10 films d’amour inoubliables

Clin d’œil à la Saint-Valentin avec ces chefs-d’œuvre où la passion n’a pas pris une ride. 

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Portrait de la jeune fille en feu
de Céline Sciamma (2019)

D’une fulgurante beauté, et véritable lettre d’amour au cinéma, ce film peut déjà être qualifié de chef-d’œuvre. Sous le regard lumineux de la directrice photo Claire Mathon, Céline Sciamma a créé un objet envoûtant, racontant la passion entre un modèle féminin et une artiste peintre, au XVIIIe siècle, sur une île bretonne. Dans un captivant jeu de points de vue entre la cinéaste et ses actrices, Adèle Haenel qui regarde Noémie Merlant l’observer, les deux femmes crèvent littéralement l’écran. Comme Appelle-moi par ton nom (Call Me by Your Name), de Luca Guadagnino, et Carol, de Todd Haynes, les plus belles histoires d’amour récentes ne tiennent pas compte du sexe de leurs personnages, mais bien de leur cœur. (Offert sur Mk2 Mile End)

Avant la nuit tout est possible (Before Sunset)
de Richard Linklater (2004)

Le premier film de la série — Avant l’aube tout est possible (Before Sunrise) — avait conquis une génération entière, qui s’était mise à rêver de vivre un amour de voyage aussi fort. Neuf ans plus tard, Ethan Hawke et Julie Delpy ont repris leurs rôles dans Avant la nuit tout est possible (Before Sunset), sous la direction bienveillante de Richard Linklater. Pour ce deuxième volet qui se déroule à Paris, le réalisateur de Boyhood a eu le flair de coécrire le scénario avec ses deux vedettes. Cela permet d’entrer dans la plus grande intimité des amoureux transis, avec des dialogues très justes, parfois remplis de maladresses, dans lesquels nous pouvons facilement nous reconnaître. Incontestablement le film le plus mûr et le plus réussi de cette trilogie. (Offert sur YouTube, Google Play, iTunes, Crave et The Criterion Channel)

Roméo + Juliette
de Baz Luhrmann (1996)

Ne cherchez pas Titanic, de James Cameron, avec Leonardo DiCaprio, ou Moulin Rouge, du même Baz Luhrmann, parmi ces titres : c’est à travers le texte de l’immortel William Shakespeare que l’acteur américain et le cinéaste australien ont frôlé le sublime. Avouons que Luhrmann a eu du culot de revisiter ce classique en y intégrant des airs de la musique pop comme When Doves Cry, de Prince, tout en conservant les tirades mémorables de la version originale. De la scène du balcon jusqu’à ce Verona Beach fictif, Luhrmann transpose la guerre entre les clans Capulet et Montaigu dans les rues de Los Angeles. Cela donne une adaptation explosive et jouissive, avec un jeune DiCaprio talentueux, prêt à monter à bord du plus célèbre paquebot du monde. (Offert sur YouTube, Google Play et iTunes)

Chungking Express
de Wong Kar-wai (1994)

Si Les silences du désir (In the Mood for Love), du même Wong Kar-wai, semblait un choix plus évident pour cette liste, le cinéaste hongkongais n’a jamais été aussi libre et fougueux que dans Chungking Express. Avec une rafraîchissante créativité, tant dans la composition des plans que dans sa trame narrative, Kar-wai s’amuse à faire naître l’amour devant nos yeux. Les deux histoires qui se donnent la main brossent un fascinant portrait de la jeunesse de Hong Kong qui travaille dans les dédales de cette mégapole. Les avions miniatures et California Dreamin’, du groupe The Mamas and the Papas, qui tourne inlassablement, deviennent alors les seuls moyens de s’évader, de rêver d’un ailleurs. (Offert sur The Criterion Channel)

Nos plus belles années (The Way We Were)
de Sydney Pollack (1973)

Il y a eu bien des couples mythiques dans l’histoire du cinéma, mais en existe-t-il un plus beau que celui formé par Robert Redford et Barbra Streisand ? Dans Nos plus belles années, tout oppose les jeunes Hubbell et Katie : lui, protestant d’un milieu aisé sans véritables opinions politiques, et elle, d’origine juive et s’affirmant comme une marxiste militante. Pollack a eu la brillante idée de raconter leur vie commune en flash-back, nous préparant à leur future séparation. Ce qui frappe dans ce drame romantique, c’est l’authenticité des interprétations de Redford et de Streisand. Chacun désire chez l’autre ce qu’il n’a pas, ce qui fait de leur union une combinaison parfaite de prime abord. Mais comme l’évoque si bien la magnifique chanson du même titre chantée par Streisand, auraient-ils pu faire autrement qu’être eux-mêmes ? (Offert sur YouTube, Google Play et iTunes)

Harold et Maude
de Hal Hasby (1971)

