5 livres pour entrer dans l’univers de Heather O’Neill

Cette romancière primée met en scène un Montréal teinté du réalisme magique des contes. Le libraire Billy Robinson explique ce qui rend son univers unique et propose un ordre optimal pour y plonger.

Chris Young / La Presse Canadienne

La romancière et journaliste Heather O’Neill est née à Montréal, une ville dont elle est amoureuse, dans laquelle elle vit et écrit en anglais. Si elle est relativement peu connue du public francophone, c’est peut-être parce que les premières traductions de ses livres, un peu « franchouillardes », ont refroidi beaucoup de lecteurs. Les éditions Alto ont donc confié dès 2019 la traduction québécoise de son œuvre à l’écrivaine Dominique Fortier (Les villes de papier, 2018), qui a su rendre justice à l’imaginaire foisonnant d’O’Neill ainsi qu’à sa connaissance intime de la métropole et de la société québécoise. Elle a d’ailleurs obtenu le Prix de traduction de la Fondation Cole (remis par la Quebec Writers’ Federation) en 2018 pour Hôtel Lonely Hearts, en plus d’avoir été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2021 pour La ballade de Baby suivi de Sagesse de l’absurde.

La qualité de ces traductions est une raison de plus pour plonger dans l’univers onirique et doux-amer de Heather O’Neill, qui pose un regard empreint de tendresse sur les laissés-pour-compte, leur traçant un destin à la fois tragique et merveilleux. Billy Robinson, libraire à la Librairie de Verdun, propose un ordre de lecture qui vous fera tomber sous le charme de cette autrice et vous donnera envie de dévorer toute son œuvre. 

2006 et 2017

La ballade de Baby suivi de Sagesse de l’absurde

Comme ce roman est le tout premier de Heather O’Neill, il donne un peu l’impression d’être témoin de la création d’un univers et d’un imaginaire qui se retrouveront dans l’ensemble de son travail. On saute à pieds joints dans le Montréal sombre, étrange et poétique de l’écrivaine. Baby est une jeune fille installée dans un hôtel avec son père, au coin de Saint-Laurent et de Sainte-Catherine, dans les années 1980. À travers son regard, le lecteur assiste, fasciné, au bourdonnement des Hells Angels, des danseuses nues et de la vie nocturne. Ce point de vue enfantin permet à l’autrice de jouer avec les codes du réel et d’intégrer des éléments merveilleux à l’histoire. On y découvre aussi plusieurs thèmes qui marqueront l’œuvre subséquente d’O’Neill : la famille, les différences entre les générations, le flou entre l’enfance et l’âge adulte.

Le roman est par ailleurs suivi d’un carnet autobiographique qui prend la forme d’une série de leçons apprises par l’autrice auprès de son père, un bandit sans éducation, qui l’a élevée seul. Ce court texte offre une incursion privilégiée dans son univers particulier et nous éclaire sur sa provenance.

(Traduction de Dominique Fortier [2020], Alto, 496 p.)

2017

Hôtel Lonely Hearts

Ce best-seller est un classique, l’incontournable de Heather O’Neill, et il a toutes les chances de plaire à ceux et celles qui auront aimé La ballade de Baby. Les orphelins Rose et Pierrot rêvent de fonder le plus grand cirque du monde. Puis arrive la Grande Dépression, qui fera trembler leurs ambitions. Ce conte pour adultes met en scène un pan méconnu de notre histoire. Montréal devient un personnage en soi, et reflète la sensualité, l’art, la détresse et l’espoir qui animent les protagonistes de même que l’époque. La romancière est en maîtrise totale de son univers, et brille plus que jamais par sa capacité à raconter une histoire à travers des yeux d’enfants, à faire fleurir les plus « poqués » de la société ainsi qu’à brouiller la frontière entre fiction et réalité.

(Traduction de Dominique Fortier [2020], Alto, 544 p.)

2015

La vie rêvée des grille-pain

Dans ce recueil de nouvelles, finaliste au prix Banque Scotia Giller, O’Neill pousse encore plus loin son exploration du conte et du réalisme magique. Le format court des textes lui impose moins de contraintes narratives, ce qui lui permet de s’amuser avec les codes des mythes et légendes. Y apparaissent des anges descendant du ciel, des robots capables de goûter l’humour, des jouets au cœur brisé et des grands-mères mises au point par un savant fou. Chaque histoire, plus étonnante que la précédente, nous ramène aux racines de l’écrivaine. Le lecteur y rencontre des parents immatures et des enfants trop lucides, qui trouvent un peu de merveilleux dans l’imaginaire. Ce qui séduit dans le format, ce sont les références qu’évoque chaque conte, qu’il s’agisse du magicien d’Oz, de Pinocchio ou encore de Jésus. Peu de livres pour adultes parviennent avec autant de grâce à éveiller l’enfant en nous.

(Traduction de Dominique Fortier [2019], Alto, 432 p.)

2014

Mademoiselle Samedi soir

Ce roman — son plus récent paru en français — est en quelque sorte un clin d’œil à Hôtel Lonely Hearts. Il se déroule quelques décennies plus tard, dans les années 1980-1990, et raconte encore l’histoire de deux jeunes, les jumeaux Nouschka et Nicolas Tremblay. Ils vivent avec leur grand-père dans un petit appartement sur le boulevard Saint-Laurent. Enfants d’un chanteur renommé de la classe ouvrière, ils grandissent sous le feu des projecteurs. C’est un roman très dur, mais c’est aussi un roman d’amour, qui parle de ce qui unit les familles au-delà des blessures et des déchirures. O’Neill offre un portrait plein de tendresse de la classe ouvrière et des changements qui secouent la population dans cette période intense qui mène au référendum. Ce livre s’inscrit dans une certaine continuité, l’autrice raffinant d’œuvre en œuvre sa réflexion sur la place des femmes et des plus démunis dans la société. 

(Traduction de Dominique Fortier [2021], Alto, 512 p.)

Version originale inédite

Tu redeviendras poussière

Les amateurs des livres de Heather O’Neill ne voudront pas passer à côté de cette courte nouvelle, parue dans la collection Ectoplasme des éditions Alto. L’édition papier est malheureusement limitée à 700 exemplaires, mais on peut tout de même mettre la main sur le texte en format numérique. Ça vaut le détour ! La nouvelle nous permet de découvrir un côté plus mystérieux de l’écrivaine, qui flirte ici avec le fantastique et l’horreur. C’est l’histoire d’Olive, une femme convaincue d’avoir été agressée par un homme. Son entourage refuse de la croire. Soudain, son corps commence à être victime d’étranges transformations. Dans cette fable sur l’indifférence, Heather O’Neill montre qu’elle peut aussi avoir les deux pieds bien ancrés dans le présent et ses enjeux.

(Traduction de Dominique Fortier [2021], Alto, 38 p.)

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