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Mécénat incognito

Une mystérieuse mécène québécoise. Un déménagement dans un complexe dernier cri. Mais que se passe-t-il donc aux Grands Ballets Canadiens?

Constance Pathy, la très discrète mécène derrière le déménagement des Grands Ballets Canadiens. (Photo: Jean-François Lemire pour L'actualité)
Constance Pathy, la très discrète donatrice à l’origine du déménagement des Grands Ballets Canadiens. (Photo: Jean-François Lemire pour L’actualité)

Constance Pathy n’aime pas parler d’argent. Même si elle en a beaucoup. Et même si elle le distribue généreusement depuis des années à une panoplie d’orga­nismes culturels au Québec.

Il a presque fallu lui forcer la main pour qu’elle accepte de parler publiquement du don de 13 millions de dollars qu’elle vient de faire aux Grands Ballets Canadiens, dont elle préside le conseil d’administration depuis 27 ans. «Si j’en parle, c’est pour encourager d’autres gens à donner», dit-elle.

Sa contribution permettra aux Grands Ballets de quitter les locaux vétustes qu’ils occupent dans un ancien garage pour l’Espace Danse, un nouveau complexe dans le Quartier des spectacles. L’inauguration est prévue dans quelques mois.


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Ne dites pas à Constance Pathy qu’elle est l’une des plus grandes mécènes au pays. Et ne lui demandez surtout pas d’où elle tient sa fortune. La discrète dame au col roulé vous regardera en silence, avec un sourire figé.

Originaire des Pays-Bas, établie au Canada depuis 1960, Cons­tance Pathy est une violoncelliste et gambiste accomplie. De nombreux prix ont souligné son dévouement bénévole au milieu des arts, activité qui occupe tout son temps, elle qui préside encore plusieurs C.A. ou y siège. Elle est l’épouse de Laurence Pathy, magnat du commerce maritime et ami proche de Paul Martin (et ancien copropriétaire, avec ce dernier, de la société Canada Steamship Lines). Né en Égypte de parents hongrois, Laurence Pathy a fait de l’entreprise familiale, Fednav, une multinatio­nale, le plus grand groupe canadien de transport océanique de vrac, où travaillent aujour­d’hui les deux fils du couple, Paul et Mark. Mais ça, vous ne l’entendrez pas de la bouche de Constance.

Pourquoi une telle discrétion?

Je ne cherche pas la gloire, vraie ou artificielle. Il y a deux sortes de gens: ceux qui aiment voir leur nom un peu partout et ceux qui préfèrent travailler dans l’ombre. J’appartiens à la deuxième catégorie.

Votre don représente la moitié des 26 millions de dollars qu’on espère amasser en fonds privés pour financer ce déménagement [les fonds publics comblent les trois quarts du budget total de près de 100 millions]. C’est considérable!

Ça faisait 20 ans que les Grands Ballets pensaient déménager. Mais rien n’arrivait. Personne ne voulait s’engager financièrement. À un moment donné, j’ai décidé de mettre une somme sur la table, et c’est là que les discussions sont devenues sérieuses.

Qu’est-ce que l’Espace Danse va changer?

C’est un virage inimaginable. On sera dans un lieu idéal, très visible. On démarre un programme de danse-thérapie, qui peut être bénéfique dans le traitement de toutes sortes de maladies. On pense ouvrir un centre de loisirs pour le grand public. On ouvre les portes. La discipline de la danse devient plus accessible.

Le Québec n’a pas une longue tradition de philanthropie culturelle…

Pour les arts, c’est une lutte quotidienne. Le public n’est pas accoutumé à les soutenir. Mais ça change. C’est plus facile qu’avant de former des partenariats avec des entreprises et des particuliers.

Pour moi, c’est très important de vivre dans une ville qui a un bon orchestre, une grande compagnie de danse, du théâtre, de l’opéra, peut-être parce qu’en Europe, d’où je viens, on est davantage élevé en présence de la culture. On doit éduquer les gens à l’appréciation des arts. Ça enrichit la vie, ça réchauffe le cœur. On ne peut pas seulement penser à payer le loyer!