Culture

Vent debout

Elisapie Isaac, que l’on a connue dans le duo Taima, fera paraître son disque There Will Be Stars le 22 septembre prochain. Petit portrait en acrostiche.

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Elisapie Isaac est née à Salluit, au Nunavik, où, l’été dernier, le mercure a grimpé à 32 °C. Du jamais-vu, à tel point que les ventilateurs et de nouveaux insectes ont fait leur apparition !

Le monde change dans le Grand Nord : les enfants quittent les ancêtres pour venir dans le Sud. «En émigrant au Québec, en 1999, j’ai apporté avec moi le message de mon grand-père : « Pour éviter de se perdre, il faut toujours regarder d’où l’on vient. »»

Il lui a fallu du courage pour partir, «comme il en faut à ceux qui restent», précise-t-elle. À Montréal, où elle a débarqué, pas de pêche à l’omble chevalier, pas de chasse au caribou, pas de collation de chair de béluga crue. Elle s’inscrit en communication, veut devenir journaliste. Mais son destin bascule quand elle rencontre le musicien Alain Auger, avec qui elle formera Taima. Le duo fait paraître, en 2004, un disque évanescent, dans une langue extraterrestre (l’inuktitut), porté par une voix aussi relaxante qu’une huile essentielle.

Sa façon de chanter, sans fioriture, proche de l’incantation, lui vient de l’enfance, quand, à l’église de son village, elle interprétait des hymnes sacrés. Depuis, la religion a fait ses malles, la voix a acquis de l’assurance et sa propriétaire a trouvé l’audace de produire un album solo.

Au générique de There Will Be Stars : 11 chansons, passant, comme les saisons, de l’anglais à l’inuktitut, de la pop au folk, avec des giclées de rock et de reggae. Un seul titre en français, mais qui compte triple : «Moi, Elsie», cadeau de Richard Desjardins, sur une musique de Pierre Lapointe.

Parmi les thèmes explorés : l’amour, le désir charnel, les voyages, les origines, bien sûr, tel un tatouage. En 2003, elle a réalisé un court métrage, Si le temps le permet, que l’on peut voir en ligne (onf.ca). Dans ce documentaire, elle pose la question : «Que reste-t-il de la fierté inuk depuis que les Blancs ont sédentarisé les Inuits et changé leurs manières de vivre et de travailler ?» Dans le film comme sur l’album, pas d’engagement ostensible, si ce n’est la quête de sens et d’authenticité.

Il faut entendre la chanteuse imiter – parfaitement – le sifflement du vent. «Avec les aurores boréales, le vent du nord est ce qui me manque le plus quand je suis à Montréal.» Où elle vit avec son conjoint – le comédien Patrice Robitaille – et leur fille, Lili Alacie, trois ans, qui baragouine l’inuktitut, mais se revendique déjà comme Inuite. Fierté en cinémascope de la maman.

En février dernier, devant sa communauté, la chanteuse aux éphélides a étrenné quelques pièces du disque à paraître. «Maintenant, je suis prête à affronter la critique québécoise avec un peu plus de détachement, parce que mon oncle a aimé mes nouvelles chansons !»

https://www.elisapie.com/