Une caisse de bons vins

Au cours des 30 dernières années, le monde du vin a connu plus de bouleversements que pendant les deux millénaires de sa longue histoire. Essor prodigieux de l’œnologie, création exponentielle de nouveaux vignobles, conquête de nouvelles frontières, redécouverte de cépages anciens, arrivée d’une nouvelle génération d’amateurs et médiatisation effrénée… rien n’est plus comme avant. Que nous réserve la prochaine décennie ? Voici 12 bouteilles symbolisant 12 tendances.

12 bouteilles de vin symbolisant 12 tendances
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Agrobiologique : La mention « bio » n’est pas de facto gage de qualité, mais les très bons vins sont souvent bio. À l’échelle planétaire, la viticulture biologique fait de plus en plus d’adeptes. Bien plus qu’une mode, c’est une tendance qui continuera de se répandre. Plus d’une centaine de vins officiellement agrobiologiques sont maintenant offerts à la SAQ. Du nombre, le Clos de la Briderie 2007, Vieilles Vignes, Touraine Mesland (1), un délicieux vin rouge de Loire à la légèreté et au grain fruité irrésistibles. (S-977025 ; 16,85 $)

Riesling : L’omniprésence du chardonnay et du sauvignon en incitera beaucoup – déjà, on note des signes annonciateurs – à découvrir les charmes inimitables du grand cépage germanique. Maintenant présent dans de nombreux pays – notamment au Canada, dans la péninsule du Niagara -, le riesling devrait continuer d’étendre ses racines. Pour le quotidien, il faut inscrire sur sa liste d’emplettes le Riesling 2008, Rheinhessen, de Deinhard (2). (C-060004 ; 12,85 $)

Réchauffement climatique : Le phénomène est préoccupant et inquiète bien des gens. À long terme, la carte du vignoble mondial risque d’être redessinée. Dans un rapport publié en septembre, Green­peace prévoyait que si rien n’est fait, la viticulture devra migrer à 1 000 km au-delà des limites géographiques actuelles. D’ici le grand dérangement, des producteurs cherchent la fraîcheur dans les hauteurs. Ainsi, l’Espagnol Miguel Torres a planté sur une centaine d’hectares, à 1 500 m d’altitude, dans les Pyré­nées. En attendant les résultats, on peut se régaler de son Coronas 2006, Catalunya (3). (C-029728 ; 13,95 $)

Canada : La prochaine décennie viendra sans doute à bout des derniers préjugés. Oui, on fait maintenant de très bons vins – et pas seulement de glace – dans notre pays, principalement dans la péninsule du Niagara et dans la vallée de l’Okanagan. L’un des plus brillants spécimens de cette nouvelle race est l’Osoyoos Larose (4). Pas donné, mais c’est le prix à payer pour goûter à l’un des meilleurs vins rouges produits au nord du 45e parallèle. (S-10293169 ; 43 $)

Rosé : Snobé pendant longtemps, le rosé reprend du galon, et tout indique que la soif du public pour cette boisson exquise n’est pas près d’être étanchée. Sceptiques récalcitrants : non, le rosé n’est pas un vin de second ordre. La preuve, le Château de Lancyre 2008, Coteaux du Langue­doc, Pic Saint-Loup (5) ; vineux et pourtant frais à souhait, un régal autant à table qu’à l’apéritif. (S-10263841 ; 16 $)

Nouvelle-Zélande : Ce pays lointain ne cesse d’étonner. Au cours des 10 dernières années, le vignoble a triplé sa superficie et couvre maintenant plus de 30 000 hectares. Rien qu’en 2008 les exportations ont augmenté de 19 %. Un tel succès s’explique par une qualité en progrès constant. Pour s’en convaincre, il suffit d’apprécier la vivacité et la droiture aromatique du Sauvignon blanc 2008, Marlborough, de Saint Clair (6). (S-10382639 ; 18,20 $)

Alcool : Depuis 20 ans, le taux d’alcool n’a cessé de grimper, et il n’est plus rare de croiser des vins qui en contiennent 15 %, voire plus. Soyons optimistes et souhaitons que la recherche croissante de vins digestes et désaltérants favorise un retour du pendule. En attendant, savourons le Marcillac, Cuvée Laïris 2007, de Jean-Luc Matha (7) ; à peine 12 % d’alcool et pourtant nourri de saveurs nuancées et distinctives. (S-10217406 ; 17,45 $)

Chili et carmenère : Au pied de la cordillère des Andes, vignerons et œnologues maîtrisent de mieux en mieux un art qui leur permet d’obtenir certains des vins les plus distingués de l’hémisphère austral. Prochain défi, la mise en valeur de la carmenère, une ancienne variété bordelaise quasi disparue du vieux continent. Les succès déjà obtenus sont de très bon augure, comme en témoigne le Carmenère 2008, Valle de Aconcagua, d’Errazuriz (8). (C-10673575 ; 14,95 $)

Pinot noir : Le célèbre cépage bourguignon continuera de susciter la fascination des producteurs du Nouveau Monde, qui sont de plus en plus nombreux à le cultiver. Lorsque le climat s’y prête – frais de préférence -, le pinot noir donne des vins d’une suavité inégalée. Alliant brillamment l’élégance et la générosité, le Geelong 2005, de Scotchmans Hill (9), nous rappelle, hélas, que les bons pinots bon marché n’existent pas. (S-576553 ; 28,90 $)

Cépages autochtones : La lassitude provoquée par la prolifération de vins stéréotypés et interchangeables  favorisera un intérêt accru pour les cépages oubliés de la vieille Europe. Faites l’expérience du Notarpanaro 2004, Rosso del Salento, de Cosimo Taurino (10) ; ce généreux vin des Pouilles exprime avec éclat les vertus du negroamaro et de la malvasia nera, deux variétés singulières du sud de l’Italie. (S-709451 ; 19,85 $)

Afrique du Sud : La tenue prochaine de la Coupe du monde de football 2010 servira aussi de vitrine aux vins sud-africains et lancera ainsi une décennie qui confirmera l’essor remarquable de la viticulture dans la région du Cap. Pour l’heure, retenez le Pinotage 2008, Les Ruines, Eilandia (11). (S-10678501 ; 15,40 $)

Capsule vissée : À ses débuts associée à des pinards de piètre qualité, elle coiffe maintenant près de trois milliards de bouteilles, soit environ 15 % de la production mondiale. Nul doute qu’on la verra de plus en plus, et vissée à de bonnes bouteilles, comme La Vieille Ferme 2007, Côtes du Ventoux (12).  (C-263640 ; 13,85 $)

 

Michel Phaneuf est l’auteur du Guide du vin 2010, publié aux Éditions de l’Homme.
michelphaneufvin.com