Culture

Les RIDM à la découverte d’un instrument méconnu : les ondes Martenot

Connaissez-vous les ondes Martenot ? Ancêtre du synthétiseur, cet instrument électronique aussi unique que méconnu peut produire un son proche de la voix humaine, mais une voix d’un autre monde.

«J’en joue parce que je ne sais pas chanter», lance d’ailleurs Jonny Greenwood dans le documentaire Le chant des ondes. Mais avant de vous parler de ce film, qui sera présenté en première au RIDM, petit cours rapide d’Ondes Martenot :

Inventé par le Français Maurice Martenot en 1928, les ondes se jouent en promenant son doigt le long d’un fil pour régler la hauteur du son, ou en utilisant le clavier. Contrairement aux autres instruments à clavier, l’ondiste peut alors produire un vibrato en bougeant son doigt. Comme ceci :

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Remarquez, vers 1:15, le bouton à la gauche de l’instrument. Il s’agit de la touche de volume. Si l’ondiste n’appuie pas, rien ne se passe. Plus il enfonce la touche, plus le volume est fort. Trois amplificateurs, appelés diffuseurs, permettent de changer le timbre de l’instrument.

Parmi les compositeurs qui ont adoptés les ondes, le Français Olivier Messiaen est peut-être celui qui a le plus donné ses lettres de noblesse à l’instrument.

Si vous pensez n’avoir jamais entendu cet instrument auparavant, détrompez-vous : on en trouve dans Ne me quitte pas de Jacques Brel, dans la dernière pièce de Et si on avait besoin d’une cinquième saison d’Harmonium, et Beau Dommage l’a utilisé sur son album Où est passée la noce?.

Plus récemment, les rockeurs britanniques de Radiohead ont ramené les Ondes Martenot au centre de certains de leurs arrangements. Comme lors d’une prestation à la télé française, où le guitariste et ondiste Johnny Greenwood s’est entouré de deux autres ondistes. (Les impatients peuvent tout de suite sauter à 2 minutes et demi.)

Dans son film Le chant des ondes, la réalisatrice Caroline Martel, nous parle du passé, du présent et de l’avenir incer­tain de l’instrument.

De 1928 à sa mort, en 1980, l’inventeur français Maurice Martenot a fabriqué près de 300 ondes. Toutes sont différentes, Martenot ayant passé sa vie à affiner sa création. Pour les ondistes, c’est ce côté artisanal qui rend l’instrument supérieur aux autres synthétiseurs, en donnant une voix propre à chaque appareil. C’est aussi ce qui pourrait causer sa perte.

Un exemple parmi tant d’autres?: son fonctionnement dépend d’une poudre qui conduit l’électricité, mais personne ne sait exactement ce qu’elle contient. La recette approximative est gravée dans le couvercle d’une vieille boîte, rangée dans le fouillis de la maison du fils de Maurice Martenot. Il faut le voir, lunettes sur le bout du nez, tenter de reproduire le mélange pour comprendre que nous sommes devant le panda géant des instruments?: si rien n’est fait, les ondes Martenot pourraient bien ne plus exister dans une ou deux générations.

Le chant des ondes compte quelques longueurs, mais la qualité des personnes qui y interviennent en fait peut-être «le» document de référence, tant pour les passionnés des ondes Martenot que pour ceux qui voudraient les découvrir. Et découvrir les ondes, c’est tomber sous leur charme.

Le chant des ondes?: sur la piste de Maurice Martenot, en première mondiale aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, les 8 et 13 novembre.