Articles par David Desjardins

David Desjardins

Parlons de sexe

2 avril 2014

Devenu une sorte de «tapisserie» sociale, le sexe sert à vendre des livres, des films. Des vêtements, de la bière, des autos, du shampoing ou des thermopompes. Sa marchandisation est si bien intégrée au décor que c’est à peine si on relève sa présence.

Haute performance

14 février 2014

«Je suis dingue de sport. Fou d’en faire, tous les jours. Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente. C’est une maladie. C’est aussi un refuge», dit David Desjardins.

Le génie dans la console

30 décembre 2013

En quelques heures, j’avais dévalé les rues à 200 km/h au volant de voitures volées, dévalisé des banques et tué des policiers, semant la terreur sur mon passage. J’étais aussi entré par effraction dans une maison, j’avais battu ses occupants et chapardé encore d’autres voitures, sans jamais sortir de mon salon.

Si nous sommes obsédés par le passé, c’est que nous avons perdu la liberté et l’enthousiasme que nous avions alors à imaginer l’avenir.

Mauvais numéro

18 octobre 2013

J’ai depuis longtemps le sentiment que le monde est scindé en deux : ceux qui jouent et les autres, qui, en quelque sorte, les regardent de haut, comme on toise les naïfs et les sots.

Le grand sacrifice

2 octobre 2013

Cette tendance se confirme au Québec : une génération de parents poules serait en train de produire une descendance de « moumounes ».

Un peu de nous

23 août 2013

C’est un souvenir arraché au temps, tiré d’un repli de la mémoire par l’écoute d’un épisode de la sordide téléréalité qu’est la commission Charbonneau.

Bonheur bio

5 juillet 2013

À mi-chemin de Québec et du mont Sainte-Anne, la route de Saint-Achillée décrit une série de zigzags depuis le village de Château-Richer, remontant jusqu’aux terres du séminaire, où elle devient un chemin privé, interdit à la circulation.

Libre, moi ?

13 mai 2013

La nouvelle m’est tombée dessus comme une masse. J’étais viré. Mon poste aboli, après 12 années dans le même journal, dont 10 à sa tête. Le choc initial passé, il me restait à décider de ce que j’allais faire en ce début du reste de ma vie. Ou je me cherchais du boulot dans un bureau. Ou je devenais pigiste.

C’est fini. Le rideau se referme sur l’histoire d’amour, les acteurs partent chacun de leur côté. Mais avant, avec ce qu’il reste de civilité, ceux qui vivaient ensemble font l’inventaire de ce qu’ils doivent se partager.

Ma fabrique à rêves

25 mars 2013

Il s’est dit quantité de niaiseries depuis les aveux de Lance Armstrong chez Oprah. La plus fréquente ? Que le Tour de France est trop difficile et donc que les cyclistes doivent nécessairement se doper pour l’accomplir. Or, ce n’est pas l’épreuve qui est surhumaine, mais bien la vitesse à laquelle elle est menée.

Pornomerta

11 février 2013

« Mon chum fréquente des sites pornos », titrait le Elle Québec que ma blonde tenait dans ses mains. Retournant vers elle la couverture du magazine pour y trouver la source de ma soudaine hilarité, puis l’ayant découverte, elle me dit : « Tu la trouves naïve, cette fille ? Avoue, tu penses que tous les hommes font ça. »

Le bruit du vent

15 décembre 2012

Ils montent par grappes à bord de l’autobus. Une fois assis, la moitié de ces étudiants ne voient plus rien autour, les autres passagers et le défilé du paysage urbain étant annihilés par ce qu’ils sortent de leurs poches et tiennent au creux de leur main. Penchés sur ces extensions numériques de leurs êtres, leurs yeux reflétant les teintes du chatoiement des images à l’écran, ils suivent textos, courriels, Facebook, journaux, jeux.

