Culture

Littérature : 10 ans de combat

La victoire d’un livre au concours Canada Reads, de la CBC, fait doubler les ventes. En français, la formule fait moins sonner la caisse.

Un livre peut-il en «battre» un autre ? L’idée en a choqué plus d’un, en 2004, lorsque Marie-France Bazzo — alors animatrice d’Indicatif présent, à la Première Chaîne de Radio-Canada — a inauguré le Combat des livres, qui célèbre sa 10e saison cette année.

Il fallait être culotté pour concevoir un Survivor littéraire où cinq personnalités de la trempe des Françoise David, Gérald Larose ou Réjean Thomas devaient défendre un roman de leur choix dans une joute oratoire où tous les coups étaient permis, et qui allaient s’éliminer les uns les autres par suffrage, jusqu’au dernier «survivant».

«Certains trouvaient ça violent», dit Marie-France Bazzo, qui cherchait un moyen de dynamiser l’industrie du livre et sa couverture. «Le public québécois était peu habitué à la téléréalité, qui débutait à peine au Québec [avec Star Académie], et ça n’a pas été facile de faire accepter l’idée dans les milieux littéraires.»

Sa formule s’inspirait d’un concours lancé deux ans plus tôt sur les ondes de la radio de la CBC: Canada Reads (le Canada lit). Les réalisateurs Peter Kavanagh et Talin Vartanian cherchaient à recréer l’«effet Oprah». Depuis 1996, l’animatrice américaine Oprah Winfrey et son populaire club de lecture avaient contribué à faire vendre plus de 55 millions de livres aux États-Unis! L’idée de voir une Pauline Marois dans un duel contre une Sheila Copps, l’une défendant Marie Laberge et l’autre Yann Martel, ne manquait pas de piquant!

Au Canada anglais, une victoire à Canada Reads peut faire doubler les ventes en librairie. «Ce concours est plus important que les grands prix littéraires», explique l’Ontarien Lawrence Hill, dont le roman The Book of Negroes (traduit en français sous le titre d’Aminata) s’est vendu à 500 000 exemplaires après sa victoire, en 2009.

L’effet du Combat des livres sur les ventes en français est moindre, mais il n’en reste pas moins réel. Lorsqu’elle a appris qu’Aminata avait été sélectionné pour le Combat de 2013, Marie-Madeleine Raoult, des éditions de la Pleine Lune, en a fait réimprimer 2 000 exemplaires.

«Les débats sont extrêmement passionnés», dit Anne Lagacé-Dowson, qui a défendu en 2008 La version de Barney, de Mordecai Richler. La principale qualité recherchée chez les participants est d’ailleurs la combativité! Car il faut faire valoir la qualité de l’écriture ou la pertinence d’un thème contre des opposants prêts à tout pour descendre un auteur trop jeune ou trop classique — peu importe.

Trois animatrices ont porté le concours: Marie-France Bazzo, Christiane Charette et Marie-Louise Arsenault, qui l’a repris à l’émission Plus on est de fous, plus on lit! Pour sa 10e saison, on a réinvité les meilleurs «défenseurs» des années passées pour un «match des étoiles».

Malgré tout, le Combat des livres n’a pas la popularité de Canada Reads. Le milieu littéraire québécois a résisté à la formule, alors que la CBC en a fait une promotion tous azimuts: gala, page Web et retransmissions nationales même au téléjournal.

Marie-Louise Arsenault a recentré la formule autour du livre, car les Combats ressemblaient parfois à des batailles de coqs. Pour ramener le public dans le Combat, elle a créé un jury de cinq personnes «représentatives des auditeurs». Et ce sont elles qui décideront du «survivant».

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Le Combat des livres

Arvida, de Samuel Archibald, défendu par Bernard Landry

La fiancée américaine, d’Eric Dupont, par Dominique Lévesque

Aminata, de Lawrence Hill, par Thomas Hellman

La ballade de Baby, de Heather O’Neill, par Brendan Kelly

Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier, par Geneviève Guérard

 

Canada Reads

The Age of Hope, de David Bergen, par Ron MacLean

Two Solitudes, de Hugh MacLennan, par Jay Baruchel

February, de Lisa Moore, par Trent McClellan

Away, de Jane Urquhart, par Charlotte Gray

Indian Horse, de Richard Wagamese, par Carol Huynh