Culture

Josélito Michaud : l’homme qui vous veut du bien

Josélito Michaud hésitait entre le missionnariat et le showbiz. Il est devenu confesseur public. Pourquoi les Québécois se bousculent-ils dans son train ?

Josélito Michaud : l'homme qui vous veut du bien
Photos: Mathieu Rivard

Le sifflet du train déchire l’air. L’animateur le plus empathique du Québec, Josélito Michaud, a enchaîné les entrevues tout l’après-midi dans le wagon qui sert de plateau de tournage à l’émission On prend toujours un train pour la vie, diffusée à Radio-Canada. C’est maintenant à son tour de se confier, tandis que l’Orford Express file vers Sherbrooke.

Assis à la place de l’invité, le volubile intervieweur ne se fait pas prier. « J’ai toujours été tiraillé entre le show-business et le missionnariat. J’ai trouvé ma place », dit l’animateur de 46 ans, devenu grand confesseur du gratin québécois.

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Est-ce l’ambiance feutrée et intimiste du wagon ? Josélito lui-même, qui a l’âme d’une tante bienveillante dans un corps de six pieds ? Depuis quatre ans, Gilbert Rozon, Véronique Cloutier, Denise Bombardier, la ministre Michelle Courchesne et une centaine d’autres personnalités publiques ont accepté de livrer leurs pensées les plus intimes à bord de ce train.

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Le politicien Claude Béchard y est monté moins d’un an avant que le cancer l’emporte, et Isabelle Gaston, la mère des enfants poignardés à mort par le cardiologue Guy Turcotte, y a accordé sa seule entrevue. Diffusée durant la saison estivale, dans la case horaire de la grand-messe télévisuelle québécoise, le dimanche à 21 h, l’émission obtient des cotes d’écoute qui frôlent les trois quarts de million de téléspectateurs.

Un succès révélateur de notre époque, estime l’anthropologue Luce Des Aulniers, professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) : d’un côté, des invités prêts à exposer leur vie intime ; de l’autre, des téléspectateurs en perte de repères sur la question du deuil, avides d’entendre leurs histoires.

Comme intermédiaire, un intervieweur parodié plus souvent qu’à son tour. Tout ce que ses détracteurs lui reprochent est concentré dans les carica­tures décapantes qu’en a faites Marc Labrèche : son style maniéré, son allure excentrique, ses bou­cles indisciplinées, ses trop-pleins d’émotion.

Le principal intéressé ne le sait que trop bien. En avril dernier, à l’émission Le verdict, animée par Véronique Cloutier, il s’est soumis au jugement populaire en prenant connaissance, devant public, des résultats d’un sondage CROP à son sujet : 32 % des sondés trouvent qu’il cherche trop le drame et 43 % n’aiment pas son look. « Je suis désolé ! » s’est-il esclaffé, bon joueur.

Il choisit désormais des vêtements sobres… aujourd’hui assortis de chaussures de sport blanches à la semelle bleu électrique. « Je ne suis pas comme les autres, dit-il posément. Ni mieux ni pire, mais différent. J’ai longtemps cru que c’était une mauvaise chose, mais c’est devenu une « marque de commerce ». J’assume ce que je suis. »

Son teint bronzé lui vient de son père, un Panaméen exilé à New York, aujourd’hui décédé, qu’il n’a jamais vu. Sa mère, une Québécoise, l’a donné en adoption dès sa naissance, en 1965. Il passe les premières années de sa vie dans un orphelinat et des familles d’accueil, avant d’être adopté par des Michaud de Matane, à l’âge de cinq ans.

C’est pour affronter ses propres démons que, des décennies plus tard, Josélito Michaud se met à dévorer des tonnes d’ouvrages sur le deuil et qu’il décide d’ajouter sa petite pierre. En 2005, il con­vainc 22 personnalités, dont Marie-France Bazzo, Luc Plamondon et Bernard Landry, de lui raconter comment ils ont vécu leurs propres épreuves, qu’il s’agisse de la perte d’un être cher ou de la fin d’une carrière. Ce recueil de récits poignants, publié en 2006 à Libre Expression sous le titre Passages obligés, connaît un succès retentissant. Au Salon du livre de Montréal, cette année-là, des centaines de personnes attendent en file pendant des heures pour parler à Josélito, comme à un frère André du 21e siècle. Vendu à 84 000 exemplaires, le livre a été réimprimé… huit fois !