La surestime de soi

19 novembre 2012

Les artistes : des « gratteux de guitare », des « rats »… Comme pour ses gestes d’une effarante démesure, il est peut-être plus rassurant de ranger les propos tristement célèbres de la policière Stéfanie Trudeau au rayon des exceptions.

Je connais peu de plaisirs plus doux et agréables que ce moment où, au bout de quelques verres, on bascule discrètement dans l’ivresse. Un vertige qu’il vaut cependant mieux taire, l’appel à la modération en tout étant devenu non seulement une vertu cardinale, mais un mantra populaire — pour un chroniqueur, on dira qu’il s’agit d’une responsabilité.

La paresse des autres

20 septembre 2012

Nous sommes nés dans tout ça. Nous, les moins de 40 ans. Nous avons grandi dans le fantasme de la belle vie que cultivaient nos parents.

La voiture a ralenti à ma hauteur. J’ai eu le temps de voir la fille assise sur le « siège du mort » : à peu près mon âge, une casquette, un t-shirt. Le temps aussi de voir son index se replier sur son pouce pour envoyer d’une chiquenaude le tison de sa cigarette allumée dans ma direction.

Nous étions presque tous là, sorte de ligue du vieux poêle, agrégat indissolubles d’amitiés antédiluviennes que la vie aurait dû faire pâlir lentement, jusqu’à l’effacement. Et pourtant non.

Les premières fois, quand elle partait, elle laissait un grand vide que comblait aussitôt un certain soulagement. Elle n’avait pas trois ans, sa mère et moi venions de nous séparer, et je ne savais pas trop quoi faire avec cette enfant.

La sonnerie du téléphone lacère le silence. Une employée de la librairie Paulines, rue Masson, à Montréal, répond, écoute en dodelinant de la tête, puis elle lève les yeux et répète à la cantonade le nom de la personne réclamée au bout du fil: moi. «C’est Dany Laferrière», me dit-elle en me tendant le combiné.

C’était dans un film américain loué l’autre jour : The Ides of March (Les marches du pouvoir). Un truc terrifiant de cynisme, sauf peut-être pour un passage absolument lumineux. George Clooney y interprète un politicien démocrate à qui on demande, en entrevue, s’il est pour ou contre la peine de mort. Puisqu’il est contre, on avance qu’il changerait sans doute d’avis si sa femme était assassinée. Silence. Puis, le politicien avoue qu’il traquerait le meurtrier, qu’il le tuerait de ses mains — mais sans jamais changer d’idée à propos de la peine capitale. Simplement, dit-il, la société devrait s’élever au-dessus des envies de meurtre de l’individu.

Les mots s’embrouillent, disparaissant peu à peu dans le flot d’autres pensées. Ce flou m’absorbe ; je m’y laisse couler avec bonheur plutôt que d’essayer de comprendre ce que je lisais il y a quelques secondes : un texte d’opinion concernant la définanciarisation de l’économie.

Lettre à un ami paumé

12 janvier 2012

Si on te demandait à quel moment c’est arrivé, tu ne saurais sans doute pas quoi répondre. Ta vie est le résultat d’une multitude de petites décisions, autrefois anodines en apparence : quitter l’école en te disant que tu y retournerais un jour, refuser un boulot qui aurait pu t’ouvrir des portes, ne pas faire ce voyage pendant lequel tu aurais rencontré une personne qui aurait peut-être tout changé, annuler une excursion qui t’aurait fait découvrir une passion inattendue pour le vin, le surf ou le travail communautaire…

Le bonheur de Steve

21 novembre 2011

À quelques jours d’intervalle à peine, un des trois lauréats du Nobel de médecine et Steve Jobs sont morts. Le décès du second en a atterré beaucoup. Il s’en est même trouvé pour aller déposer des fleurs devant les boutiques Apple. Quant au premier, il aura fallu qu’il soit auréolé de prestige peu après sa mort pour qu’on apprenne son existence passée.