Tout le monde tout nu à l’aéroport

Il y a deux semaines, j’ai enfilé ma tenue d’Adam, à l’aéroport de Los Angeles. Bras en l’air d’abord, bras devant ensuite, j’ai tout dévoilé : torse, jambes, aisselles, arrière-train… Il paraît que la seule personne qui ait alors scruté de pied en cap ma nudité n’a cependant jamais décelé ne serait-ce que les contours de mon intimité, pas plus qu’elle aurait pu me reconnaître plus tard dans la rue : mon visage et mon aine étaient brouillés par ordinateur, comme si j’avais enfilé un bas de nylon, y compris sur la tête.

Depuis l’an dernier, plusieurs aéroports du monde – dont une dizaine aux États-Unis – ont commencé à mettre à l’essai, voire à implanter le ProVision Whole Body Imager, un appareil qui permet de tout voir sous les vêtements des passagers. Enfin, tout ce qui doit être vu : arme blanche, pistolet en métal ou en matériau composite, stupéfiants…

Lors de cette fouille à nu virtuelle, tout se passe très vite : on entre dans une sorte de cabine téléphonique vitrée et un scanneur balaie 180 degrés du corps. On effectue ensuite une rotation de 90 degrés, et le scanneur balaie le reste du corps. Bref, rien à voir avec ce que devait subir Joe 90.

[youtube YLpOcEtsElI]

Contrairement à ce qui est souvent répandu, ce ne sont pas des rayons X qui sont utilisés mais des ondes millimétriques. En gros, la technologie de ce système fonctionne un peu comme celle d’un sonar : le corps est bombardé de millions d’ondes qui se répercutent à sa surface avant d’être récupérées par un capteur.

Celui-ci crée en une fraction de seconde une image holographique du corps analysé, révélant tout ce qui ne devrait pas s’y trouver. Le résultat ressemble à une sorte de grande radiographie, et l’impact des ondes sur le corps serait 10 000 fois moins dommageable que ce qu’entraîne l’utilisation d’un téléphone cellulaire, assure le fabricant.

Il faut admettre que ce scanneur corporel comporte plusieurs avantages : plus besoin de retirer ses souliers, sa ceinture et ses breloques ou de se faire palper par un douanier mal léché, et exit le détecteur de métal. Conséquemment, le processus de contrôle à l’embarquement s’en trouve accéléré : dans le meilleur des cas, son fabricant assure que le ProVision peut analyser jusqu’à 600 personnes à l’heure.

En revanche, depuis la mise en service de ce système, les critiques fusent de toutes parts pour dénoncer ce que plusieurs considèrent comme une grossière intrusion dans la vie privée des particuliers. En France, la simple évocation de la mise à l’essai du ProVision, l’an dernier, a créé tout un tollé, et le Parlement européen a même décrété un moratoire sur son implantation.

[youtube 1EZpVv_vquI]

Pour s’en défendre, ses promoteurs rappellent que les images ainsi créées sont relativement floues et que l’opérateur qui les examine est situé dans une pièce distincte, ce qui l’empêche de faire le lien entre ce qu’il voit sur son écran et cette pulpeuse passagère ou ce bel éphèbe en train de se faire numériser. Ensuite, on assure que les images sont immédiatement détruites.

N’empêche que pour l’heure, ce scanneur corporel est plus souvent qu’autrement utilisé de façon complémentaire aux méthodes traditionnelles de contrôle, ce qui a pour effet de ralentir le processus d’embarquement. Au surplus, la mise à l’essai du système a révélé des failles quant à son efficacité, surtout en ce qui a trait à sa rapidité.

Rien de tout cela n’a cependant empêché l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) de donner son aval à l’implantation du ProVision dans certains aéroports canadiens, après une période d’essai qui ne s’est pourtant pas avérée concluante, à l’aéroport de Kelowna, en Colombie-Britannique. L’organisme fédéral a même prévu se procurer sept appareils au coût de 200 000 $ pièce, d’ici le mois de mars. Le hic, c’est qu’on ne compte pas, pour le moment, doter ce système du logiciel qui permet de brouiller le corps des passagers, là où il se doit…

On peut donc officiellement déclarer les paris ouverts : combien de temps faudra-t-il à un passager canadien pour intenter un recours pour violation du droit à la vie privée et fouilles abusives, après la mise en service de ces appareils?

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Prochaine étape: forcer les voyageurs à voyager tout nus dans les avions, au cas où… La paranoïa du 11 septembre n’a pas fini de nous en faire voir de toutes les couleurs. Probablement que leur but ultime c’est de couler ou torpiller l’aviation civile en écoeurant les passagers de sorte qu’on aura plus besoin de ces aéroports couteux…

Bof, qu’est-ce que ça peut bien faire qu’un fonctionnaire voie notre corps, sans même savoir à qui il a affaire?

Vous avez donc tant honte ou peur que ça qu’on voie vos fesses?
ça se soigne, docteur? Y a-t-il un psychiatre sur ce forum?

Je ne vois rien de vraiment offensant dans cette technologie, sous réserve que son usage soit nettement balisé. 

salut
du point de vue securité je suis d’accord a ce qu’on fasse le mieux.pourtant ce genre d outil a mon avis represente outrage envers mon corps c’est ma propriete et personne n ‘a droit de m’enlever mes vetement malgre moi.si on veux lutter contre le terrorisme on a interet a dialoguer avec les extremistes et les radicalistes afin de les convaincre du danger qu’ils parcourent.mais qui peut definir qui est un radicalistes??????????!!!!!!!!!!!!