Culture

Vous n’aimez pas trop la danse ? Allez voir Salves, de Maguy Marin

La chorégraphe a des convictions, une faculté d’indignation, un sens de la dramaturgie et un compagnon compositeur, Denis Mariotte.

On ne dira jamais assez l’excellent travail de Pierre Des Marais et Clothilde Cardinal à la codirection artistique de Danse Danse. Grâce à eux, on voit à Montréal des spectacles qui nous ouvrent les yeux, nous aèrent l’imaginaire, nous secouent les puces. Et qui dépassent souvent le cadre strict de la danse.

Photo : Didier Grappe
Photo : Didier Grappe

Ainsi, Salves, de « l’apôtre de la non-danse » Maguy Marin (on n’a pas encore oublié les images de May B, la pièce de ses débuts, en 1981) en activité chorégraphique depuis plus de trente ans, et alignant une quarantaine d’œuvres, dont plusieurs fortes – par exemple : Umwelt, Ha ! Ha !, Turba. La chorégraphe a des convictions, une faculté d’indignation, un sens de la dramaturgie et un compagnon compositeur, Denis Mariotte. La Toulousaine frappe les imaginations, donne à réfléchir à qui veut bien consentir à regarder.

Ses pièces, souvent radicales, tantôt acclamées, tantôt conspuées, déstabilisent le public, parfois même les programmateurs, mais Marin fait sienne la pensée de Gilles Deleuze : « Créer n’est pas communiquer, c’est résister. »

Bel exemple de résistance, donc : Salves, spectacle créé en 2010 à la Biennale de la danse de Lyon. Sept danseurs, des tables qui vont qui viennent, des objets qui volent, des tableaux qui tombent, de la vaisselle qui se fracasse, des scènes de ménage comme métaphores d’un XXe siècle effréné, des clins d’œil à Picasso, Goya, Pasolini, Fellini, Presley, une phrase soudain éclairant le mur : « Quand on est dans la merde jusqu’au cou, il ne reste plus qu’à chanter. » Ce n’est ni gai, ni triste, c’est la vie qui vacille entre pessimisme et espoir. C’est en tout cas à voir.

Salves, salle Maisonneuve de la Place des Arts, à Montréal, les 26, 27 et 28 septembre.