Culture

Dans Dominion, Sébastien Dodge étrille la Confédération canadienne et la construction du chemin de fer (Espace Libre, dès le 10 septembre )

Photo : Jocelyn MIchel
Photo : Jocelyn MIchel

Longue tige (1 m 93), débit électrique. Sébastien Dodge se résume : « Je suis en colère. » Contre l’état du monde, de la pensée, des médias.
À la fiche du comédien, diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Montréal et cofondateur du Théâtre de la Pacotille : une soixantaine de productions scéniques, trop peu de télé, rien au cinéma. On le croit sans doute trop « perché ». « C’est vrai que je me suis spécialisé dans les rôles de composition borderline. » À lui les fêlés de la toiture, les bas de plafond, les petites frappes. On l’a même vu en bonne, affublé d’un groin de cochon, dans Une fête pour Boris, façon Denis Marleau, qui l’a amené à Avignon et en tournée européenne.
Il a commencé à écrire du théâtre, car il ne se reconnaissait pas dans celui qu’il voyait. Son théâtre, prompt à la dénonciation, se nourrit au cinéma de Fellini, à la commedia dell’arte, à l’humour de RBO. « Mes pièces sont motivées par l’indignation. C’est facile, je suis toujours en calvaire ! J’en ris pour ne pas choper un cancer. » Et le spectateur rit aussi, beaucoup même.
Au début des années 2000, déjà, il livrait une trilogie sur la corruption municipale. En 2008, il remettait ça avec un triptyque pourfendant le corporatisme (Suprême Deluxe), la médiocrité intellectuelle (La genèse de la rage), le totalitarisme (La guerre), respectivement sur fond de science-fiction apocalyptique, de film d’horreur et d’épopée louisquatorzienne.
DOMINION-VISUEL-v1   Le souverainiste emprunte cette fois au western spaghetti la forme de DominionEspace Libre, à Montréal, du 10 au 28 septembre  —, pastiche historique qui étrille la Confédération canadienne et la construction du chemin de fer. En scène : des personnages d’hier dans lesquels se mirent des figures actuelles. « Macdonald, on sait tout de suite qui il représente ; George-Étienne Cartier, le type même du mou, c’est son lieutenant québécois ; Wilfrid Laurier, c’est le libéral oisif, mais jeune et neuf. »
S’il ne joue pas dans les pièces qu’il écrit et dirige [on le surnomme le « Quentin Tarantino de la mise en scène »], Sébastien incarnera bientôt Séraphin Poudrier dans Viande à chien, d’un collectif d’auteurs, dont Alexis Martin. Martin et Dodge se passionnent pour l’histoire. « On a les mêmes préoccupations, mais je suis moins subtil, je fesse. » Il ne fesse pas toujours, parfois il chante du swing et du country avec ses cousins au sein du groupe Véranda. Sinon, il « bûcheronne ». Il a bâti sa maison au creux d’une montagne. « Si je n’avais pas fait de théâtre, j’aurais pu devenir arpenteur forestier. Mais mon esprit colérique se serait ennuyé. » Et nous, donc !