Culture

Catherine-Anne Toupin, sincèrement actrice

Cheveux blonds, feux verts, petit décolleté d’automne, voix de grande enjôleuse, Catherine-Anne Toupin dit, parce que ça paraît : « Je suis très “en amour” » (avec le comédien Antoine Bertrand). Née à Ottawa, l’actrice a grandi à Cap-Rouge, banlieue cossue de Québec. « Je viens d’une famille on ne peut plus normale, mes parents ne sont même pas divorcés et ma sœur est formidable ! » Autoportrait en trois mots : « Intello, névrosée, divertissante. »

Catherine-Anne Toupin / Photo : Jocelyn Michel
Catherine-Anne Toupin / Photo : Jocelyn Michel

Ceux qui ne la connaissent que par la télévision (Mélissa dans Les hauts et les bas de Sophie Paquin, Jeanne dans Caméra Café) ont une image fragmentée de la comédienne. Les amateurs de théâtre jouissent d’une meilleure vue sur sa palette. « On aurait demandé à mes professeurs du Conservatoire d’art dramatique de Montréal qui, dans la classe, aurait pu jouer le rôle de Mélissa, j’aurais été la dernière désignée. J’étais la tragédienne du groupe. » Même en fermant les yeux, on l’imagine mal chez Racine, tant elle est vive et blagueuse. « Je suis quelqu’un d’assez sombre, de cynique. »

Elle se soigne en écrivant sur des thématiques aussi folichonnes que la manipulation, le refoulement, les désirs. Ses pièces ont eu du succès : L’envie et À présent, cette dernière traduite en anglais, en italien et bientôt en allemand. « La fiction est la plus belle chose que l’homme a inventée pour se différencier de l’animal. »

À sa sortie du Conservatoire, en 1999, c’est le choc. « Tu découvres que personne ne veut de toi. » Pas question de jouer la statue à côté du téléphone. Avec ses amis François Létourneau et Frédéric Blanchette (eux aussi diplômés du Conservatoire et eux aussi très sollicités depuis quelque temps), elle fonde, en 2000, le Théâtre ni plus ni moins, pour se donner du travail et « raconter des histoires ».

Sur le CV de Catherine-Anne : une quinzaine de productions sur scène, des rôles secondaires – mais gratifiants – à la télé, presque rien au cinéma. « J’ai joué dans La vie secrète des gens heureux, de Stéphane Lapointe, mais mon personnage est resté sur la table de montage. »

Parfaitement bilingue, envisage-t-elle une carrière internationale ? « Ce sont les bons projets qui m’intéressent, pas la ville ou le pays où ils se réalisent. Je m’épanouis totalement au Québec. »

Dans L’espérance de vie des éoliennes, elle interprète une chimiste – rationnelle, cartésienne -, rôle plus proche de son tempérament. « Je suis beaucoup dans ma tête, toujours en train de réfléchir, d’écrire, de lire. Dès que je tente quelque chose de plus concret, comme la cuisine, c’est l’avertisseur de fumée qui me prévient que mon repas brûle dans le four. » Actrice, va !

L’espérance de vie des éoliennes, de Sébastien Harrisson, mise en scène de Frédéric Blanchette, Théâtre Jean-Duceppe, à Montréal, du 16 déc. 2009 au 6 févr. 2010, 514 842-2112.