5 livres pour parler d’intimidation avec les enfants

Ce type de harcèlement, qu’il prenne la forme de violence physique ou psychologique, peut créer beaucoup de détresse chez les jeunes. L’éducatrice spécialisée Mélanie Fortier propose cinq titres pour aider les enfants de 2 à 14 ans à le reconnaître et à s’en sortir.

Irmun / Getty Images / montage : L’actualité

Si elle perdure, l’intimidation peut entraîner un repli sur soi, un manque d’estime personnelle, de la démotivation, de l’anxiété ou des symptômes de dépression. Par honte, par peur de réprimandes ou d’ostracisme supplémentaire, les victimes se murent souvent dans le silence, ce qui complique l’intervention des adultes. D’où l’importance d’agir en amont, selon l’éducatrice spécialisée et conseillère pédagogique Mélanie Fortier, et de ne pas attendre le pire pour enseigner aux jeunes à reconnaître l’intimidation, à comprendre ses répercussions et à accepter les différences.

« Les livres peuvent permettre à un enfant rejeté de se sentir moins seul, en plus d’ouvrir un espace de discussion où il n’y a pas de jugement. Ils sont aussi d’excellents outils pour saisir la portée des gestes et des paroles et pour développer l’empathie. Car même si notre enfant n’est pas victime d’intimidation, il y a de bonnes chances qu’il en soit un jour témoin », affirme l’éducatrice spécialisée, qui se cache notamment derrière la plateforme de soutien parental Ouikid, sur laquelle elle offre des formations, de la documentation et un balado pour apprivoiser les défis de la petite enfance, y compris l’intimidation et la sensibilisation aux différences.

Voici cinq livres tout indiqués pour aider les jeunes de 2 à 14 ans à reconnaître l’intimidation, pour leur apprendre que toutes les émotions sont normales et valides, et pour célébrer ce qui les rend uniques.

De 2 à 7 ans

Boris Brindamour et la robe orange

Écrit par Christine Baldacchino, illustré par Isabelle Malenfant

Dans le coin déguisement de sa classe, Boris Brindamour adore enfiler la belle robe orange qui lui rappelle la flamboyante chevelure de sa mère, et rêver qu’il part à la conquête de l’espace. Or, les enfants de son groupe ne le comprennent pas. Les garçons ne portent pas de robes, et les astronautes, encore moins. Blessé et isolé, Boris s’accroche au pouvoir de son imaginaire pour construire son propre vaisseau spatial inclusif et bienveillant.

« L’autrice excelle dans l’art de mettre des mots sur les émotions que traverse le personnage principal. L’anxiété, la tristesse et la solitude sont nommées et bien imagées. Boris fait même semblant d’avoir mal au ventre pour éviter d’aller en classe. Ça permet aux enfants de mieux identifier les sensations qui se manifestent dans leur corps et de se reconnaître dans le héros », souligne Mélanie Fortier. En abordant symboliquement l’identité de genre, l’album illustré offre également un beau message sur l’acceptation de soi et l’importance de distinguer les bonnes amitiés des mauvaises. « Les bons amis savent reconnaître que ce qui nous rend uniques et différents est une force. Comme parents, on peut appliquer le message à toutes sortes de situations qui risquent de susciter l’incompréhension ou le rejet : les diverses cultures ou les inégalités économiques, par exemple. »

(Bayard Canada, 32 p.)

3 ans et plus

Clou : On est tous différents !

Écrit par Cœur de pirate, illustré par Jess Pauwels

Première incursion de l’autrice-compositrice-interprète Cœur de pirate en littérature jeunesse, cet album illustré met en scène Clou, un berger australien pour qui l’arrivée dans une nouvelle école n’est pas de tout repos. Dès les premiers pas de Clou dans la cour, Bisou, un chihuahua, montre du doigt ses taches et les compare à de la boue et de la crasse. Saisi d’effroi, le berger australien s’enferme dans la salle de bains dans l’espoir de faire disparaître sa différence. Lorsque, plus tard, un autre ami est pris en chasse dans la cour, le chiot prend son courage à deux mains pour le défendre et faire briller ce qui le rend unique.

