5 livres jeunesse pour aborder le deuil avec les enfants

La perte d’un être cher est une épreuve pour les enfants. Voici cinq albums jeunesse qui aident à accompagner les petits endeuillés de 4 ans et plus, recommandés par la professeure de psychologie Laurence Morency-Guay.

Irmun / Getty Images / montage : L’actualité

Tristesse, colère, sensation de vide ou d’abandon… La disparition d’un grand-parent, d’un animal de compagnie ou même d’un petit frère pas encore né peut provoquer une tonne d’émotions contradictoires avec lesquelles les jeunes ont de la difficulté à composer. 

Pour eux, ces montagnes russes émotionnelles sont doublées d’un grand sentiment d’incompréhension. « Même pour les adultes, la mort est un concept très abstrait dont on ne saisit pas toutes les dimensions. Les limites cognitives de l’enfant ne lui permettent pas de comprendre la notion d’irréversibilité, et que grand-papa ne reviendra donc jamais », dit Laurence Morency-Guay, mieux connue sous le nom de Laurence M.G. sur les réseaux sociaux et sur la plateforme qu’elle a créée, Parent qui apprend, où elle offre plusieurs outils pour mieux accompagner les enfants dans le deuil. 

La lecture est un instrument indispensable pour aider les enfants à appréhender la mort et à mieux saisir et exprimer la peine qui les habite, dit celle qui est aussi professeure de psychologie au cégep de Sainte-Foy et coautrice du manuel Guide des repères du développement humain. « Un enfant a besoin d’expérimenter une situation pour la comprendre. Un livre imagé, avec des récits, peut l’aider à faire des liens avec son expérience et à la concrétiser. »

Ces cinq livres, destinés aux jeunes d’âge préscolaire et primaire, sont tout indiqués autant pour accompagner un enfant qui vit un deuil que pour aborder la question de la mort avec les tout-petits.

3 ans et plus

Je ne te vois plus 

Écrit et illustré par Paul Martin

Dans une série de vignettes aussi adorables que délicates, une fillette vêtue d’une robe rose à fleurs constate la douloureuse absence de ses grands-parents. Lorsqu’elle s’assoit dans le fauteuil, il n’y a plus de genoux pour l’accueillir. Les parfums des gâteaux ont disparu de la cuisine. Terminées les danses au son de la guitare, les promenades dans le jardin et les parties d’échecs compliquées. En revisitant les activités qu’elle aimait faire avec ses proches décédés, la petite fille retrouve progressivement le sourire et découvre le pouvoir des souvenirs pour apaiser le chagrin.

La plume et les images épurées de Paul Martin permettent d’adapter cet album à toutes les situations. « Il donne aussi les mots pour aborder la sensation de vide et d’absence que l’enfant ressent au creux de son ventre, en plus d’offrir des pistes pour transformer notre peine en quelque chose de positif. Même si on ne peut plus faire les activités que l’on faisait avant, se les remémorer peut faire du bien. L’enfant peut faire des parallèles et trouver du réconfort en voyant le personnage faire le chemin qu’il parcourt lui-même dans sa tête », précise la professeure.

(Les 400 coups, 24 p.)

De 4 à 8 ans

Le fil invisible 

Écrit par Patrice Karst, illustré par Joanne Lew-Vriethoff

Jérémie et Lisa, des jumeaux effrayés par une nuit d’orage, se réfugient près de leur mère. Lorsqu’ils refusent de retourner au lit et de s’éloigner d’elle, elle leur explique que peu importe où ils se trouvent, ils sont toujours ensemble, reliés par un fil invisible brodé d’amour. Incassable, ce fil résiste à la colère et peut les suivre au fond des mers, au sommet des montagnes, dans l’espace, et peut même se rendre jusqu’à l’oncle Benoît, dans le ciel. L’histoire, réconfortante, explore les liens intangibles qui nous unissent.

Cet album illustré est idéal pour aborder le deuil, mais aussi d’autres sujets connexes, comme l’anxiété de séparation. « Lorsqu’ils perdent un proche, les petits peuvent vivre un sentiment d’abandon. Le fil invisible est une image concrète pour expliquer qu’il y a toujours un lien qui nous unit à ceux qu’on aime, peu importe la distance qui se trouve entre nous. En soulevant l’idée qu’une part de la personne disparue reste dans nos cœurs, le livre évoque, selon les valeurs de la famille, le côté plus spirituel de la mort, la force des souvenirs ou l’indestructibilité de l’amour », souligne Laurence M.G.