Josélito Michaud vient de trouver tout un filon, mais assure ne pas l’avoir cherché. « Les choses qui ont le mieux marché dans ma vie sont celles où il y a eu une part d’innocence », confie-t-il.

Passages obligés n’était même pas encore sorti des presses quand l’idée d’en faire une série télévisée s’est imposée à lui au cours d’un dîner avec son amie Dominique Chaloult, alors directrice du secteur Culture et variétés à Radio-Canada. « Je tenais à voir ces histoires à la télé, dit-il. Il y a quelque chose de religieux dans le fait de regarder la télévision, quand on le fait intelligemment. C’est un rituel, un cérémonial. »

Il ne croit pas si bien dire. « Dans notre société, les endeuillés ont peu de place pour exprimer leur tristesse, souligne la psychologue Johanne de Montigny, spécialiste du deuil au Service des soins palliatifs de l’Hôpital général de Montréal. Aujourd’hui, on vit rapidement, on fait des funérailles rapidement, et il faut faire ses deuils rapidement, comme tout le reste. » Son bureau ne désemplit pas d’âmes en peine, dont les deuils se prolongent, parce que des étapes cruciales en ont été escamotées. Elle ne s’étonne pas du succès de l’émission : « Les gens pleurent devant la télé à défaut de pouvoir le faire ailleurs. Ils cherchent des réponses dans les histoires des autres, s’approprient le deuil de l’autre pour pouvoir pleurer le leur. Certains y puisent beaucoup de courage. »

Tout un changement de registre pour l’intervieweur, qui s’était jusque-là illustré à titre d’agent d’Isabelle Boulay et du duo comique Les Grandes Gueules, de directeur de la première mouture de Star Académie, d’animateur à la radio (Rock Détente) et d’un talk-show à la télé (Devine qui vient ce soir, à TVA). « Ma trajectoire a changé à partir de Passages obligés, dit-il. Les gens ne me regardent plus de la même façon, autant dans le milieu artistique que dans le grand public. »

Une sortie en sa compagnie suffit pour s’en convaincre. Les gens l’abordent comme si c’était un ami, le félicitent pour son livre ou sa dernière entrevue et lui racontent leur drame personnel sans autre forme de préambule. Chaleureux, Josélito écoute patiemment, distribue les mots gentils comme un curé rassure ses ouailles.

Et ça dure toute la soirée. Une dame en robe noire, un monsieur âgé, un couple dans la tren­taine, ils se succèdent à la table d’honneur de la chic salle de Terrebonne où se déroule le souper-bénéfice de la maison de soins palliatifs Adhémar-Dion, dont Josélito est président d’honneur. « Les premières années, c’étaient surtout des femmes qui venaient me voir, me glisse-t-il. Maintenant, il y a 50 % d’hommes, de tous les âges. »

« Vous nous faites prendre conscience qu’il faut profiter des beaux moments de la vie », ose un timide trentenaire en cravate. Josélito donne l’exemple : il déguste son plat avec gourmandise, demande un deuxième service et fait venir le chef pour le féliciter. Au moment des enchères, excité comme un gamin, il fait grimper jusqu’à 6 000 dollars le prix d’un tableau, qu’il acquiert pour aussitôt l’offrir à son amie et bras droit, Shantal Bourdelais. Quand il est chez lui, il aime bien se verser à l’occasion un verre de cognac « pour célébrer la vie », et il s’est acheté une BMW « pour le plaisir de la conduite ».

« C’est beaucoup grâce à Josélito que l’on parle publiquement de deuil, maintenant », estime sa femme et complice, Véronique Béliveau. Ils se sont rencontrés il y a 17 ans, lorsqu’elle était chanteuse ; elle est aujourd’hui de toutes ses entre­prises, à titre de chef recherchiste. « Au début de son projet de livre, quand j’appelais les gens pour les inviter à parler de leur deuil, c’était pire que si je leur parlais de leurs relations sexuelles ! C’est un sujet très intime, dit-elle. Mais Josélito avait fait la preuve, à Rock Détente, qu’il était un intervieweur très respectueux. » Elle a essuyé très peu de refus.

Accepter l’invitation de Josélito fait probablement partie d’un cheminement fort important pour certains invités, avance la psychologue Johanne de Montigny. « Une personne en deuil a envie de parler du disparu. » Le ministre Claude Béchard, par exemple, a choisi On prend toujours un train pour la vie pour parler publiquement du suicide de son frère. Bernard Landry et sa conjointe, Chantal Renaud, ont pour leur part accepté de témoigner dans Passages obligés (lui du décès de sa première épouse, elle du suicide de son fils), dans l’espoir d’aider des gens ayant vécu une situation analogue. « Josélito Michaud nous a semblé un humaniste sincère et nous nous sommes sentis solidaires de son œuvre », dit l’ancien premier ministre.

