Culture

Mélissa Désormeaux-Poulin : née à la télé

Mélissa Désormeaux-Poulin dégage quelque chose de normal, d’accessible. Elle a des manières franches, ajuste sa robe bustier, vous demande l’heure (elle est attendue à 19 h 30, porte d’à côté, pour une projection d’Incendies avec l’équipe du film). Sur son visage, quelque chose de doux et de buté. « Il y a des jours où je voudrais tout avoir et des jours où je trouve que j’ai tout ce que je veux. » Un métier, un compagnon, une petite Léa.

Mélissa Désormeaux-Poulin : née à la télé
Photo : Jocelyn Michel

Née en 1981 sur le Plateau « pas branché » ; mère directrice des communications, père enseignant. Elle fait ses classes à l’école Lanaudière, où le volet pédagogique s’axe sur les arts. C’est là qu’à quatre ans elle propose ses services à une agence de casting. À six ans, première pub pour une marque de céréales (voyez « Magic Crunch » dans YouTube). Un an plus tard, ça part pour de bon : Jamais deux sans toi, puis Les héritiers Duval, puis Le monde de Charlotte, puis Ramdam, puis… « J’ai grandi sur un plateau de télé, normal que je m’y sente chez moi. » Pas d’école de théâtre, mais un paquet de cours par-ci, d’ateliers par-là : 10 ans de claquettes, de hip-hop, de gumboots. « L’art, ça passe aussi par le corps. »

Quand elle parle de jeu, Mélissa n’invente pas la roue, ne fait pas l’intense. Quand elle joue, elle ne cherche pas la motivation derrière la motivation derrière la salière. Elle s’immerge dans le personnage, le dessine à coups d’intuition, de boulot, de conseils du réalisateur.

Au cinéma, quelques films déjà. Comme on est un peu snob, on lui souligne l’énorme écart entre son rôle de Gaby Roberge dans l’oubliable À vos marques… Party ! et celui de Jeanne Marwan dans Incendies, le prenant film de Denis Villeneuve, d’après la pièce de Wajdi Mouawad. Elle ne fait pas de chichi : « Pour moi, il s’agit du même travail, même si le film ne traite pas du même sujet ni ne s’adresse au même public. J’aime autant Gaby que Jeanne. » Comme elle aime Sophie, de Dédé à travers les brumes.

Dans Incendies, elle interprète une Libanaise (on lui a foncé la peau, lescheveux, les yeux) qui part sur les traces du passé de sa mère. Pourquoi Villeneuve l’a-t-il choisie ? « Peut-être parce que je ne suis pas du tout dans la séduction et que cette attitude convenait au personnage de Jeanne, complètement dépourvue de sex-appeal. » Séductrice ou pas, elle perce l’écran, met la flèche au cœur de la cible.

À l’automne, on la verra à TVA dans La promesse et à Radio-Canada dans la série fantastique Les rescapés. Manque une clé à son trousseau : le théâtre. Elle sait qu’elle y viendra. « Les metteurs en scène ont peut-être peur d’engager une autodidacte. » Pour l’heure – il est 19 h 29 -, l’autodidacte rajuste sa robe et disparaît, laissant dans le café une vibration singulière.

 

Incendies, de Denis Villeneuve, en salles le 17 sept.