Culture

7 questions à Perrine Leblanc

«La pauvreté n’est pas un mode de vie, c’est une violence absolue. Je n’ai pas choisi de “vivre modestement”, j’ai fait le choix d’accompagner mes livres au Québec, au Canada et à l’étranger.»

Photo: Marc Montplaisir
Photo: Marc Montplaisir

L’écrivaine québécoise Perrine Leblanc fait partie des invités des 14es Correspondances d’Eastman, qui se dérouleront du 4 au 7 août, et qui demeurent, été après été, un moment privilégié de rencontres intimes entre auteurs et lecteurs.

Aux Correspondances d’Eastman, vous partagerez quelques-unes de vos œuvres et vous boirez du thé avec le public en lui parlant de votre passion pour la lecture. Justement, quel type de lectrice êtes-vous ?

Je mène de front plusieurs lectures ! Il y a les ouvrages (essentiellement des essais) qui m’accompagnent pendant l’écriture de mon roman, les livres écrits par des amis, puis mes classiques personnels, auxquels je reviens au besoin. Et quand j’aime, je le dis, je fais partager mes découvertes littéraires.

Vous faites partie de ces rares écrivains qui consacrent l’essentiel de leur vie à l’écriture, quitte à vivre modestement. Qu’est-ce qui vous a menée à faire ce choix, un concours de circonstances ou une nécessité ?

La pauvreté n’est pas un mode de vie, c’est une violence absolue. Je n’ai pas choisi de «vivre modestement», j’ai fait le choix d’accompagner mes livres au Québec, au Canada et à l’étranger. J’ai un emploi du temps qui me permet de me consacrer essentiellement à l’écriture, mais je ne peux pas vraiment vivre de mes droits d’auteur. J’ai besoin, à l’occasion, de bourses d’écriture, et je fais des tournées, je participe à des rencontres littéraires, j’ai des projets d’écriture pour la télé et le cinéma, je donne des ateliers.

Vous animez depuis peu avec les auteurs Jean Barbe et Bertrand Laverdure des ateliers d’écriture ouverts au grand public. Comment est née cette initiative et que vous procure-t-elle sur le plan personnel et professionnel ?

J’ai travaillé avec Jean Barbe chez Leméac et participé à une mission culturelle avec Bertrand Laverdure (et une dizaine d’autres collègues auteurs) en Haïti l’année dernière. Jean et Bertrand sont des amis.

On avait déjà donné des ateliers d’écriture dans des cadres bien précis, individuellement, ici et à l’étranger. Il faut gagner sa vie, et sortir de sa chambre d’écriture, aller vers l’autre, donner des outils à ceux qui aiment écrire, je trouve ça sain. J’ai envoyé un courriel aux gars pour leur dire que j’avais envie de travailler avec eux, puis Jean a proposé d’adapter la structure de son atelier, qu’on a augmentée à trois, et puis voilà.

Quand on aime lire, on a souvent, et très naturellement, le goût d’aller plus loin, d’en apprendre plus sur le métier d’écrire, de construire à son tour un récit, même si la publication n’est pas le but à atteindre. Je pense que les participants sont heureux — certains sont même devenus des habitués, ils se réinscrivent, réservent leur place pour le prochain atelier —, et ça nous fait du bien.

Quelle place le Québec fait-il à ses écrivains de langue française, leur accorde-t-il suffisamment d’importance, en tenant compte par exemple de l’intérêt porté aux artistes d’autres domaines culturels ?

Le Québec prend soin de ses écrivains. La télé nous boude, mais les journaux et la radio sont encore de bons passeurs, même si la place accordée à la critique littéraire est moins importante qu’à l’époque — en 2010…! — où j’ai publié mon premier roman.

En quoi le fait d’être une des rares Québécoises à être publiée dans la prestigieuse collection «Blanche» des éditions Gallimard a-t-il influencé votre parcours ?

J’ai publié mon premier roman au Quartanier, une maison d’édition québécoise. J’ai publié mon deuxième roman directement chez Gallimard, qui est une maison française bien installée dans la francophonie, notamment au Québec. Chaque livre a une histoire qui lui est propre, une vie médiatique…

Vous êtes redoutablement exigeante envers votre travail. Est-ce que l’écriture devient parfois si dure et impitoyable qu’elle vous donne envie de tout balancer par-dessus bord ?

Jamais. Il y a des moments de découragement, qui sont nombreux mais passagers. Le doute est une saine discipline que l’écrivain s’impose. Un problème d’écriture, c’est un nœud, un défi. On fait halte, puis on reprend la route.

Après L’homme blanc et Malabourg, que pouvez-vous nous dire de votre prochain roman à paraître ?

Je suis en période d’écriture… Je situe l’action au Québec, en France et en Irlande. J’ai fait quelques voyages de recherche en Irlande du Nord et en France pour les besoins du roman.