Notre époque s’avère propice à ce genre d’épanchements, souligne l’anthropologue Luce Des Aulniers, à la fois spécialiste du deuil et analyste des médias – elle a fondé le programme d’études supérieures interdisciplinaires sur la mort, à l’UQAM, et enseigne au Département de communication sociale et publique. « C’est dans l’air du temps de mettre son cœur saignant sur la table. L’émotion est devenue un passe-partout du spectromètre du succès médiatique, explique-t-elle. Il faut émouvoir, tirer une larme. Et pour cela, il faut exposer des zones plus ou moins secrètes de sa vie, ce qui donne au spectateur l’impression d’être un interlocuteur privilégié. »

Elle voit là un début d’explication au fait que les invités se bousculent au portillon du train : « S’expo­ser, c’est aspirer à une forme de succès, c’est vivre à travers le regard des autres. »

Certains auraient même tenté d’utiliser ce moyen pour augmenter leur capital de sympathie. Josélito Michaud a reçu des appels de personnalités – il est trop gentil pour les nommer – qui voulaient s’inviter à bord. Il a poliment refusé.

À la fois au four et au moulin, Josélito Michaud est le concepteur, l’animateur et le coproducteur d’On prend toujours un train pour la vie. Radio-Canada fournit l’équipe technique et l’équipe­ment, lui prend en charge la recherche et l’accueil des invités, avec son équipe des Productions Minh Thao, dont il est l’unique propriétaire – Minh et Thao sont les prénoms vietnamiens des enfants que Véronique et lui ont adoptés et rebaptisés Antoine et Yasmeena, aujourd’hui âgés de 10 et 9 ans.

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Au moment de signer un contrat, que personne ne s’avise de marcher sur les pieds de Josélito Michaud. « C’est à la fois un artiste et un excellent homme d’affaires. C’est rare. Il sait négocier », dit Dominique Chaloult. « Ce n’est pas l’argent qui est le plus important pour moi, précise Josélito. Je peux dire non à beaucoup d’argent si le projet ne me convient pas. » Il défend ses idées avec conviction et arrive très souvent à ses fins.

Lorsqu’il négociait avec Radio-Canada la diffusion de la quatrième saison, il a accepté de signer à la condition de pouvoir en faire une cinquième où il n’inviterait que des « inconnus d’exception ». Les entretiens qu’il enregistre en ce magnifique jour de septembre seront diffusés l’été prochain, au cours de cette ultime saison de la série.

Les invités du jour viennent de monter dans le train : un ex-toxicomane, une riche héritière qui distribue sa fortune aux itinérants, une survivante du tsunami qui a frappé les côtes de la Thaïlande, en 2004, et une jeune femme témoin de l’effondrement des tours du World Trade Center. « Ce sont toutes de grandes histoires de résilience, qui montrent les forces insoupçonnées de l’être humain. Tous ces gens s’en sont sortis et disent même parfois merci à la vie de leur avoir fait subir ces épreuves, parce qu’ils en ressortent grandis. Je tenais à leur rendre hommage », dit Josélito.

Si elle reconnaît le caractère édifiant de l’entreprise, l’anthropologue Luce Des Aulniers s’inquiète néanmoins de l’effet de ces modèles sur certains téléspectateurs, qui s’identifient à ces vedettes et à ces héros du quotidien. « On est dans une idéologie de la performance, on n’a plus la possibilité de ne pas « s’en sortir » ou de vivre autrement qu’avec ces fameux modèles de croissance. C’est une vision idéalisée qui a peu à voir avec le deuil lui-même, un travail psychique silencieux et lent qui ne dépend pas seulement de notre bonne volonté », souligne-t-elle.

Une fois la télévision éteinte, la personne se retrouve seule, dans les méandres de son propre chagrin, qu’elle n’a pas appris à sonder… et a besoin d’autres belles his­toires pour vivre un soulagement par procuration. « Mais cela ne l’aide pas forcément à réparer ses blessures à partir de son vécu et de sa sensibilité propres. Il y a de multiples manières de composer avec le deuil, et celles-ci sont aussi déterminées par la culture », dit l’anthropologue.

