Entretien avec Delphine de Vigan
Culture

Entretien avec Delphine de Vigan

Ses deux précédents romans, Rien ne s’oppose à la nuit et D’après une histoire vraie, ont fait d’elle l’une des écrivaines françaises les plus appréciées au Québec. Pour Les loyautés, son nouvel opus, l’auteure s’est de nouveau inspirée de son vécu afin d’écrire sur l’une de ses plus fortes obsessions.

Vous avez dit que ce nouveau roman vous tenait particulièrement à cœur. Pourquoi ?

Il me tient à cœur comme tous les autres ! Mais la question de la loyauté en est une que je me pose souvent, comme beaucoup de gens, je crois. Suis-je loyale ? Est-ce trahir si… ? Nous avons tous des dettes, des promesses et des devoirs, à l’égard de notre famille, de nos amis, de notre milieu social. Ces loyautés nous construisent, mais parfois elles nous enferment.

Trouvez-vous que le monde dans lequel on vit manque de loyauté ?

On parle fréquemment d’engagement, de parole donnée, de trahison… Par exemple en politique, ces derniers temps, il en a souvent été question. Nous vivons dans un monde très individualiste, dont la dimension collective est malmenée. J’aurais tendance à croire que la loyauté sera, dans les années à venir, une valeur en hausse. Car il faut bien que quelque chose nous relie et fasse tenir l’ensemble !

Les rapports humains sont au centre de vos histoires. D’où vous vient votre fascination pour la complexité de l’espèce humaine ?

C’est tout ce qui m’intéresse : essayer de comprendre les lois, les élans, les blessures, les empêchements qui régissent nos attitudes et nos comportements. Je ne sais pas d’où cela vient. Sans doute d’une forme de sensibilité qui me rend très perméable aux ambiances, aux humeurs, à l’autre…

Le réalisateur Roman Polanski a porté votre roman D’après une histoire vraie au cinéma. Êtes-vous satisfaite du film ?

Une adaptation signifie pour moi nécessairement un abandon, un lâcher-prise de la part de l’écrivain, au profit d’un autre artiste et d’un autre art. Alors que la littérature permet tout, en matière de personnages, de temporalité, de dispositifs narratifs, le cinéma repose sur des contraintes qui obligent à des choix. Je ne veux pas être le juge d’une transposition qui est toujours une forme de trahison. Je ne suis pas bien placée pour cela.