Harold, début vingtaine, et Maude, bientôt octogénaire, se croisent pour la première fois lors d’un enterrement. De leur amitié naîtra une affection profonde, qui transcendera le temps qui passe. Cette comédie juste assez déjantée de Hal Hasby demeure encore aujourd’hui un pur délice. Hasby a parfaitement compris l’essence même de ses attachants personnages, leur laissant suffisamment de place pour qu’ils puissent se réaliser selon leur nature. Son scénario évite habilement tous les pièges et clichés, proposant de nombreux moments de surprise et de bonheur partagé. Et que dire des performances du jeune Bud Cort et de l’expérimentée Ruth Gordon, l’un apprivoisant la vie et l’autre se familiarisant avec l’arrivée de la mort. La musique joyeuse de Cat Stevens devient alors l’hymne à leur liberté, à leur inéluctable destin. (Offert sur YouTube, Google Play et iTunes)

Le chat dans le sac
de Gilles Groulx (1964)

Dans le courant de la nouvelle vague française, et en pleine expansion du mouvement du cinéma direct, Gilles Groulx a réalisé une somptueuse histoire d’amour qui tranquillement s’évapore. Au son de compositions originales du géant du jazz John Coltrane, et sous l’œil avisé de la caméra de Jean-Claude Labrecque, un jeune journaliste s’interroge sur la société québécoise, ce qui l’éloigne progressivement de sa compagne. Claude Godbout et Barbara Ulrich jouent admirablement ce couple franco-anglo, cette métaphore de nos deux grandes solitudes qui ont tant de mal à s’embrasser avec leurs différences. Groulx a nourri son récit d’une mise en scène à la fois dynamique et posée, en phase avec le rythme qu’impose la Révolution tranquille dans la vie de ces deux beaux idéalistes. (Offert sur ONF.ca)

L’éclipse
de Michelangelo Antonioni (1962)

Personne n’a mieux anticipé les relations interpersonnelles actuelles que Michelangelo Antonioni. Dans L’éclipse, nous suivons Vittoria, campée par la solaire Monica Vitti, qui quitte son amant et vit une liaison passagère avec un courtier, incarné par l’éternel Alain Delon. En élaborant sa mise en scène sur l’architecture anonyme des villes et en portant une attention particulière aux objets, Antonioni décrit avec précision l’anxiété ambiante de l’époque (avec la possibilité atomique) — tout en annonçant les nôtres (terrorisme et pandémie) — qui au sein d’un couple peut devenir une source d’incommunicabilité et de tension. L’importance du gain d’argent, cette drogue moderne à laquelle succombent tant de gens, montre le vide à combler chez plusieurs. Est-ce que l’amour peut vaincre cette peur du temps présent ? (Offert sur The Criterion Channel)

La Belle et la Bête
de Jean Cocteau (1946)

Pour tirer le plein potentiel de ce conte de fées sans fée, le poète et dramaturge Jean Cocteau a prouvé qu’il était le mieux outillé. Rarement le septième art a-t-il été aussi évocateur d’une insondable beauté. Cocteau a compris qu’il devait trouver le parfait équilibre entre la lumière et l’obscurité, entre la rêverie et une réalité fantasmée, pour que nous puissions croire à cet amour surréaliste. Dans des décors opulents ponctués d’ingénieux clairs-obscurs, tout est construit pour nous charmer et nous fasciner. Et que dire de la prestance de Jean Marais, aussi crédible en Bête, en prince que dans le rôle d’Avenant. Facile de comprendre pourquoi La Belle et la Bête de Jean Cocteau a grandement influencé les multiples versions suivantes, animées ou en prises de vues réelles. (Offert sur The Criterion Channel)

New York-Miami (It Happened One Night)
de Frank Capra (1934)

Premier film à remporter les cinq oscars principaux (meilleur film, meilleure réalisation, meilleur acteur, meilleure actrice et meilleur scénario adapté), New York-Miami (It Happened One Night) est aussi devenu le modèle d’innombrables comédies romantiques. Les personnages interprétés par Clark Gable, un journaliste à la recherche de l’histoire pour relancer sa carrière, et Claudette Colbert, une jeune héritière s’enfuyant de son père autoritaire, semblent aux antipodes. Mais tranquillement, en se côtoyant dans cet interminable trajet d’autocar les amenant à New York, ils découvriront la véritable nature de leurs sentiments. Le génie de Frank Capra réside dans le sous-texte, qui critique l’emprise des médias et le contexte sociopolitique post-Grande Dépression. Le tout illustré par la caméra juste assez vaporeuse de Joseph Walker. (Offert sur The Criterion Channel)
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Une belle liste. Pour ma part, j’aurais ajouté volontiers «Out of Africa» (Retour d’Afrique), «Annie Hall» et «Jules et Jim» (ça ne finit pas bien, je sais, mais le film est tellement fort).

Je regrette qu’on n’ait omis de de classer parmi les 10 plus beaux fils d’amour Souvenir d’Afrique de Sydney Pollack et Les Rouges de Warren Beatty