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La chaîne du livre décryptée

Pour passer de l’auteur au lecteur, tous les bouquins doivent emprunter le même chemin.

Pour passer de l’auteur au lecteur, tous les bouquins doivent emprunter le même chemin : une série d’étapes définies par la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre, dite loi 51, adoptée en 1981 par le gouvernement de René Lévesque. Cette chaîne est conçue de manière que chaque maillon soit redevable aux autres.

Selon Denis Vaugeois, ancien ministre des Affaires culturelles et principal artisan de la loi 51, celle-ci a « mis au monde » la filière québécoise du livre en permettant aux librairies et aux bibliothèques de germer partout sur le territoire. « Pour bien apprécier ce qu’on a, il faut voir d’où on est parti, dit-il. À l’époque, il y avait une seule bibliothèque francophone à Montréal. Il y avait très peu de librairies. Et si on voulait acheter un livre un peu rare, il fallait attendre deux, trois mois avant de le recevoir. Mais ça tient à un fil. Ça tient si les gens veulent bien que ça tienne. »

(Illustrations de Sébastien Thibault)


Livre-Chaîne-5L’AUTEUR

Il confie son manuscrit à l’un des 300 éditeurs du Québec. Si on accepte de le publier, l’auteur touchera environ 10 % du prix de vente de son livre.


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L’ÉDITEUR

Il recevra un peu plus de 30 % du prix de vente. Il révise le manuscrit, le met en forme, le fait imprimer. Puis, il le fait parvenir à un distributeur qui s’occupera d’expédier l’ouvrage aux quelque 200 librairies agréées de la province.


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LE DISTRIBUTEUR

C’est l’intermédiaire obligé entre l’éditeur et le libraire. Dans son entrepôt sont stockées les publications des dizaines de maisons d’édition (québécoises et européennes) qu’il représente. C’est lui qui reçoit les commandes des librairies et qui voit à ce que les livres se retrouvent dans leurs rayons. Pour ce travail, il touche 17 % du prix de détail des ouvrages. Trois distributeurs de langue française au Québec contrôlent 90 % du marché.


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LE LIBRAIRE

Il doit forcément s’approvisionner chez les distributeurs ; il ne peut pas acheter directement auprès des éditeurs. Les distributeurs envoient automatiquement au libraire un certain nombre d’exemplaires de toutes leurs nouveautés, sans que celui-ci ait besoin de les commander, afin que les nouvelles parutions soient rapidement accessibles en magasin. Pour être agréé, le libraire doit obligatoirement garder ces nouveautés à l’étalage pendant au moins quatre mois, après quoi il peut retourner la marchandise invendue au distributeur.

Pour conserver son agrément, le libraire doit aussi maintenir un stock d’au moins 6 000 titres différents, dont 2 000 québécois.

En contrepartie, il touche 40 % du prix de détail des livres. Il obtient aussi le droit de vendre aux organismes publics de sa région, un marché alléchant.


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LA BIBLIOTHÈQUE

Les bibliothèques publiques sont tenues d’acheter leurs livres auprès des librairies agréées de leur région, à l’instar d’autres organismes publics, comme les municipalités, les écoles et les cégeps.