Culture

Isabelle Boulay : Comme ça lui  chante

Chanteuse en mouvement perpétuel, elle s’efforce chaque fois de faire plus que ce qu’elle sait faire. Sa ligne de conduite : « Rester en éveil. »

Chanteuse en mouvement perpétuel, elle s’efforce chaque fois de faire plus que c
Photo : Jocelyn Michel

Isabelle Boulay se dit anxieuse de nature, mais en cet après-midi d’été, elle est charmante, disponible et contagieuse avec son rire si profond qu’on dirait qu’il vient d’un autre monde. Et sa voix à forte personnalité, mélange de brique et de brocart, qui sait si bien enlacer. Elle nous reçoit dans son « atelier » de Pointe-Saint-Charles – un appartement, en fait, où disques, livres, carnets, souvenirs et parfums s’emmêlent. C’est ici qu’elle vient écouter le silence et la mer.

À quoi sert cet atelier ? À peindre, à écrire ?

Il sert aux débordements, à tout ce qui pourrait être encombrant pour les autres, mais qui m’est essentiel. Je suis capable de vivre en couple [son amoureux, Marc-André Chicoine, est imprésario et producteur] dans la mesure où je dispose d’un refuge pour affronter mes tourments.

Lors de notre dernière rencontre, vous m’aviez parlé de deux désirs : réaliser un disque en anglais et chanter en espagnol dans un film d’Almo­dóvar. Où cela en est-il ?

Le disque devrait se concrétiser d’ici mes 40 ans [elle a eu 38 ans le 6 juillet der­nier]. Il répond plus au besoin d’enrichir mon parcours qu’à l’ambition dévorante de percer le marché anglophone, les pays de la francophonie me tenant déjà passablement occupée. Quant à Almodóvar, je me dis qu’à force de vouloir le rencontrer je vais sûrement finir par le faire.

Vous qui voyagez beaucoup, que vous reste-t-il de Sainte-Félicité, en Gaspésie, où vous êtes née ?

Une étampe de ma nature profonde. C’est là que j’ai appris à respecter la dignité humaine et à envisager n’importe quoi, n’importe qui.

Faites-vous de l’art pour durer plus longtemps que la vie ?

Il y a, depuis la naissance de Marcus, un sentiment d’urgence plus fort qu’avant, un désir d’accomplissement qui me fait parfois aller plus vite que la musique. Ce que je veux que mon fils apprenne et retienne de moi, c’est qu’il faut prendre sa vie à bras-le-corps et avoir le courage d’aller vers son destin.

Pourquoi n’écrivez-vous pas les paroles de vos chansons, comme la majorité des chanteuses aujourd’hui ?

Écrire est un métier. J’ai la chance de chanter les auteurs que j’admire et qui expri­ment, dans leurs textes, une part de moi-même. Et puis, j’aime être une interprète. Cela dit, si jamais j’écris un jour, il n’est pas sûr que ça sera des chansons !

Est-ce par manque d’inspiration que vous avez enregistré un album de reprises [Chansons pour les mois d’hiver] ?

C’était la crise, les gens perdaient leur emploi, il y avait beaucoup de morosité. Je voulais chanter des berceuses pour les grandes personnes, pour leur apporter du réconfort. Plusieurs chansons du disque font partie de mon nouveau spectacle country-folk, Comme ça me chante.

Quand tout et tous passent à une vitesse folle, vous demeurez l’une des artistes préférées du public. Comment l’expliquez-vous ?

Je crois que les gens apprécient ma franchise et ma transparence. Mes goûts ressemblent aux leurs, je chante ce qui nous rassemble. Je vis avec l’amour du public depuis que je suis toute petite, quand je chantais dans le restaurant de mes parents. Les artistes sont des ébréchés jusqu’à ce que le public colmate leurs brèches. Quand celui-ci les approuve, l’harmonie s’installe en eux. Le regard du public, qui est beaucoup plus indulgent que celui que je pose sur moi-même, m’a aidée à me cons­truire, à devenir la femme que je suis. Longtemps, j’ai été le vilain petit canard…

Comme ça me chante, La Tulipe, à Montréal, du 19 au 21 août, 514 529-5000. Toutes les dates de spectacles : isabelleboulay.com.