(Scholastic, 40 p.)

5 ans et plus

Mingan les nuages

Écrit par Marie-Andrée Arsenault, illustré par Amélie Dubois

Empreint de tendresse et de poésie, ce livre illustré raconte l’histoire d’amour entre un enfant et son chat adoré, Mingan. Marie-Andrée Arsenault évoque avec douceur la peur et la tristesse qui accompagnent la décision de laisser partir son compagnon à quatre pattes. Elle rappelle que l’amour est plus fort que l’absence, et que le temps apaise les chagrins, ouvrant peu à peu le cœur à la possibilité de s’attacher à une nouvelle boule de poils.

« Le livre offre une expérience concrète et imagée de toutes les étapes qui suivent la perte d’un animal. Ça ouvre la porte à des discussions très intéressantes, peu importe que le jeune lecteur ait expérimenté cette perte ou non. La mort d’un chat ou d’un hamster n’est pas négligeable pour les enfants, puisque les animaux comblent un très grand besoin affectif. Le deuil est proportionnel à ce lien significatif, et il est important de ne pas l’écarter », insiste l’experte.

(Éditions de l’Isatis, 32 p.)

5 ans et plus

Je t’aimais déjà

Écrit par Andrée-Anne Cyr, illustré par Bérengère Delaporte

Le deuil périnatal peut causer beaucoup de détresse chez les parents, mais on néglige souvent de parler des conséquences et des sentiments que cette perte suscite aussi chez les grands frères et les grandes sœurs. Avec cet album illustré, Andrée-Anne Cyr remédie à la situation en mettant en scène un jeune enfant qui trépigne d’impatience à l’idée de voir arriver un nouveau bébé dans sa famille. Lorsque, au retour de l’hôpital, ses parents ont les mains vides et les yeux remplis de larmes, le petit peine à comprendre ce qui s’est passé. À l’aide des questionnements amenés par le protagoniste, le lecteur chemine avec les différents membres de la famille, de la tristesse à la résilience.

« Les frères et sœurs sont souvent très impliqués dans la venue d’un bébé, parce qu’on tente, avec raison, de concrétiser la grossesse. Il est nécessaire de les exposer à la réalité du deuil périnatal, qui engendre beaucoup de chagrin chez le parent et de déception chez l’enfant. Cet album permet l’ouverture de belles discussions sur les différentes formes de tristesse, en plus d’aborder un sujet encore trop tabou. C’est un livre très important », affirme Laurence M.G.

(Les 400 coups, 32 p.)

9 ans et plus

Le septième étage et demi

Écrit par Suzanne Aubry, illustré par Delphie Côté-Lacroix

Camille, 13 ans, voit son monde basculer lorsque sa mère lui apprend qu’elle est atteinte de leucémie. Accueillie par sa tante Loulou, l’adolescente doit continuer d’avancer, privée de ses repères et du pilier de sa vie. Hantée par la souffrance de sa mère, effrayée par ce qui l’attend et aux prises avec les malaises que crée sa situation autour d’elle, Camille se replie sur elle-même, rongée par l’impuissance. Heureusement, une amitié inopinée et une guitare l’aideront à trouver sa voie à travers le chaos.

Les illustrations de Delphie Côté-Lacroix mettent en lumière toutes les nuances et la richesse des émotions que traverse l’héroïne. « Comme on s’adresse à des enfants plus vieux, on peut s’attendre à un récit un peu plus complexe, avec davantage de détails », soutient la professeure. Suzanne Aubry aborde donc différents enjeux liés au deuil et à la maladie, comme le sentiment d’isolement, le rapport avec les autres et leurs rôles dans la construction de l’identité. « En vieillissant, les enfants comprennent que leurs émotions, leurs expériences et leurs perceptions sont différentes de celles des autres. Le livre, même s’il expose une situation peu commune, permet de développer l’empathie et de prendre conscience de ce que d’autres personnes peuvent ressentir. »

(Québec Amérique, 112 p.)

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

Très belle sélection. Je rajouterai « une bouteille à la mer » d’Aurélie François qui a été réalisé au Québec avec la participation de son fils.

Répondre