Culture

Le rêve olympique du rugby canadien

L’équipe féminine de rugby à 7 du Canada est l’une des meilleures du monde. À Rio, en 2016, ce sport sera olympique. Un rêve pour les filles de cette équipe, qui compte plusieurs Québécoises. Mais pour l’heure, c’est le championnat du monde en Russie, fin juin, qu’elles visent ! 

Sur la pelouse du stade qui a vu les exploits de l’équipe de football Rouge et Or de l’Université Laval, l’équipe féminine de rugby à 15 de l’université affronte celle de Concordia, pour la finale de la ligue universitaire. Malgré la fraîcheur annonciatrice de l’hiver, la température monte sur le terrain. Les plaquages ont beau être interdits au-dessus des épaules, les chocs sont durs ! Avec pour seule armure leur protège-dents et des protections souples qu’elles portent aux épaules et à la poitrine — auxquels s’ajoute parfois un casque mou —, les filles jouent des coudes pour se débarrasser de leurs adversaires, qui leur collent aux baskets à crampons.

L’arbitre siffle un arrêt du jeu, freinant net l’enthousiasme des spectateurs : une joueuse du Rouge et Or a fait une passe vers l’avant, ce qui est interdit — elles se font de côté ou vers l’arrière avec la main, dans toutes les directions avec le pied. Le ballon, à peine plus gros qu’une «ogive» de football, est remis en jeu dans une «mêlée». Vu des gradins, on dirait un caucus avec huit filles de chaque camp qui se battent pour gagner du terrain ! Une joueuse de Concordia finit par extraire le ballon de cette drôle de tortue qui s’agite dans tous les sens et fait une passe à une coéquipière, qui s’élance comme un lièvre vers le but, écartant au passage, à la force des bras, plusieurs adversaires. Pas pour rien que les Anglais qualifient le rugby de «sport de voyous joué par des gentlemen» !

Photo : Pierre Bonenfant/Rouge et or Québec
Photo : Pierre Bonenfant/Rouge et or Québec

Au terme de deux périodes de 40 minutes, de passes du pied mais surtout de la main, les filles de Québec auront réussi à porter le ballon quatre fois dans l’en-but (zone des buts). Les Montréalaises l’emportent toutefois par un cheveu, 35-34. Un score de football et des règles semblables à celles du football, mais avec à peine plus de protection qu’au soccer !

«Le rugby féminin, qui a connu un essor très important au Québec ces dernières années, c’est un peu devenu le football des filles», dit Geneviève Thibault, 25 ans, joueuse des lignes arrière pour le Rouge et Or, qui a participé à un tournoi avec l’équipe nationale de rugby à 7 à la fin novembre, à Dubai.

Si le rugby à 15 contre 15 est le plus pratiqué dans le monde, c’est le rugby à 7 qui devient sport olympique à Rio, en 2016.

L’épreuve à 15 avait quitté les JO en 1924, après une finale opposant la France aux États-Unis jugée trop violente. Elle n’y est pas revenue pour une raison simple : impossible d’organiser un tournoi sur 15 jours, les joueurs doivent récupérer entre les matchs — preuve, s’il en est, qu’il s’agit d’un sport exigeant ! La Coupe du monde de rugby à 15, par exemple, qui se tient tous les quatre ans, dure un mois et demi…

Tout comme sa coéquipière du Rouge et Or Karen Paquin, Geneviève Thibault espère faire encore partie de l’élite canadienne en 2016. Car le niveau est très relevé au sein de l’équipe du Canada, considérée comme l’une des meilleures au monde.

«Les Jeux olympiques, ça suscite de très beaux espoirs, mais pour l’instant, c’est un rêve plus qu’un objectif», souligne Karen Paquin, diplômée en génie chimique de l’Université Laval, qui aura 29 ans en 2016… Elle est venue au rugby à 14 ans, parce que son entraîneur de volleyball de l’époque la trouvait «agressive».

Photo : Pierre Bonenfant/Rouge et or Québec
Photo : Pierre Bonenfant/Rouge et or Québec
Les Jeux olympiques font rêver bien des filles de la ligue universitaire de rugby, comme Geneviève Thibault, plaquée par une joueuse de Concordia sur la photo ci-dessus.

Geneviève Thibault, elle, a connu un parcours différent. Étudiante en génie des eaux à l’Université Laval, plusieurs fois médaillée sur la scène nationale en athlétisme au 100 mètres et au 60 mètres en salle, elle a été invitée par l’entraîneur de l’équipe universitaire de rugby, intéressé par sa vitesse.

Le rugby à 7 est une variante encore plus spectaculaire du rugby à 15. On marque des essais (cinq points), et après un essai réussi, on botte des transformations (deux points). Les coups de pied de pénalité (trois points), par lesquels le ballon doit passer entre les poteaux, sanctionnent une faute adverse.

Même si le rugby évolue dans l’ombre médiatique au Canada, ce sport de contact et de stratégie gagne en popularité depuis une dizaine d’années, grâce à des efforts de promotion. On compte au Québec 2 610 joueurs, dont 45 % de femmes, répartis dans 23 clubs de ligues régionales. Actuellement, près de 4 000 jeunes pratiquent ce sport dans les écoles du Québec. Un chiffre qui augmente chaque année.

Karen Paquin participe, avec les autres Québécoises de l’équipe canadienne — Elissa Alarie, Julianne Zussman, Bianca Farella et Magali Harvey —, aux étapes de la toute nouvelle série mondiale féminine de rugby à 7, où le Canada figure parmi les équipes favorites. Prochaine étape : Guanzhou, en Chine, les 30 et 31 mars.

Les filles s’entraînent depuis quelques mois à Victoria, en Colombie-Britannique, au centre national d’entraînement, pour se préparer au Championnat du monde, qui se déroulera en Russie à la fin juin 2013. Le Canada avait fini deuxième au dernier Championnat, à Dubaï, en 2009, battu par l’Angleterre en finale.

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1 200 : Nombre de joueuses qui font partie de l’une des 23 ligues de rugby du Québec.

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N° 1 ? Il n’existe pas encore de classement pour le rugby à 7. L’équipe féminine du Canada est considérée comme l’une des meilleures au monde, avec la Nouvelle-Zélande, l’Espagne, l’Afrique du Sud, la France et les États-Unis. L’équipe masculine, qui compte aussi plusieurs Québécois, figure parmi les 10 meilleures au monde.