7 questions à Chrystine Brouillet

«Il y a un côté inéluctable à la vieillesse qui me fait frémir. J’essaie de l’apprivoiser, et écrire sur le sujet m’y a peut-être aidée un peu», confie Chrystine Brouillet, pour qui l’écriture est salvatrice.

Photo: Maxyme G. Delisle/Éditions Druide
Photo: Maxyme G. Delisle/Éditions Druide

L’auteure de romans policiers Chrystine Brouillet fait partie du club sélect des quelques écrivains québécois capables de vivre de leur plume. Ainsi, chaque année, publie-t-elle un nouveau roman, pour le plus grand plaisir des fans de sa célèbre enquêtrice, Maud Graham. Par les temps qui courent, dans Vrai ou faux, la gourmande policière passe au peigne fin une résidence pour personnes âgées, une toile de fond liée plus que jamais à l’actualité.

Vous êtes prolifique et depuis un bon moment, chaque année à l’approche de l’été, vous nous donnez à lire un nouveau Maud Graham. Y a-t-il une forme de pression ou d’angoisse à «devoir créer» à ce rythme qui s’est installée au fil du temps?

Non, il n’y a pas vraiment de pression à devoir écrire un roman destiné à paraître au début de chaque été, car j’en commence la rédaction au moins un an auparavant. Avec les années, j’ai appris à évaluer le temps nécessaire à la création d’un Maud Graham, mais je sais également que mes éditeurs pourraient comprendre que je repousse la remise d’un texte si un événement imprévu m’empêchait de livrer à temps la «marchandise». Il ne saurait être question d’écrire plus vite pour respecter une date de parution.

En lectrice expérimentée de romans policiers que vous êtes, comment voyez-vous la santé de ce genre littéraire au Québec, compte tenu de tous les auteurs émergents qui se lancent dans ce type de création?

Je suis ravie de découvrir tant de nouveaux auteurs et de constater qu’il y a un nombre grandissant de maisons d’édition qui créent des collections de polars. C’est stimulant en tant qu’auteure et réjouissant en tant que lectrice, car il y a autant de qualité que de diversité dans la production. Nous n’avons rien à envier aux auteurs étrangers et la popularité de plusieurs de mes collègues prouve l’engouement du public québécois.

Dans Vrai ou faux, Maud Graham voit ses parents se fragiliser et vieillir. Est-ce un constat que vous avez vous-même fait au sujet de vos parents au moment où vous écriviez?

Lorsque j’ai écrit Vrai ou faux, j’avais en mémoire les années qui ont précédé la mort de mon père, fragilisé et s’inquiétant d’être en perte d’autonomie. Ce sentiment l’étreignait. Je me rappelais aussi les derniers mois de ma mère, qui avait dû quitter une résidence où elle se plaisait pour apprivoiser de nouveaux lieux où on pouvait lui prodiguer les soins que nécessitait sa santé déclinante. Tous ces bouleversements l’épuisaient, l’angoissaient et accentuaient le sentiment d’impuissance que je ressentais devant cette situation.

Aborder cette phase de la vie d’un parent, c’est débarquer en territoire inconnu, et j’ai transmis à Maud Graham le désarroi qui m’avait alors habitée. Il n’y a pas de mode d’emploi pour faire face à toutes ces questions qui nous assaillent et pour lesquelles les réponses sont rarement claires. Pourtant, j’ai eu la chance d’avoir une mère qui songeait à sa mort avec beaucoup de sérénité et des frères qui étaient très présents. J’ai été privilégiée par rapport à plusieurs de mes amis qui ont vécu ces moments seuls.


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Avez-vous peur de vieillir ?

Oui. On parle souvent de la sagesse qui vient avec l’âge, mais personnellement, je crois qu’on tente simplement de se raisonner et d’accepter la réalité. Ne plus avoir autant d’énergie, vivre avec l’idée de la maladie. Et peut-être de la solitude. Accepter que rien ne sera plus jamais pareil. Il y a un côté inéluctable à la vieillesse qui me fait frémir. J’essaie de l’apprivoiser, et écrire sur le sujet m’y a peut-être aidée un peu.

Vos romans sont souvent liés à l’actualité. Il y a eu les crimes économiques au moment où éclataient de grands scandales financiers, les drames familiaux après une vague de tragédies, et votre dernier Maud Graham traitait de violence conjugale. Cette fois, l’action se concentre autour d’une résidence pour personnages âgées. Les négligences dans certains de ces endroits ont défrayé les manchettes ces derniers mois. Cela a-t-il eu une incidence sur votre roman?

J’ai effectivement lu les reportages condamnant des établissements où le personnel faisait preuve de négligence et même de cruauté envers les résidants. Mais c’est surtout en visitant de nombreuses résidences pour personnes âgées que j’ai constaté qu’il existe des établissements totalement déprimants et, à l’opposé, des lieux où malgré des moyens limités, on comprend le besoin des résidants d’être rassurés, respectés et entourés.

Ces visites m’ont permis de voir que tout est possible dans cet univers, le pire comme le meilleur. C’est ce qui a inspiré le sujet du livre: tout, tout, tout peut arriver.

L’art de vivre et la gourmandise font partie intégrante de vos romans. Profitez-vous des ces plaisirs de la vie en cours d’écriture ou vous travaillez de manière plus monastique?

Bien sûr que je profite des plaisirs de la vie en cours d’écriture! Sinon, je mènerais une vie monastique durant de longs mois… ce qui n’est pas dans ma nature. J’essaie d’équilibrer les journées de travail, où je suis sérieuse et bois du thé vert, et ceux où je cuisine et déguste de divins nectars. À la manière de Maud…

Que pouvez-vous nous dire du prochain roman à paraître?

Je change complètement d’univers puisqu’il y sera question, au départ, de compétition entre adolescents et de la pression parfois exagérée que leur imposent certains parents. Mais, bien sûr, tout se compliquera et Maud plongera dans une intrigue où se multiplieront les secrets.

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En vieillissant, il peut paraître normal de se détacher de certains biens qui nous semblent dorénavant beaucoup moins importants. Le plaisir de collectionner s’est estompé. Écrire sur la vieillesse et sur la mort pourrait être angoissant pour certains tandis que pour d’autres c’est peut-être une forme d’apprivoisement.