20 ans après Gaston Miron: mon entrevue de 1984

Le poète Gaston Miron est mort il y a tout juste 20 ans. En 1984, Alain Vadeboncœur l’avait rencontré pour une entrevue, que nous publions pour la première fois depuis sa parution dans le Continuum, journal étudiant de l’Université de Montréal de l’époque.

Photo: La Presse canadienne
Photo: La Presse canadienne

Sonner à la porte de Gaston Miron pour une entrevue, c’était un peu intimidant pour le jeune homme de tout juste 21 ans que j’étais alors, en septembre 1984. Je le rencontrais pour mon journal, le Continuum, où je passais parfois plus de temps que dans mon cours de médecine, à m’occuper des pages culturelles.

Mon père, l’écrivain Pierre Vadeboncœur, son bon ami, avait pourtant arrangé le rendez-vous. J’avais déjà croisé le poète à la maison, quand il venait en visite, mais rien ne me préparait à cette rencontre qui n’allait pas se dérouler comme prévu.

Gaston Miron était aimable, comme d’habitude, et nous avait gentiment introduits dans son salon, moi et un ami, Benoit Champagne, aussi de la partie. Mais il allait bientôt s’envoler pour Paris et paraissait encore plus nerveux que d’ordinaire, et plutôt fatigué.

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Je me suis présenté, j’ai déposé ma petite enregistreuse sur la table basse, je me suis assis face à lui et j’ai posé ma première question, dont je ne me souviens plus. Miron a répondu «oui»… de la tête. J’ai renchéri. Il a ajouté un mot ou deux, puis ce fut le silence.

Visiblement, il n’avait pas envie de parler, même son célèbre tic nerveux de la mâchoire compensait par une activité accrue qui n’avait rien pour me rassurer.

Nous avons continué ainsi un certain temps, puis avons mis fin à l’entrevue, décontenancés. Il n’y avait pas de quoi écrire deux paragraphes. De retour à la maison, je m’en suis ouvert à mon père, qui n’était pas content. Je l’ai vu prendre le téléphone, appeler Miron, le disputer en rigolant, puis convenir d’un nouveau rendez-vous, cette fois à la maison.

Quelques jours plus tard, le poète se présentait chez nous, un peu contrit, alors que moi, j’étais tout de même gêné de la tournure des événements, même s’il fallait bien que j’accomplisse ma mission de grand reporter.

Nous nous sommes donc assis au salon, je lui ai offert quelque chose à boire, j’ai posé l’enregistreuse sur la table, puis j’ai recommencé à lui poser une question, un peu incertain de la suite.

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Et après un silence qui m’a donné des sueurs froides, sa langue s’est déliée. On sait que le poète était alors intarissable. L’entrevue a démarré, pour deux bonnes heures qui m’ont fasciné.

Quelques jours plus tard, en octobre 1984, le texte paraissait en deux parties dans le Continuum, journal des étudiants de l’Université de Montréal.

Je le republie ici pour la première fois, à l’occasion du 20e anniversaire de la mort du poète, le 14 décembre 1996. Ah oui, Alain Michel, c’était mon «nom de journaliste» d’alors. Probablement que je ne voulais pas trop assumer celui de mon écrivain de père.

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Première partie de l’entrevue

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Seconde partie de l’entrevue

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Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal.

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Formidable! «Miron le magnifique» m’a émue. Je souhaite que ce texte soit lu par le plus grand nombre de Québécois possible, surtout par les jeunes.

Merci pour ce cadeau de Noël… ainsi tout n’avait pas été lu ni entendu, une précieuse lecture d’Avent qui laisse à croire.