« Ce livre est intéressant puisqu’il fait intervenir les adultes, qui aident le personnage principal à avoir davantage confiance en lui. Son enseignante, Madame Truffe, l’encourage même à raconter son expérience devant la classe, ce qui lui donne l’occasion de constater qu’il n’est pas le seul à avoir rencontré des difficultés et vécu de l’anxiété ou du rejet lors de ses premiers jours d’école. Normaliser les émotions est une bonne façon d’ouvrir la discussion et de permettre à l’enfant de se confier », soutient l’éducatrice spécialisée.

(Auzou, 36 p.)

Dès 6 ans

Dépareillés

Écrit par Marie-Francine Hébert, illustré par Geneviève Després

À travers une histoire de chaussettes dépareillées — et d’un garçon qui s’en moque —, Marie-Francine Hébert dépeint avec douceur et simplicité les mécanismes de l’intimidation et les petits gestes de bonté qui peuvent la désamorcer. Pour retrouver la paix, les deux héroïnes du récit, Rose et Blanche, se serreront les coudes et entraîneront tous les enfants dans une grande ronde solidaire et inspirante.

« Cet album illustre bien qu’il est normal de se sentir en conflit lorsque notre ami est l’objet de railleries. D’un côté, Blanche veut aider Rose, mais de l’autre, elle craint d’être à son tour montrée du doigt. Il explique également les bienfaits et les possibles conséquences de l’action. Ici, l’intimidateur se retrouve seul contre tous, et les enfants décident finalement de l’inclure. Un bon moyen de rappeler que mettre de côté les enfants “méchants”, c’est aussi une forme d’intimidation. »

(La Bagnole, 32 p.)

Dès 7 ans

Je n’ai rien dit

Écrit par Stéphanie Boyer, illustré par Élisa Gonzalez

En l’espace d’une seule journée à l’école, une fillette assiste, impuissante, à plusieurs scènes d’intimidation subie par une autre élève. À la cafétéria, à la bibliothèque ou devant les autobus, elle ressent jusque dans ses tripes la violence des boules de papier lancées, des « mots-couteaux », des chuchotements. Pourtant, ses lèvres restent scellées, et elle n’ose pas s’approcher de la victime pour la consoler.

Alors que la plupart des livres jeunesse à propos de l’intimidation mettent l’accent sur les ressources et les forces que l’enfant possède à l’intérieur de lui, cet album illustré s’intéresse à un angle différent : le poids du silence. « L’autrice trouve les mots justes pour parler du sentiment d’injustice et du désir d’aider. » Surtout, Je n’ai rien dit est l’un des rares albums jeunesse québécois à souligner l’importance de la dénonciation. « Rapporter les faits vus ou vécus demande beaucoup de courage. Il faut dire à l’enfant que ce conflit intérieur est normal, et l’accompagner pour lui montrer que relater ce dont il a été témoin est la bonne chose à faire. C’est ce que réussit ce livre, qui est un vrai petit bijou », affirme Mélanie Fortier.

(Les 400 coups, 32 p.)

De 10 à 14 ans

Fab : La recrue

par Emilie Ouellette

La rentrée ne se passe pas comme prévu pour Fab. Alors qu’elle était inscrite en création littéraire dans une école secondaire de Montréal, elle doit plutôt conjuguer avec le divorce de ses mères… et un déménagement à Rouyn-Noranda. Faute de temps, elle se retrouve contre son gré dans le programme « improvisation », elle qui est mortifiée par l’idée de prendre la parole en public. Prise en grippe par une adolescente influente, elle devra trouver en elle — et dans le pouvoir des mots — les ressources nécessaires pour relever la tête et transformer ses épreuves en forces.

Ce roman jeunesse, qui s’adresse autant aux élèves du deuxième cycle du primaire qu’à ceux qui entament leurs études secondaires, aborde avec sensibilité les questions de la diversité sexuelle et culturelle ainsi que du racisme systémique. « Le roman est une forme qui permet d’exploiter plus en profondeur les richesses de la différence et les nombreux outils qui s’offrent aux jeunes pour se reconstruire ou s’affirmer. » Bien qu’on puisse être tenté de laisser les enfants plus vieux lire de manière autonome, il est intéressant de prendre le temps de s’asseoir avec eux pour discuter des différents thèmes traités. « On bâtit ainsi une relation de confiance qui agit à titre préventif, une zone où l’enfant sait qu’il peut se confier ou raconter ce qu’il a vu sans être jugé », conclut l’éducatrice spécialisée.

(Petit homme, 208 p.)

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