« L’émission n’a pas de prétention thérapeu­tique, se défend Josélito Michaud. Nous nous assurons de présenter, par l’intermédiaire de nos différents invités, tous les aspects du processus du deuil : le déni, la colère, la tristesse et le sentiment qu’on ne s’en sortira jamais. Le général Dallaire nous a révélé qu’il ne se pardonnerait jamais le génocide au Rwanda. Charles Dubois, un caméraman qui a perdu une jambe en Afghanistan, a confié qu’il ne savait pas comment il ferait pour s’en sortir. »

Soucieux que les gens puissent se reconnaître dans les invités, Josélito Michaud a tenu à élargir le deuil de façon à l’appliquer à de multiples pertes : deuil de la santé, deuil de l’enfant parfait quand celui qui naît est handicapé, deuil de l’identité.

Alors que l’Orford Express se met en marche, Josélito met en confiance ses invités. Chacun leur tour, ils iront s’asseoir avec lui dans la voiture lounge, transformée en plateau de télévision par les bons soins de l’équipe technique. Au moment du tournage, les trois caméramans se fondent dans le décor. Le reste de l’équipe s’éclipse dans les autres wagons.

« L’endroit est plus propice aux confidences qu’un plateau ordinaire », constate le comédien Luc Picard, invité l’été dernier pour un entretien qui a porté non seulement sur la perte de son ami le cinéaste Pierre Falardeau et l’incendie de sa maison, mais aussi sur les émotions magnifiques qui lui sont venues avec la paternité. « On ne se sent pas encerclé, on peut regarder le paysage qui défile dehors. On sent aussi que l’inté­rêt de Josélito pour l’être humain est plus grand que celui de faire un bon show », dit-il. « Il a une vraie écoute, renchérit Dominique Chaloult. Quand il demande à quelqu’un comment ça va, il écoute vraiment la réponse. »

Dans le train, l’animateur à la mémoire éléphantesque n’a aucune note et ne prépare aucune question à l’avance. Il lit des pages et des pages de recherche sur son invité, garde tout en tête et carbure à l’intuition. « Face à l’invité, je suis comme une radio qu’on syntonise. Je perçois tout ce qui n’est pas dit, par le regard, par la posture. Je sais jusqu’où je peux aller dans mes questions. »

Une fois la caméra éteinte, il s’assure que l’invité ne regrette rien de son témoignage. Il a déjà accepté de faire des coupes dans des confessions au montage. « J’ai longtemps été manager, je suis habitué à mettre les autres en valeur », explique-t-il. Voilà probablement une autre raison pour laquelle autant de gens acceptent de lui révéler leurs pensées intimes devant la caméra : il ne met personne en boîte.

Inutile de lui chercher des ennemis dans la communauté artistique, il ne semble pas en avoir. Enfant, il a vite compris qu’il valait mieux être gentil pour être aimé… et peut-être adopté.

« Heureusement pour lui, c’est en train de changer, dit Véronique Béliveau. Il en faisait trop ! » Il est d’une extrême rigueur et travaille jusqu’à ce qu’il ait l’impression d’être allé au bout de l’affaire, ajoute-t-elle. En salle de montage, alors que monteurs et réalisateur le félicitent du résultat obtenu, il remet son ouvrage vingt fois sur le métier. Le lendemain, il peut apporter des bouteilles de vin à tous les membres de son équipe pour les remercier d’avoir travaillé tard la veille.

« Si j’ai une force, c’est de sentir ce qui va marcher ou pas », affirme Josélito. Agent d’artistes, il savait quelles chansons deviendraient des succès ; producteur de télé et auteur, il a du flair pour les concepts qui cartonnent. « C’est lui qui a trouvé le titre de Passages obligés ainsi que le photographe dont les clichés illustrent le livre, deux choses dont les éditeurs peuvent habituellement se vanter », dit son éditeur, André Bastien.

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Les rails de voie ferrée qui illustrent la cou­verture du livre ont inspiré Josélito. Lorsqu’il propose à Radio-Canada de tourner sa série dans un train, c’est qu’il est persuadé que c’est la meilleure façon de mettre en images les grands mouvements intérieurs. Coup de chance, il apprend que le prêtre qui a béni son mariage et baptisé ses enfants, Donald Thompson, prêtre séculier qui n’a pas fait vœu de pauvreté, est copropriétaire de l’Orford Express, un train pour touristes en Estrie ! Celui-ci est également un habitué des médias – il a animé Évangélisation 2000, sur les ondes de TVA. Il accepte à la fois de louer son train deux jours par semaine, d’août à octobre, et de participer à l’aventure. Chef de train élégant, il revêt son uniforme et sa casquette pour accueillir les invités à bord.

