À la défense de la culture générale

Est-il indispensable d’être cultivé ? Au fait, qu’est-ce que la « culture générale » ? Pourquoi lui accorde-t-on une si grande importance ? Et à qui appartient le privilège de définir ce qui devrait avoir été lu, compris et assimilé par tout bon citoyen ?

Chronique de Pierre Cayouette : À la défense de la culture générale

Est-il indispensable d’être cultivé ? Au fait, qu’est-ce que la « culture générale » ? Pourquoi lui accorde-t-on une si grande importance ? Et à qui appartient le privilège de définir ce qui devrait avoir été lu, compris et assimilé par tout bon citoyen ?

Voilà quelques-unes des questions sur lesquelles s’attarde le philosophe « anarcho-syndicaliste » – selon ses propres mots – Normand Baillargeon, professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), dans un essai audacieux et pertinent à souhait, paru dans la toute nouvelle collection « Antidote », de Flammarion.

L’essayiste, on l’aura compris, fait partie de ceux pour qui la culture et l’éducation nous rendent meilleurs. Son livre répond avec éloquence à ceux qui refusent ce postulat. À ceux, par exemple, qui objectent que le désastre actuel (guerres, pauvreté, saccage de l’environnement) a été engendré par des générations d’humains instruits… Pour Baillargeon, « la culture, le savoir, l’éducation peuvent donner des idées de liberté et de changement, et le courage de lutter pour elles ». Ce sont les seules armes à opposer au désastre.

L’auteur refuse de proposer une liste de ce qu’il faut savoir pour posséder une bonne culture générale. Et ce n’est pas faute d’espace, précise-t-il, s’il ne succombe pas à ce piège. Il fournit tout de même sa définition de la culture générale. Il s’agit, écrit-il, « d’un ensemble commun de repères qui s’acquièrent en allant au musée, au concert, en lisant et, surtout peut-être, en faisant sa scolarité de base ».

Baillargeon propose néanmoins quelques pistes pour guider celui qui aspire à une plus grande culture générale. Il insiste particulièrement sur la nécessité de posséder des connaissances scientifiques ou, du moins, de connaître les principes et méthodes de la science. Il plaide bien sûr pour la littérature et les arts, « qui peuvent fortement contribuer, par la culture de l’imagination, à l’extension de la sympathie et à briser ces barrières qui interdisent de voir l’Autre comme un être humain ».

Surtout, rappelle-t-il, il faut du temps. « Notre époque est pressée, mais la culture demande du temps. » Il dénonce les médias, qui demeurent souvent des obstacles à l’acquisition d’une solide culture générale, et la tentation du raccourci, souvent nourrie par Internet.

La culture générale, affirme Normand Baillargeon, a plusieurs vertus. Elle permet d’élargir ses perspectives, de s’arracher à l’« ici et maintenant », d’avoir de l’humilité et de la perspective critique. Bref, elle permet de faire des choix. Occupation double ou Occupy Wall Street ?

Liliane est au lycée : Est-il indispensable d’être cultivé ?, par Normand Baillargeon, Flammarion, coll. « Antidote », 112 p., 14,95 $.

 

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La métamorphose de Trudeau

Dans le deuxième tome de leur monumentale biographie de l’ex-premier ministre du Canada, Max et Monique Nemmi racontent que Pierre Elliott Trudeau militait au sein d’un parti proche de l’extrême droite quand il est arrivé à l’Université Harvard, en 1944. En deux décennies, le jeune homme s’est carrément métamorphosé. Délaissant ses idées clérico-nationalistes, il est devenu, soutiennent ses biographes, l’homme d’État progressiste qui se battra pour séparer l’Église et l’État, assouplir les lois sur le divorce, reconnaître les droits des homosexuels et défendre farouchement les droits de la personne. (Trudeau, fils du Québec, père du Canada, tome 2 : La formation d’un homme d’État [1944-1965], par Max et Monique Nemmi, Éditions de l’Homme, 520 p., 34,95 $)

 


Tintin, encore et toujours

« L’humanité n’en a pas encore fini avec Tintin, mille milliards de mille sabords ! » affirme l’écrivain Franz-Olivier Giesbert. À ses yeux, le célèbre personnage traversera les siècles, comme le Hamlet de Shakespeare ou l’avare de Molière. En attendant la sortie du film de Steven Spielberg, les Éditions La Presse et la célèbre revue française Historia ont fait appel à divers historiens, journalistes et autres intellectuels pour concocter cet album, dans lequel on rappelle tous les grands moments et personnages de l’histoire qui ont inspiré l’œuvre d’Hergé. Cet aller-retour entre la réalité et la fiction permet de mieux comprendre le personnage et de le situer dans son contexte. Connaître l’URSS de Staline en 1923, par exemple, nous mène à une meilleure lecture de Tintin au pays des Soviets. Passionnant. (Les personnages de Tintin dans l’histoire : Les événements de 1930 à 1944 qui ont inspiré l’œuvre d’Hergé, collectif, Éditions La Presse, coll. « Historia », 126 p., 24,95 $)

 

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