Trois questions à Alain Lefèvre
Culture

Trois questions à Alain Lefèvre

Afin de souligner le 50e anniversaire de la mort du compositeur classique André Mathieu, le pianiste Alain Lefèvre lui rend hommage dans le cadre d’un concert spécial présenté aux FrancoFolies de Montréal.

Pourquoi présenter ce spectacle dans un festival de chanson francophone ?

Je voyais le 50e anniversaire de sa mort arriver et, à mon grand désarroi, l’intérêt du milieu classique était nul. Ça me bouleverse, car ça fait près de 40 ans que je joue Mathieu partout dans le monde et que j’essaie de faire comprendre aux gens d’ici qu’il est un chaînon important de notre musique. Malheureusement, on le catégorise souvent comme un compositeur passéiste. Devant la situation, je me suis tourné vers Alain Simard [NDLR : fondateur des Francos], qui a tout de suite cru au projet. On a construit un spectacle qui sort de l’ordinaire avec Diane Dufresne, Catherine Major, Florence K et Marc Labrèche.

Qu’est-ce qui vous touche dans l’œuvre de celui qu’on appelait le « Mozart québécois » ?

Au-delà de sa musique, que je trouve très belle, c’est surtout le sentiment d’injustice à son égard qui m’anime. Après avoir connu des débuts fulgurants, il est mort dans la misère la plus totale et, encore aujourd’hui, je vois des musiciens pour qui j’ai le plus grand respect applaudir des compositeurs étrangers et ignorer complètement l’œuvre de Mathieu.

Qu’est-ce qui explique qu’un compositeur aussi acclamé ait pu sombrer dans l’oubli ?

Il dérangeait beaucoup la société québécoise. En plus d’avoir composé l’hymne national du Bloc populaire canadien [NDLR : un parti canadien-français nationaliste], il a fait partie de l’Alliance laurentienne, l’un des premiers mouvements d’indépendance du Québec. Disons qu’il ne s’est pas fait beaucoup d’amis dans le milieu classique, à une époque où le God Save the Queen était joué avant chaque concert ! Le 14 juin à la Maison symphonique.