Vins d’Allemagne : entre terre et ciel

Pourquoi les vins du pays de Goethe sont-ils donc si impopulaires ?

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Un vignoble en Allemagne. – Photo : Getty Images

Les statistiques de la SAQ le confirment : l’amateur québécois ne s’est toujours pas pris de passion pour les vins d’Allemagne.

Art_de_vivreUne poignée de vins bon marché — de type Liebfraumilch — ont certes joui d’un fort succès populaire au début des années 1980, mais les grands vins de ce pays sont encore largement méconnus. Pourtant, les meilleurs rieslings allemands sont certainement parmi les plus grands vins blancs de terroir sur la planète, avec ceux de la Bourgogne. Nuancés, complexes, minéraux et aptes au vieillissement. Mais pourquoi donc sont-ils si impopulaires ?

Notons d’abord l’appréhension du consommateur envers la sucrosité caractéristique des vins blancs allemands, mais aussi — et surtout — le caractère un peu intimidant du système national de classification. Pourtant, une fois la barrière de la langue franchie, la hiérarchisation des crus de la Moselle n’est pas si complexe et ressemble en plusieurs points au système bourguignon. Au bas de la pyramide, il y a les Gutsweing (équivalent de l’appellation régionale), viennent ensuite les Ortsweing (appellation communale) et enfin les grands crus (Grosse Lage). Facile, non ?

Oui, sauf que… À cela s’ajoutent encore quelques termes germaniques qui peuvent semer la confusion : Kabinett, Spätlese, Auslese, Beerenauslese et Trockenbeerenauslese. Ces derniers mots définissent, dans l’ordre, le degré de maturité des raisins au moment de la vendange. Le Kabinett désignant des vins plus légers, le Trockenbeerenauslese, des vins liquoreux et issus de raisins botrytisés (attaqués par un champignon, ce que l’on appelle la « pourriture noble »), comme le sauternes. Vous suivez ? Non !

C’est peut-être encore du charabia pour certains d’entre vous, et au fond, ça n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est que ces vins sont simplement délicieux et qu’ils s’inscrivent parfaitement dans cette quête de légèreté et de plaisir digeste qui anime le vaste monde de l’alimentation. Rarement peut-on goûter des vins blancs aussi frais et guillerets que ceux produits dans la Moselle, la Nahe ou la Rheingau. Des vins « aériens », comme le veut l’expression désormais populaire auprès des œnophiles, mais bien terrestres par leur franche minéralité.

Et le sucre, dans tout ça ? À peine perceptible dans la plupart des cas. C’est là tout le génie des meilleurs vignerons allemands et de leurs vins : l’équilibre. Une harmonie parfaite entre la sucrosité, l’acidité et l’alcool, qui, en plus d’être garante de longévité, fait du riesling le compagnon de table par excellence. Santé !

Künstler, Riesling Kabinett Trocken 2012, Hochheimer Hölle

(11607596 ; 30,50 $)

Depuis les années 1980, les consommateurs allemands ont délaissé les vins demi-secs au profit des rieslings Trocken, c’est-à-dire secs. Si vous n’appréciez pas la douceur des vins allemands, il vous faut découvrir cet excellent riesling. Assez typique des vins de la Rheingau, un peu moins minéral que ceux de la Moselle, désaltérant et agrémenté de saveurs persistantes de fleurs et de fruits blancs. Léger comme une plume (12 % d’alcool), mais loin d’être fluet !

Cliffhanger, Riesling Mosel 2012

(12178965 ; 17,25 $)

Souhaitant rajeunir l’image des vins de la Moselle, quatre vignerons ont créé Cliffhanger. Le nom — littéralement « suspendu à une falaise » — fait allusion à l’allure vertigineuse des vignobles de leur région, dont l’inclinaison atteint parfois 60°… Bon riesling simple et friand, misant avant tout sur la nature fruitée du cépage. Idéal à l’apéro, pour accompagner un piquenique ou le brunch de la fête des Mères.

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À propos de Nadia Fournier

Chroniqueuse vin à la télévision et pour le magazine L’actualité, Nadia Fournier collabore également depuis 2007 au Guide du vin Phaneuf, un best-seller annuel. On peut la suivre sur Twitter : @NadiaFournier.

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IL faudrait lire Gutswein et Ortswein sans g final. Consulter un dictionnaire de traduction est essentiel lorsqu’on emploie des termes empruntés à une langue que l’on ne connait pas. De surcroit, l’allemand, tout comme le latin, est une langue à déclinaisons.

Pour avoir vécu en Allemagne, sur les bords du Rhin, je dois dire que je m’ennuie de ces excellents vins. Partout où je suis passé pour déguster un excellent repas, jamais je me suis demandé si le vin offert au verre allait accompagner dignement mon repas. C’était un émerveillement à chaque fois. À quand ces excellents vins ici, à prix raisonnable?

En réponse à la question posée au début de votre billet, c’est tout simplement parce que les vins allemands demeurent méconnus des Québécois. Il faut dire aussi que la SAQ n’en a jamais fait une promotion soutenue. Pour ma part, je les aime bien (ils sont à table d’une exquise polyvalence) mais je m’approvisionne surtout aux succursales Vintages du LCBO, là où l’offre est nettement plus abondante…

Qui sait? Peut-être que la SAQ devrait organiser au Marché Bonsecours (comme elle l’a fait à maintes reprises pour les vins de la Bourgogne) une dégustation de vins allemands, dans le sillon d’une livraison connexe du Courrier vinicole.