Entretien avec Jean Barbe
Culture

Entretien avec Jean Barbe

Ça fait 10 ans qu’il n’a pas fait paraître de roman. En attendant son prochain, il publie, sous forme de pamphlet, son Discours de réception du prix Nobel (Leméac), dans lequel il réfléchit au rôle de la littérature dans la société.

Vous n’êtes pas assez prétentieux pour aspirer au Nobel ! Pourquoi donc avoir préparé votre discours ?

Mais bien sûr que je sais que je ne l’aurai jamais ! [Rire] Par contre, j’ai relu souvent le discours de réception d’Albert Camus, qui est le plus beau, le plus noble et le plus important d’entre tous. Je me suis amusé à me demander ce que je dirais, moi, si je recevais le Nobel de littérature.

Votre constat sur la place de la littérature dans notre société est plutôt pessimiste…

J’essaie d’être optimiste, mais c’est difficile ! Le fossé se creuse entre ceux qui aiment la culture et ceux qui s’en câl… Les deux camps s’affrontent, alors que nous sommes tous pareils : tous en train de crever sur une planète qui part en couille. La littérature ne peut pas continuer à se draper dans le manteau de la grande culture, ce n’est pas ainsi qu’on va aller chercher ceux qui la méprisent. On a plutôt besoin de leur tendre la main.

De quelle manière ?

Je prêche le retour d’un certain roman social. On oublie trop souvent la réalité dans laquelle on vit : on a du mal à gagner nos vies, on « rushe » comme des malades, on ne sait pas de quoi demain sera fait. Pourquoi on n’en parle jamais dans les romans ? Parce que ce n’est pas sexy ? Pourtant, c’est commun et c’est ce qui touche les gens.

Vous accompagnez des auteurs comme directeur littéraire, mais vous, qu’est-ce qui vous a empêché d’écrire de la fiction pendant toutes ces années ? 

J’étais persuadé que, si je terminais un roman, il ne serait pas lu pour ce que j’y mettrais, mais pour d’autres raisons. De mauvaises raisons. Grâce à cet exercice du Nobel, je crois m’être enfin rappelé l’importance de la littérature. Je ne veux plus chercher à plaire. Moi aussi j’ai eu ce syndrome, de vouloir des likes, parce qu’on croit que notre survie en dépend. Là, je suis passé de l’autre bord et je sais ce dont je suis capable.