Culture

Maxim Gaudette : lumière intérieure

Le jeu de cet acteur discret, vaillant à l’ouvrage, associe sincérité, minimalisme, force intérieure. À la fois beau et ébréché, mâle et sensible, pas tout à fait rétabli d’une rupture amoureuse, Maxim Gaudette, 37 ans, traîne sur son corps une dramaturgie et sur son visage une mélancolie qui percutent le spectateur. Peu de comédie dans son bagage. «Par pudeur, sans doute, peur de me lâcher.»

Mais dans le drame, il ne donne pas sa place. Au théâtre, il a joué le suicidaire Treplev dans La mouette, de Tchekhov, le meurtrier Raskolnikov dans Crime et châtiment, de Dostoïevski?; au cinéma, le tueur Marc Lépine (prix Génie et Jutra de la meilleure interprétation) dans Polytechnique, de Denis Villeneuve, pour lequel il a aussi incarné Simon Marwan dans Incendies. À la télé, on l’a vu dans Virginie, Lance et compte, L’auberge du chien noir, Les rescapés (deuxième saison en ondes à Radio-Canada, dès le 1er février).

Maxime Gaudette
Maxim Gaudette - Photo : Jocelyn Michel

 

Après une fin d’adolescence «un peu perdue», Gaudette quitte Rock Forest, dans la banlieue de Sherbrooke, pour le cégep de Saint-Laurent, à Montréal, où il découvre l’art, la vie et un ami, le comédien Maxime Denommée (Aveux). Il obtient son diplôme du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 1997. Quinze ans déjà?? Bilan?: «Je ne m’attendais pas à jouer autant de personnages tourmentés.» Quand, justement, on lui demande quel personnage il aimerait interpréter, il répond par une pirouette?: «Celui qu’on m’a offert ou… m’offrira.»

Passionné de musique, à l’occasion disc-jockey dans un bar, il a auditionné pour le rôle du DJ dans Café de Flore, finalement dévolu à Kevin Parent. Aucune amertume chez Maxim. «Je n’ai pas de plan de carrière. Parfois, je me dis qu’il faudrait que j’aie une vision d’ensemble. Sinon, tout va s’écrouler.» Regardé de l’extérieur, le parcours semble cohérent, façonné ces temps-ci par son rôle de papa de deux jeunes enfants. «Je crois être un bon père, qui se met sans doute trop de pression. Il faut dire que je dramatise tout — une vieille habitude chez moi?!»

Il travaille pour la première fois avec la metteure en scène Brigitte Haentjens, qui l’emmène, avec une vingtaine de comédiens, dans L’opéra de quat’sous, de Brecht et Weill. «Je n’ai pas une grande voix, mais une bonne oreille.» Ceux qui l’ont entendu chanter dans Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent savent l’émotion qu’il peut susciter. Et vous ne l’avez pas vu danser…

L’opéra de quat’sous, Usine C, à Montréal, du 24 janv. au 11 févr., 514 521-4493?;
Théâtre français du Centre national des Arts, à Ottawa, du 28 févr. au 3 mars, 613 755-1111.
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