Culture

Une dernière chance : les réfugiés de l’homophobie

Jamaïque, Liban, Egypte, Colombie… On n’a pas assez de ses deux mains pour compter les pays où être homosexuel équivaut pratiquement à une condamnation à mort. Cette réalité, inconnue de la plupart des gais et lesbiennes au Québec, nous est exposée sans détour dans Une dernière chance, un documentaire-choc de l’Acadien Paul Émile d’Entremont.

Le cinéaste a trimballé sa caméra sur plusieurs continents pour suivre pas à pas les démarches de cinq demandeurs d’asile, déterminés à refaire leur vie au Canada.

Il y a d’abord la Jamaïcaine Trudi, battue et violée à plusieurs reprise dans son pays. Là-bas, on pratique le viol de correction, c’est-à-dire le viol pour corriger les lesbienne de leur déviance et les ramener dans le droit chemin.

Il y aussi Jennifer, autrefois connue sous le nom de Charlie. Transexuelle, Jennifer est la honte de sa famille. Le témoignage poignant de sa mère ne permet qu’une seule conclusion : le fossé qui s’est creusé entre Jennifer et les siens est large et profond comme l’Atlantique. Pour cette famille, l’exil de Charlie est une bénédiction.

Viennent ensuite Carlos, Alvaro et Zaki, respectivement de la Colombie, du Nicaragua et de l’Égypte. Zaki, en attente de sa citoyenneté, a été emprisonné et torturé pour délit d’homosexualité en Égypte. Il refait difficilement sa vie à Montréal. Sa famille lui manque, il souffre de solitude, mais il sait qu’il doit faire une croix sur l’Égype.

D’Entremont s’attarde à la nouvelle vie que ces réfugiés, tous en attente que leur statut soit régularisé, construisent au Canada. Les espoirs qu’ils mettent dans la générosité de leur terre d’accueil fait réfléchir sur nos propres conditions de vie ici. On voit comment ces malheureux s’y prennent pour convaincre les agents d’immigration qu’ils sont bel et bien homosexuels, et avec quelle application ils révisent, avec leur avocat, les moindres détails de ce qu’ils diront devant ces agents, sources d’une véritable terreur pour certains.

D’Entremont écorche au passage les nouvelles politiques mises de l’avant par le gouvernement Harper qui, par toutes sortes de moyens, complique les choses pour les demandeurs d’asile, toutes orientations sexuelles confondues. Les agents d’immigration, aux prises avec leurs propres préjugés sur qui est gai ou pas, reçoivent aussi un camouflet de la part des avocats que le cinéaste a rencontrés.

Monté comme un film à suspense, Une dernière chance exploite la tension vécue par les demandeurs d’asile, jusqu’à la conclusion finale : soit l’acceptation ou le rejet de leur demande. Un des protagonistes (je ne vous dis pas qui) devra retourner dans son pays.

Il aurait été intéressant, et pertinent, que Paul Émile d’Entremont suive cette personne à son retour au pays qu’il avait laissé derrière. Question de voir comment elle allait réintégrer son milieu et sa famille après plusieurs années passées à l’étranger.

Le film est présenté gratuitement les 7, 8 et 9 décembre sur le site web de l’ONF.