Tout le monde y trouve son compte : Radio-Canada loue l’Orford Express et l’Orford Express commandite l’émission. Ce train est maintenant connu d’un bout à l’autre du Québec. Les passagers qui font l’aller-retour entre Sherbrooke et Eastman demandent à s’asseoir « à la place de Josélito », autographiée par lui. Longtemps dans l’ombre, il assure qu’il n’en demandait pas tant… mais prend un plaisir évident à regarder les gens qui le saluent lorsque le train entre en gare, à Sherbrooke.

Recteur de la cathédrale Saint-Michel, à Sherbrooke, et ancien aumônier de prison, Donald Thompson ne laisse jamais descendre les invités sans un petit « debriefing » quand l’entrevue a fait jaillir des émotions fortes. « C’est de la vraie téléréalité, sans glamour et sans indécence », dit-il.

Ces derniers mois, c’est Josélito lui-même qui a vécu sa part d’émotions. Line, sa sœur adoptive, est décédée en juin. Un mauvais coup du destin pour celui qui venait de faire la paix avec son passé en signant Dans mes yeux à moi (Libre Expression), récit à la frontière de la fiction et de la réalité, qui raconte au « je » l’histoire d’un petit garçon abandonné. Monsieur Deuil a pris l’épreuve à bras-le-corps : il a annulé tous ses rendez-vous pour deux mois. Il s’est retiré chez lui, dans sa maison de pierre ancestrale posée dans un écrin de végétation luxuriante, à Boucherville. Puis, il a laissé place à son chagrin.

Il n’a pas fini son deuil, mais a repris le collier. Il a, comme toujours, six ou sept projets sur le feu. « Je ne veux pas qu’un diffuseur ou un décideur me dise : « Tu ne fais pas partie de nos plans cette année » et que ma vie s’écroule. Pour moi, un refus, c’est comme un abandon », dit-il. Heureusement que la pragmatique Shantal Bourdelais, sa complice, est là pour tempérer ses ardeurs. « Les idées bourgeonnent dans sa tête et il voudrait tout faire. Je suis celle qui lui rappelle : « Josélito, tout ça ne peut tenir dans ton horaire ! » »

Ça surchauffe parfois au bureau des Productions Minh Thao, aménagé dans le pavillon d’invités, à dix petits pas de la maison, au bout d’un chemin de pierres. Josélito souhaite exporter le concept du train en France, il mijote un autre projet d’émission hebdomadaire et planche déjà sur l’adaptation télévisuelle de Dans mes yeux à moi. Il termine le montage de la série Un train pour Noël, version joyeuse et nostalgique de l’émission, dans laquelle les invités racontent leurs souvenirs d’enfance, qui sera diffusée à l’approche des Fêtes. Il fait aussi la tournée des salons du livre (à Québec, en avril dernier, seule Kim Thúy pouvait rivaliser de popularité avec lui) et se permet une heure et demie de pure légèreté chaque semaine en remplaçant Véronique Cloutier le vendredi midi à Rythme FM. Il ne dirait pas non à un projet de magazine, lui qui a déjà dirigé Le Lundi. Pour se calmer, il médite, cite les penseurs bouddhistes et fait une cure aux jus détoxifiants à l’occasion.

Il n’y a qu’une chose qu’il ne refera plus : c’est prendre sous son aile un artiste. Le mystère plane d’ailleurs toujours sur les circonstances entourant la fin de sa collaboration avec Isabelle Boulay, tous deux ayant signé une entente de confidentialité à ce sujet.

À le voir porter les casquettes de producteur, d’animateur et d’auteur, on jurerait qu’il tente de marcher sur les traces de son idole, Oprah Winfrey, qui a surmonté des épreuves avant de devenir la reine de la confession publique à la télé américaine.

« Je l’admire, parce qu’elle a ouvert des cons­ciences. Sans être comme elle, j’aimerais faire un show à la Oprah », reconnaît-il.

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Josélito trace son propre chemin, affirme la productrice Dominique Chaloult. « Il est unique. Il a un style unique, une façon unique d’aborder les gens. Il ne fait pas du Oprah. Il fait du Josélito. » C’est à prendre ou à laisser.