Culture

Les architectes s’amusent

Le cinéma et la danse voisineront prochainement avec la Place des Arts, la Maison symphonique et le Musée d’art contemporain. Et ils en mettront plein la vue !

Le Wilder espace Danse, vu de la place des Festivals. (Illustration: Lapointe Magne & Aedifica)
Le Wilder Espace Danse, vu de la place des Festivals. (Illustration: Lapointe Magne & Aedifica)

La danse des grues reprendra bientôt dans le ciel du Quartier des spectacles de Montréal. Les Grands Ballets Canadiens y éliront domicile à l’été 2017, et l’Office national du film (ONF) suivra à l’automne 2018. Ils rejoindront ainsi la Maison symphonique, la Place des Arts, le Musée d’art contemporain et la Maison du Festival de jazz.

C’est sur l’îlot Balmoral, compris entre la rue de Bleury à l’ouest, la place des Festivals à l’est, la rue Sainte-Catherine au sud et le boulevard de Maisonneuve au nord, que deux immeubles conçus en fonction de leurs besoins les accueilleront. L’ONF sera logé dans un bâtiment tout neuf de 13 étages — un chantier de 110 millions de dollars de la Société d’habitation et de développement de Montréal.

Les Grands Ballets, eux, auront leurs locaux juste au sud, dans un immeuble inoccupé, le Wilder, qui est en cours de rénovation et auquel se greffe une tour de 11 étages. Le chantier est évalué à 99,2 millions de dollars, dont 42,3 millions assumés par les Grands Ballets. Le Wilder Espace Danse hébergera aussi l’Agora de la danse, l’École de danse contemporaine de Montréal et le laboratoire de danse Tangente, en plus des bureaux montréalais du ministère de la Culture et des Communications, du Conseil des arts et des lettres du Québec et de la Régie du cinéma.

L'Îlot Balmoral, où l'ONF aura ses locaux sur 6 étages. (Illustration: Provencher Roy Associés Architectes Inc.)
L’Îlot Balmoral, où l’ONF aura ses locaux sur 6 étages. (Illustration: Provencher Roy Associés Architectes Inc.)

L’ONF et les Grands Ballets éprouvaient le même besoin de se brancher sur le cœur de l’action culturelle montréalaise. Cantonnés depuis 35 ans au deuxième étage d’un ancien garage du Plateau-Mont-Royal, les Grands Ballets cherchaient depuis longtemps à se rapprocher de la Place des Arts afin de simplifier la gestion et la logistique de leurs spectacles, qu’ils donnent presque toujours là. «Nous aurions dû y être depuis le début», dit la responsable des relations publiques, Sheila Skaiem.


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Les danseurs et chorégraphes seront enfin à l’aise. Leurs nouveaux locaux, qui occuperont 5 étages sur les 11 que comptera l’immeuble, comprendront un grand studio de production, trois salles de répétition et une d’entraînement, l’atelier de costumes ainsi que les bureaux de la direction et de l’équipe de production.

Le rez-de-chaussée de l'Îlot Balmoral. (Illustration: Provencher Roy Associés Architectes Inc.)
Le rez-de-chaussée de l’Îlot Balmoral. (Illustration: Provencher Roy Associés Architectes Inc.)

Le problème de l’ONF était tout autre. Son équipe de direction avait obtenu ce qu’elle voulait en s’installant à Saint-Laurent, en 1956 : des locaux spacieux, équipés de grands laboratoires de développement de photos et de films. «Ce n’est plus utile à l’ère numérique. Notre modèle de production a complètement changé», explique la chef des relations publiques, Jenny Thibault. Par ailleurs, ce lieu mal situé — le long de la voie de desserte de l’autoroute 40 — était loin du public et des créateurs, dont l’Office veut se rapprocher.

Les cabinets d’architectes Provencher Roy, pour l’ONF, et Lapointe Magne, pour les Grands Ballets, ont respecté l’esprit du plan d’aménagement du Quartier des spectacles. Conçu il y a 15 ans par le bureau d’architecture et de design urbain montréalais Daoust Lestage, ce plan a formidablement réussi à attirer les foules dans ce qui était, il y a 20 ans, une sorte de désert urbain malfamé. Les deux cabinets se sont inspirés du concept de «porosité», formulé par Le Corbusier et qui a fait école grâce à l’architecte new-yorkais Steven Holl. Dans cet esprit, l’immeuble ne doit pas faire mur : les piétons doivent y entrer facilement et circuler aisément tout autour.

«Les projets de l’ONF et des Grands Ballets comportaient un beau défi architectural, explique l’architecte montréalais Paul Bernier. Car en ajoutant des bureaux en plein Quartier des spectacles, on risquait de voler de la place aux piétons et, donc, de tuer le quartier en voulant le remplir.»

architecture carte quartier spectacles
Le quadrilatère du Quartier des spectacles.

Les deux groupes d’architectes ont trouvé des solutions ingénieuses. L’entrée de l’ONF, sur la place des Festivals, sera marquée par une fissure rouge haute de 13 étages qui scindera la façade en deux parties dans toute sa hauteur. «En créant cette fracture, on laisse la lumière pénétrer à l’intérieur. Et on crée une ouverture qui invite les gens à entrer dans le bâtiment, qu’ils pourront traverser pour sortir sur le côté opposé», dit Paul Bernier. Le rez-de-chaussée sera un espace public, avec des commerces et un accès direct au métro. Il pourra également accueillir des activités ou des spectacles.

Même esprit de «perméabilité» au Wilder Espace Danse. Son rez-de-chaussée, également accessible au public, comprendra une billetterie, une boutique, des espaces d’exposition et d’animation ainsi qu’un restaurant de 150 places. Sur la façade côté place des Festivals, un plan incliné argenté servira d’écran pour des projections. Sheila Skaiem s’en réjouit. «Montréal rayonnera encore davantage», dit-elle.

Et la foule des piétons sera ravie !