Culture

D. Kimm : Voix libre

Poète et performeuse, D. Kimm a publié quatre recueils, réalisé deux courts métrages, gravé des disques, suscité une centaine de spectacles, inventé un tas de concepts. Inconditionnelle du mélange des disciplines, elle dirige l’organisme Les Filles électriques, qu’elle a fondé en 2001, qui produit notamment une autre de ses bonnes idées : le Festival Voix d’Amériques, fête bilingue et bigarrée consacrée au texte en direct et à l’expérimentation vocale.

D. Kimm parle du Festival Voix d'Amériques, une de ses bonnes idées
Photo : Jocelyn Michel

Pour suivre la directrice artistique dans sa recherche de voix-voies atypiques, il faut consentir à s’offrir, à pas d’heure, des spectacle­s tenus dans des salles dont on ignorait l’existence. D. Kimm est là, antenne­s dressées, tel un radar des sensibilité­s différente­s. Avec l’émerveillemen­t d’une gamine que quelque­s décennies n’ont pas émoussé. « Je voulais être écrivain, parce que je trouvais que la vie n’était pas assez intense pour tout ce que j’avais à donner. Puis, mon désir a basculé vers le spectacle. Si j’avais commenc­é plus tôt, j’aurais sans doute été rockeuse. » Comm­e Patti Smith, son idole, artiste protéiform­e s’il en est.

Marginale jusqu’au-boutiste, idéaliste et engagée, curieuse et acharnée, la libre penseus­e se résume : « J’ai besoin de me mettre en danger. » N’y voyez pas une figure de style ; côté finances, ça galère, parfois. « Sur scène, j’aime l’imperfection, ce qui déborde, la crudité. Je marche plus à la sincérit­é qu’à l’esthétique. Ces temps-ci, en danse ou en théâtre, la tendance est au trash. On veut provoquer, mais on le fait dans des petits dessous sexy. A priori, je ne suis contre rien, mais je me rends compte que j’ai du mal avec l’unanimité, le confort. »

Le confort ne menace pas son Festival Voix d’Amériques, où elle métisse artistes connus et ceux qui vont le devenir, poètes et drag-queens, intervenants communautaire­s et politiciens à la retraite, « tant qu’ils ont quelque chose à dire et que le risque les stimule ». Après John Giorno, calife de la beat generation, et Thomson Highway, dramaturg­e autochtone, D. Kimm met à la place d’honneur Ursula Rucker, Américaine issue du spoken word, de la musique urbain­e et du hip-hop. Dans le programme du festival, d’autres plaisirs : les spectacles de Fred Fortin et de Sky de Sela (sœur de Lhasa) ; les classiques Combat contre la langue de bois et Cabaret DADA – « spécial queer » cette année – ; une nouvelle série intitulée « Dans la forêt », etc. De quoi veiller tard. « Quand quelqu’un me demande à quelle heure le spectacle se termine ou combie­n de temps il dure, j’ai envie de lui conseiller d’aller se louer un DVD. » Elle est comme ça, D. Kimm, mais regardez-moi ce sourire.

Festival Voix d’Amériques, Sala Rossa et Casa del Popolo, à Montréal, du 5 au 12 févr., 514 495-1515.

Visitez également le site de l’organisme Les Filles électriques.