que la montée des attentats la plupart des fous d’ Allah dans les pays occidentaux amènent pas seulement les USA mais bien d’ autres pays à resserrer l’ entrée dans leur pays de personnes potentiellement non-désirables et/ou dangereuses !! La différence avec Trump ; c’ est que lui il l’ a promis en campagne électorale et il tient sa promesse et en plus il fait show avec ça !!
Tant mieux pour le Canada s’ il profite d’ une augmentation du tourisme ! Mais de ce temps-ci j’ aurais un petit conseil à donner aux douaniers canadiens : ( Redoubler d’ attention et rester alertes ) !!!

Il y a d’autres facteurs qui font qu’un voyage aux ÉU est moins attrayant. D’abord, il y a l’instabilité causée par l’élection du président Trump et dans bien des endroits on devra faire face à des manifestations etc. La vigilance aux frontières s’est aussi accrue d’une manière significative ce qui fait que les temps d’attente s’accroissent en conséquence; on a d’ailleurs annulé plusieurs cartes « Nexus » qui rendaient le passage des frontières beaucoup plus facile et rapide. Pour ceux qui aiment passer des vacances dans le « sud », un vol qui ne comporte pas d’escale aux ÉU (donc pas de tracasserie frontalière américaine) devient beaucoup plus intéressant malgré un coût un peu plus élevé et cela profitera aux compagnies aériennes qui offrent ces vols et qui pour la plupart ne sont pas américaines.

Le Canada devient aussi beaucoup plus intéressant pour les Américains de toutes tendances non seulement à cause du huard bas mais aussi du fait que les parcs nationaux du Canada sont gratuits cette année et ces parcs attirent toujours beaucoup de touristes américains.